L’Amant jaloux de Grétry, le retour du succès
Sur la scène lyrique nationale, et désormais internationale, André-Ernest-Modeste Grétry a le vent en poupe. Preuve en est de nouveau aujourd’hui avec ce nouvel enregistrement de L’Amant jaloux, ou les Fausses Apparences.
En disque, comme sur scène, L’Amant jaloux n’en est pas à son coup d’essai. Il faut dire que cet opéra-comique se fonde sur un livret de qualité avec une intrigue efficace, une caractérisation fine des personnages et des ressorts dramatiques imprévisibles qui ne cessent d’interpeller l’auditeur. Inspiré par The Wonder : a Woman Keeps a Secret de Susanna Centlivre, le librettiste Thomas d’Hèle mêle quiproquos et stratagèmes amoureux, sur fond de jalousie naturellement, pouvant s’apparenter à ceux des Noces de Figaro.
Au début du XIXe siècle, nombreux considèrent cet ouvrage comme le chef-d’œuvre de l’opéra-comique. Grétry n’en était pas peu fier : preuve en est dans ses Mémoires où il le cite à de multiples reprises. La profusion mélodique, les nombreux ensembles raffinés (quel finale du premier acte !), l’inventivité des formes et un orchestre participant activement à cette charmante comédie vive et sensible lui donnent raison. Tout comme la couleur locale où le français Florival est évoqué par le rythme de menuet (« La gloire vous appelle », Acte II, scène 8) alors que l’Espagne résonne dans la basse des Folies d’Espagne inspirée de Corelli entre Lopez, personnage ibérique, et Jacinte (« Le mariage est une envie », Acte II, scène 3). Et quelle belle mandoline dans la sérénade de Florival (« Tandis que tout sommeille, Acte II, scène 14) ! A la baguette de l’Arion Orchestre Baroque, Mathieu Lussier mène d’une main de maître ces vingt-quatre musiciens, avec une précision et une énergie de bon aloi, selon une attention constante envers les voix pour que chaque force en présence trouve sa place avec équilibre.
Certains trouveront peut-être un peu désuet cette alternance entre le parlé et le chanté propre au genre (et non, ce n’est pas le comique qui caractérise l’opéra-comique !), mais en disque, elle s’apparente aux livres audios de notre enfance, telle une madeleine de Proust. La distribution vocale, francophone, porte avec clarté et conviction ses parties purement théâtrales qui peuvent être difficiles à faire vibrer par le biais d’un simple enregistrement. Au-delà de la langue, beaucoup d’entre eux sont coutumiers de ce répertoire à l’image de Magali Simard-Galdès (Léonore) qui chante l’air le plus connu de cet opéra avec solidité, « Je romps la chaîne qui m’engage » (Acte II, scène 1), mêlant abondance de couleurs et virtuosité avec un agréable tempérament dans la technique comme dans l’expression. Dans son air « Victime infortunée » (Acte I, scène 7), Hélène Guilmette (Isabelle), sensible et gracieuse, donne une belle ampleur à son soprano, alors que Guylaine Girard (Jacinte), piquante, complète malicieusement ce trio de femmes. La jalousie de Don Alonze, le fameux « amant jaloux », est parfaitement incarnée par le ténor Pierre Derhet, Artavazd Sargsyan (Florival) s’affirmant comme un rival à la hauteur empreint d’une élégante délicatesse dans ses expressions amoureuses. Pour finir, l’autorité naturelle et la colère de Matthieu Lécroart font foi sous les traits du patriarche Lopez. In fine, théâtralité et musicalité sont les deux piliers de cette interprétation réussie.















