Focus Irlande au Théâtre de la Ville pour célébrer Samhain
Le Théâtre de la Ville a consacré une belle après-midi à l’ouverture du Focus Irlande, dimanche 1er novembre, jour de la Toussaint, avec un medley de musique gaélique, de danse et de poésie. Placée sous le signe de Samhain, l’ancêtre celtique d’Halloween, cette journée a donné le coup d’envoi d’un mois de programmation foisonnante.
Après les uilleann pipes, cornemuses traditionnelles irlandaises, de Louise Mulcahy, toute de bleu vêtue, dans le hall du théâtre, le public rejoint la grande salle pour une Gigue Macabre de Michael Keegan-Dolan, créée spécialement pour cette journée d’ouverture. Cinq danseurs et trois musiciens, vêtus d’académiques reproduisant des squelettes, se livrent effectivement à une joyeuse danse macabre. Ambiance Halloween avec ces figures grimaçantes qui semblent s’agiter comme dans un spectacle de marionnettes ou danser sur une gravure expressionniste. Beaucoup d’énergie dans chacune de ces danses sur des ballades irlandaises, avec une gestuelle qui s’inspire des mouvements brusques des squelettes, jusqu’aux mains agitées et aux grimaces des visages. On retrouvera l’univers singulier du chorégraphe irlandais, fondateur de la compagnie Teaċ Damsa, début décembre, avec 1975 | Naoi Déag Seachtó Cúig, une pièce pour sept danseurs inspirée de l’album mythique du Bothy Band, qui révolutionna la musique traditionnelle irlandaise dans les années 1970.
Sous la Coupole, c’est Emily Terndrup qui séduit le public dans Offspring (A modern Frankenstein) (lire notre article) tandis que le plateau de la grande salle accueille deux immenses comédiens, Stephen Rea et Isabelle Huppert, pour une session de poésie à deux voix, alternant français et anglais. W. B. Yeats, Seamus Heaney : les grandes voix de la poésie irlandaise résonnent dans la salle, entre mémoire, histoire et paysages de l’île. Stephen Rea, l’un des grands acteurs du théâtre irlandais, qui a travaillé directement avec Beckett, interprète ces jours-ci, au Théâtre des Abbesses, Krapp’s Last Tape (La Dernière Bande) de Samuel Beckett, dans une mise en scène de Vicky Featherstone.
C’est Oona Doherty, qui reprendra dans le cadre de ce Focus Irlande son solo Hope Hunt and the Ascension into Lazarus, qui donne ce jour une version condensée de dix minutes de Leather Jacket solo, pièce née d’un premier solo créé en 2015. Un solo radical où le langage a aussi une place forte et où le corps devient percussion, porté par le bounce, ce rebond caractéristique de l’écriture de la chorégraphe nord-irlandaise. Lauréate du Lion d’argent de la Biennale de Venise en 2021, Oona Doherty retrouvera la scène du Théâtre des Abbesses à partir du 24 novembre avec Hope Hunt and the Ascension into Lazarus, créé en 2016, qui explore les comportements de la jeunesse masculine des rues de Belfast. Pour cette recréation, elle partagera le rôle en alternance avec Sati Veyrunes et associera de jeunes danseurs du Conservatoire à rayonnement régional de Paris.
Dernière session, plus musicale, en fin d’après-midi. Gaelic Sounds accueille une lecture de poésie en gaélique par Darragh Ó Caoimh, écrivain et poète originaire du comté de Cork, accompagnée par deux musiciennes traditionnelles, Eimear et Éadaoin McDonagh, au violon et à la harpe. Puis place à la danse contemporaine irlandaise de Jean Butler, superbe danseuse et chorégraphe, dont l’écriture évoque par moments Lucinda Childs et Trisha Brown. Pieds nus, elle dialogue avec James Greenan, qui fait du tap dance sur un minuscule carré dans Solo Set, un duo spécialement créé pour cette journée, où les deux interprètes de Riverdance se répondent comme l’original et son ombre. Un duo radical et très contemporain, inspiré de certaines figures de la danse irlandaise, dont les rythmes et les motifs sont déconstruits et recomposés.
La soirée s’achève avec une intervention de Michael Gallen, compositeur et interprète irlandais, qui présente son univers musical singulier, entre traditions populaires, musique contemporaine et formes lyriques. On le retrouvera fin novembre dans la grande salle du Théâtre de la Ville avec The Curing Line, une création de théâtre musical et visuel, conçue avec l’ensemble Miroirs Étendus et récompensée par le Prix FEDORA pour l’opéra 2025. Située dans une ville frontalière irlandaise hantée par le conflit nord-irlandais, c’est une œuvre hybride, entre opéra cinématographique, musique traditionnelle et pop.
Ce Focus Irlande, qui se poursuit jusqu’au 5 décembre, fait ainsi dialoguer les héritages et les écritures contemporaines, la musique traditionnelle et les formes les plus expérimentales. Parmi les autres rendez-vous, le public peut découvrir actuellement The Maker (Le Créateur) de Dan Colley, un spectacle visuel et burlesque sans paroles dans la veine de Beckett et Buster Keaton ; puis Some Thinking & Feeling, un concert-spectacle de la compositrice et vocaliste Jennifer Walshe avec l’Ensemble Contrechamps, explorant les frontières entre intelligence artificielle, voix et création musicale ; ou encore How to Catch a Star (Comment attraper une étoile), un spectacle de marionnettes de la compagnie Branar destiné au jeune public.
Deux expositions photographiques accompagnent également cette traversée irlandaise : All that Krapp, de John Minihan, ami et portraitiste de Samuel Beckett, et Stray Sod, de Maria Lax, qui plonge dans les paysages mystérieux et les croyances populaires de l’Irlande.
















