Belshazzar de Haendel par Herbert Fritsch à Berlin, une histoire de trois peuples
Musicalement trop en retrait, le spectacle donné au Komische Oper divertit sans parvenir à susciter l'émotion au-delà du sourire.
Aux côtés de l'omniprésent Barrie Kosky, la Komische Oper est aussi un des ports d'attache lyrique pour Herbert Fritsch, acteur venu tardivement à la mise en scène, et plus tard encore à l'opéra, où son langage visuel et son humour font pourtant souvent des étincelles. Avec cette histoire de trois peuples qu'est Belshazzar, il s'en donne à cœur joie sur les stéréotypes : les Babyloniens ont des costumes et des barbes aux couleurs les plus criardes possibles, les Hébreux sont coiffés de gigantesques schtreimel, et les Perses sont en uniformes modernes, qui feraient penser à des gardes rouges s'ils n'étaient bleu vif, couleur de la Jeunesse libre allemande, l'organisation de jeunesse de la défunte RDA. Au-delà des costumes, chacun de ces groupes a aussi sa manière de se déplacer, ses gestes, sa dynamique collective : le savoir-faire de Fritsch en la matière est toujours un régal. La scène est entièrement occupée par un immense escalier doré, espace de passage, de rencontre, de mouvement par excellence. Fritsch excelle dans ce domaine, tandis que les passages où le théâtre s'impose moins sont plus banals : l'air de Nitocris qui ouvre l'œuvre est chanté avec beaucoup de goût par Soraya Mafi, mais il y a si peu d'incarnation théâtrale qu'on attend un peu que le spectacle se décide à commencer.
La soirée est sans aucun doute divertissante, mais Fritsch le dit lui-même : éclairer l'œuvre par un concept ne l'intéresse pas. Qui s'attend à trouver là une interprétation construite au-delà des jeux sur les couleurs et les déplacements sera un peu déçu. Il serait certainement mal venu d'utiliser cette œuvre pour parler trop explicitement de l'état géopolitique du monde, mais on aimerait tout de même trouver par moments un peu d'émotion, un peu de proximité avec les personnages.
Pour ce qui est de la musique, la Komische Oper recourt à un vrai spécialiste de Haendel, George Petrou, habitué à travailler le répertoire baroque avec des orchestres modernes. Un peu plus de couleurs n'auraient ici sans doute pas fait de mal, mais du moins le théâtre est là, la compréhension de la dramaturgie propre des airs de Haendel aussi.
La distribution contribue pour sa part au manque de couleurs qui vient de la fosse. Soraya Mafi en Nitocris est sans aucun doute la plus convaincante, suivie par Susan Zarrabi en Cyrus. Du côté des Hébreux comme des Babyloniens, les leaders sont au contraire plus faibles, l'un (Ray Chenez) manquant de charisme prophétique et plus prosaïquement de volume, l'autre (Robert Murray en Belshazzar) peinant à nuancer son chant pour donner un peu de vie intérieure et d'élan à son personnage de viveur. Tous sont très investis dans la mise en scène de Fritsch, ce qui est une bonne chose et témoigne de l'importance légitime donnée à la Komische Oper à la force du théâtre, mais un peu plus de présence vocale aurait certainement aidé à donner au spectacle le petit plus qui lui fait défaut.














