Vivaldi et moi: Damiano Michieletto de l’opéra au cinéma
Primavera, titre original de Vivaldi et moi, signe le printemps cinématographique d'un des metteurs en scène d'opéra les plus inventifs de l'époque.
Acclamé dans toute l'Europe pour ses réalisations stimulantes et esthétiquement pensées, Damiano Michieletto fait son entrée dans le 7ème Art avec ce film consacré à son compatriote vénitien : Antonio Vivaldi, compositeur aujourd'hui chéri par toutes les classes sociales après avoir été oublié deux siècles durant, puis pris à la légère par des interprétations « non historiquement informées ». Lorsqu'en 1703, il est nommé à 25 ans à l'Ospedale della Pietà, il est un inconnu qui ne le restera pas longtemps. Dans cette institution pour orphelines, on transformait des fillettes abandonnées, en musiciennes (instrumentistes, chanteuses) de haut niveau, avant de les abandonner à nouveau à… des maris ! C'est dans cette petite entreprise qui ne connaissait pas la crise malgré la concurrence voisine, que, nouvellement nommé pour ramener des fidèles à l'office, le Vivaldi de Michieletto (librement inspiré de Stabat Mater, le roman de Tiziano Scarpa) remarque la personnalité de Cecilia, talentueuse et rebelle derrière le violon où l'oreille du compositeur repère déjà quelques mesures de ses futures Quatre saisons.
Michieletto entreprend de raconter la façon dont Cecilia va s'affranchir du cercle infernal qui voudrait lui faire remplacer la musique par un mari. Cecilia, entre deux lettres écrites à sa mère évanouie, est une « music lover ». Déjouant l'éventuelle idylle entre l'orpheline et le Prêtre roux annoncée par le banal de son titre français, Vivaldi et moi est une ode à la passion de la musique. Celle de Cecilia, celle d'Antonio, mais on l'imagine aisément, également celle de Damiano, qui sait de quoi il retourne, quand il aligne les productions lyriques sans que son enthousiasme ne tarisse, lui qui dit voir la musique comme « une force vitale, génératrice et subversive » et tient à citer au coeur de son film le péremptoire Cervantès : « Là où est la musique, il n'y a pas de place pour le mal ».
Entre clair-obscurs façon Georges de La Tour d'intérieurs cadrés au cordeau par la caméra de Daria D'Antonio (la cheffe opératrice de Paolo Sorrentino !) et chiches échappées extérieures, très attaché aux visages de ses comédiens, tous bien distribués autour du duo de tête Tecla Insolia et Michele Riondino, le film est plus sage que ce à quoi les familiers du style opératique michielettien s'attendaient. D'une absolue fidélité au code vestimentaire du XVIIIᵉ siècle de son scénario, Vivaldi et moi est bien sûr à des années-lumières du pénible Vivaldi, un prince à Venise (avec Michel Serrault), mais également loin des audacieux Berlioz que Damiano Michieletto monta à Rome (La Damnation de Faust), à Lyon (Béatrice et Bénédict). Et même, dans le domaine cinématographique, sur un sujet très voisin, loin de Gloria !, le film de Margherita Vicario, plus inventif, qui réussissait également mieux sa conclusion, celle de Vivaldi et moi se refermant sur une image trop convenue.
Un chemin bien balisé, donc, pour les premiers pas de Michieletto cinéaste, qui, malgré quelques trop brefs écarts (la fête au ralenti, le triomphe de sa Juditha triumphans lisible sur le visage du compositeur), semble surtout préoccupé de lisibilité et de musicalité. Sur ces deux points Vivaldi et moi est une réussite. On suit la rage au ventre ce énième récit d'un destin féminin inféodé à une carrière masculine. Et on n'en finit pas de s'émerveiller de la musique d'Antonio Vivaldi que, dans le XXᵉ siècle finissant, l'ensemble milanais Il Giardino Armonico a épousseté pour l'éternité. C'est ce sillage historique que suivent, magnifiés par une prise de son au plus près, les merveilleux interprètes d'I Solisti Aquilani. Vivaldi et moi fait ainsi entendre, de la plus belle façon et avec un dosage des plus savants, l'ineffable musique (Nisi Dominus, Follia, Saisons, Juditha…) du très connu Antonio Vivaldi mais aussi, confié à l'Orchestre du Teatro La Fenice (où Michieletto a ébloui avec une formidable Trilogie Da Ponte), celle de l'inconnu Fabio Massimo Capogrosso, lequel, très inspiré par son glorieux aîné, parvient très habilement à brouiller les cartes entre… Vivaldi et lui.










