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Les compositeurs suédois et la mer

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Encrés dans les problématiques de leur temps, les musiciens et les compositeurs s’engagent naturellement dans le combat écologique de notre époque. ResMusica propose un panel non-exhaustif des nombreuses démarches liées à cette problématique. Pour accéder au dossier complet : L’engagement écologique en musique

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A travers toutes les époques et sous toutes les latitudes, de nombreux compositeurs ont subi l’influence de la mer.

On pense par exemple aux chefs-d’œuvre conçus par l’Allemand Felix Mendelssohn (Mer calme et heureux voyage, en 1828 ; Les Hébrides, 1931), le Russe Nicolaï Rimski-Korsakov (La Mer et le vaisseau de Simbad, 1888), les Britanniques Ralph Vaugham Williams (A Sea Symphony, 1909), Frank Bridge (The Sea, 1911) et Benjamin Britten (Four Sea Interludes from Peter Grimes, 1944), les Français Maurice Ravel (Une Barque sur l’océan, 1909), Claude Debussy (La Mer, 1911), le Finlandais Jean Sibelius (Les Océanides, 1914)… La liste est très longue. Ici, nous aborderons plus précisément le monde musical suédois et signalerons de magnifiques compositions venues de la culture et de la nature suédoises.

La Suède présente une façade maritime conséquente avec la mer Baltique bordant l’est et le sud-est du pays, tandis que le Kattégat et le Skagerrak la bordent au sud-ouest. Le pays compte 26 000 km de côtes dont les suédois apprécient énormément la fréquentation. Bien évidemment les peintres, les écrivains et les musiciens y ont puisé une part non négligeable de leur inspiration.

La mer participe de l’imaginaire national du peuple suédois. L’abondance des archipels, la présence du littoral aux milles contours, l’histoire maritime du pays, les innombrables îles, ont laissé des traces palpables sur le caractère des Suédois où se mêlent des traits mélancoliques, une certaine tristesse hivernale, une dégustation de la solitude et l’appréciation d’une nature variée. Ce rapport à la géographie du pays remonte aux chants de marins, aux ballades décrivant ou évoquant les tempêtes et souvent l’absence, et se rattache à certains instruments comme la nyckelharpa (proche du violon) et évoque la cyclicité des saisons, les départs en mer et la fatalité (naufrages, violence de la météo).

Plus tard, au XXe siècle, le rapport à la mer se modifie et devient plus introspectif, plus romantique, et se mêle plus ou moins intimement dans la psyché des compositeurs qui traduisent dans leurs créations les espaces, la temporalité, les multiples sonorités et les structures environnantes. La musique suédoise et ses ramifications sur l’imaginaire alimente et enrichit la création musicale, la poésie naturelle, la vénération de la nature. Quelques compositeurs suédois se sont particulièrement illustrés dans ce registre aqueux avec divers degrés d’imprégnation.

Parmi les artistes plus anciens on pourrait évoquer la musique de Franz Berwald (1796-1868), Ludvig Norman (1831-1885) et Ivar Halström (1826-1901), tous véhiculant des traits folkloriques et nationaux, des stigmates d’influences germaniques et échafaudant les bases nationales du romantisme naissant. Peu de temps après, apparurent des figurent majeures qui accentuèrent les caractères nationalistes suédois, participant à l’apparition et à l’enrichissement du post-romantisme germano-autrichien et intensifiant l’expression des sentiments issus de la nature, de la littérature, des arts.

(1871-1927), figure centrale du romantisme tardif, compose une musique au style épuré et souvent introspectif. Des liens intenses le reliaient à la nature nordique. On décèle dans plusieurs partitions des évocations diffuses de la nature. Citons parmi les chansons Det far ett stepp (Là vogue un navire, 1909).

(1872-1960), très connu en Europe de son vivant comme compositeur et chef de chœur et d’orchestre, est habituellement considéré comme emblématique du nationalisme suédois. Plusieurs de ses musiques ont été marquées par l’archipel de Stockholm et la nature environnante et portent des qualités évoquant avec beaucoup de couleurs la nature « maritime ». On citera Une Légende d’archipel, pièce orchestrale (op. 20), en Suédois En skärgådssäagen, dans laquelle il consigne des idées inspirées par son contact avec la mer, entre 1908 et 1913. Toutefois, on peut considérer cette pièce comme une étude préparatoire à sa fameuse Symphonie n°4 (op. 39) sous-titrée Från havsbandeet (De la limite de l’archipel) dont la mise en route fut secondaire à son contact physique avec l’endroit lors de plusieurs randonnées. Il confia : « Je voulais me trouver encore une fois à la limite de l’archipel avant de commencer à le décrire en musique. » Il se libéra plusieurs semaines (novembre 1918) afin de pouvoir se consacrer entièrement à son projet. L’histoire s’appuie sur un amour de jeunesse. Dans l’archipel, la mer s’agite, l’orage fait rage et lui fait penser symboliquement au cœur humain. La symphonie se décompose en quatre parties, dans une atmosphère sombre, où l’amour du jeune homme s’exprime (Moderato), la jeune fille attend rêveuse bercée par le clair de lune et le bruit des vagues apaisées (Lento – Moderato – Allegro), l’aube se lève et enveloppe les amoureux heureux (Lento – Maestoso – Andante – Poci più mosso – Molto appassionato) puis les éléments se déchainent et le drame survient (Allegro agitato – Moderato). Le grand orchestre est appuyé par une soprano et un ténor. L’opus 39 dure environ 47 minutes. La création a lieu en privé le 4 novembre 1919 puis au Théâtre royal le 23 janvier 1920. Elle gagne rapidement une ample renommée en dépit des critiques regrettant les aspects supposés érotiques de l’œuvre. On l’entendit à Paris (1920), Francfort, Vienne et Berlin où elle fut accueillie très positivement. L’art d’Alvén s’impose, sans souhait descriptif patent et brille grâce à ses motifs délicatement dessinés.

Autre compositeur, Wilhelm Peterson-Berger (1867-1942), influencé par la nature du pays, est à l’origine d’une esthétique à la fois pastorale et descriptive. On trouve chez lui des évocations directes de la mer. Sa fascination revendiquée pour l’œuvre de Wagner ne s’oppose pas à certaines compositions personnelles, parfois marquées par un style folklorique et patriotique.

Compositeur prolixe, chef d’orchestre, violoncelliste, ingénieur et digne représentant du post-romantisme tardif, (1887-1974) élabore une orchestration opulente traduisant parfois une évocation diffuse de paysages et de mer. On pense en particulier à son poème symphonique « La Rivière – des montagnes à la mer » de 1924. Dans sa Symphonie n° 3 « Images de la côte ouest » de 1914-1916, il se rapproche d’un impressionnisme nordique où de belles sections dégagent un climat de sérénité et de mélancolie. Il compose deux suites pour orchestre Stormen d’après La Tempête de Shakespeare.

Peintre, critique et compositeur, (1890-1966), participa à l’introduction du courant impressionniste en Suède même si sa musique porte des impacts venus de la musique française (Vincent d’Indy, Groupe des Six) avec des traits néoclassiques. Son enthousiasme intense envers la mer transparait par le biais de plusieurs compositions. D’abord et avant tout la Sinfonia del mare (Symphonie de la mer) composée en 1947-1948, comprenant un seul mouvement et requérant une soprano. Elle repose sur une chanson nommée Det Enda (La Seule Chose) d’après un poème de l’écrivaine Ebba Lindqvist. Une de ses autres chansons pour voix et piano a pour titre Valse marine et enfin les trois Havsvisioner (Visions de la mer) pour chœur a capella (1954). Citons encore un poème symphonique de 1924 In havet (L’Océan arctique).

Moins connu du grand public et à l’origine de splendides partitions, marquées par une profonde intensité dramatique, (1884-1947) mérite une renommée plus massive. Parmi les quatre symphonies de son catalogue, la Deuxième « « Mitt land » (Mon Pays, 1919), dédiée à Stenhammar, ne cache pas l’importance de la nature pour ce créateur qui la qualifie de déclaration musicale d’amour au paysage suédois riche d’une expression lyrique délicate dénuée d’intention descriptive. La suivante, Symphonie n° 3 en ré dièse majeur, « Chant sous les étoiles » (1929 ; 32 minutes), subtil chef-d’œuvre en un seul mouvement, trouve son inspiration dans un dangereux voyage nocturne en mer.

Dag Wiren (1905-1986), élève du Conservatoire de Stockholm, étudie à Paris et suit l’enseignement de Leonid Sabaneïev, il écrit une musique tonique et mélodique, grave parfois. A partir de 1948, il passe les étés sur l’île de Björkö située dans l’archipel de Stockholm qui inspirèrent les Trois poèmes de la mer pour chœur a capella (1963).

Cette courte et partielle évocation de créateurs de musiques suédois devrait permettre de se faire une idée générale de l’influence de la mer et en particulier celle de l’archipel de Stockholm sur la sensibilité et le ressenti de leur création.

Crédits photographiques : © Image libre de droit

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