Le patchwork tunisien d’Héla Fattoumi
La danse et la Tunisie unissent Héla Fattoumi et Sondos Belhassen, interprètes et sœurs jumelles de Twama Paradise, un duo intimiste créé au Festival Montpellier Danse.
Deux cascades de cheveux bouclés et grisonnants se mêlent, dos à dos, dans une douche de lumière. L’image inaugurale de Twana Paradise dit tout de suite ce que sera ce spectacle : un duo complice entre deux amies danseuses, Héla Fattoumi et Sondos Belhassen, qui se sont rencontrées en 1989 à la Cité internationale universitaire à Paris et sont réunies sur scène pour la première fois. Héla Fattoumi arriva en France dès l’enfance, devint chorégraphe et codirige depuis 2004 des centres chorégraphiques français. Sondos Belhassen, qui mène sa carrière en Tunisie après des études en France, est actrice, performeuse et chorégraphe. Dans une scène un peu artificielle, où chacune endosse le masque du visage de l’autre, elles égrènent leurs souvenirs communs autour de la danse.
Dans ce duo très personnel, Héla Fattoumi renoue délicatement avec ses racines tunisiennes à travers de subtiles allusions et quelques artefacts. Les rayures de leur haut, un boléro qui s’enfile ou s’éclaire de multiples loupiotes, un balai de plumes que l’on fixe au bassin pour esquisser une danse orientale ou des rangées de bracelets tintinnabulants donnent la couleur du Maghreb à ce double portrait dansé. Sur le plateau, c’est aussi l’ombre des moucharabieh projetée sur les colonnes mobiles qui nous transporte dans un palais oriental.
Le titre du spectacle, Twama Paradise, signifie « le paradis des sœurs jumelles » en arabe. La chorégraphe et sa complice Sondos Belhassen jouent de leur gémellité physique dans une version revisitée de la chanson « Nous sommes deux sœurs jumelles », chantée dans le film de Jacques Demy, Les demoiselles de Rochefort, par Françoise Dorléac et Catherine Deneuve. Ici, il est devenu « Les demoiselles de Tunis et Belfort », dont les paroles sont alternativement chantées en dialecte tunisien et en français. Chaque tableau est dédoublé en miroir et l’une se confond souvent avec l’autre, pour un très joli moment assez intimiste.
La chanson populaire, customisée façon tunisienne, est un autre fil rouge du spectacle, entre « Petite Tunisie », adapté de « Petite Italie » de Mansfield.TYA, et « Parle-moi de toi » adapté de « Parlez-moi de lui », un tube de la chanteuse française Nicole Croisille. Autant de repères culturels que partagent les deux artistes, amoureuses des mêmes icônes pop et cinématographiques, et qu’elles croisent avec tendresse et allégresse avec les souvenirs d’une Tunisie rêvée et peut-être idéalisée. Un spectacle à découvrir en tournée jusqu’en mars 2027.
Crédits photographiques : © Laurent Philippe
Lire aussi : Tous les articles sur le festival Montpellier Danse

















