Avec Mahler, Gustavo Dudamel fait briller le Philharmonique de Vienne à Salzbourg
Le concert d’ouverture de la série estivale de l’orchestre en résidence du Festival tient ses promesses, malgré des solistes et un chœur moins convaincants.
Sept décennies : voilà l’étroit champ chronologique que couvrent cette année les programmes symphoniques du Philharmonique de Vienne à Salzbourg, des années 1860/1870 aux années 1930. Cela fait des années qu’ils n’inscrivent plus jamais Mozart à leur répertoire estival, et voilà que Beethoven, Schubert, Schumann se retrouvent eux aussi relégués au rayon des antiquités – le but est sans doute de privilégier les œuvres à grand effectif. Le premier concert de cette résidence estivale est consacré à la Deuxième symphonie de Mahler, huit ans après des concerts dirigés par Simon Rattle : cette fois, c’est au tour de Gustavo Dudamel.
L’évidence, dès les premières mesures, c’est que l’orchestre est bel et bien là. Les Viennois ont un planning infernal pendant leur résidence salzbourgeoise, entre concerts, représentations d’opéra et répétitions, et on a souvent constaté que certains concerts s’en trouvaient pour ainsi dire sacrifiés : ce n’est pas le cas ici, et tant dans la prestation des solistes de l’orchestre que dans la cohésion d’ensemble on se réjouit de retrouver la phalange à la hauteur de sa réputation, se mettant sans faille au service de leur chef du jour. Gustavo Dudamel a ses admirateurs, il faut lui reconnaître ici une maîtrise entière du discours musical. On peut trouver tel passage (notamment dans le troisième mouvement) un peu lent, on peut trouver tel ou tel détail un peu trop explicite, mais la longue familiarité du chef avec ce répertoire se fait sentir : il n’est pas de ceux qui traitent cette musique presque mesure par mesure, son sens de la construction lui permettant au contraire de donner de l’espace aux musiciens pour mettre en valeur leurs talents sans perdre de vue l’ensemble.
La deuxième moitié de la symphonie, elle, est moins enthousiasmante. La faute en est d’abord à la partie vocale : Nadezhda Karyazina, qu’on a pu admirer dans d’autres répertoires, est perdue dans son lied, qui manque terriblement de lumière et d’intelligibilité, et Ying Fang reste à la surface de sa partition. Surtout, bien qu’il faille saluer l’engagement du vaste Wiener Singverein, composé de chanteurs non professionnels hautement expérimentés, pour une telle œuvre dans un tel lieu le niveau n’est pas suffisant, a fortiori quand on a encore dans l’oreille le chœur de la Radio bavaroise qui l’a tant chantée avec Mariss Jansons et plus récemment avec Simon Rattle. Cela commence dès les premières phrases, où on ne distingue pas du tout le texte, et continue tout au long de la partie chorale jusqu’à une apothéose qui semble bloquée en plein vol : le chœur n’est sans doute pas le seul responsable, mais on n’y entend pas tout à fait la lumière de la résurrection, plutôt une certaine pesanteur terrestre.
Crédits photographiques : © SF/Marco Borrelli
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