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Le Festival de La Chaise-Dieu fête dignement ses 60 ans

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La Chaise-Dieu. Festival de musique. 20 et 21-VIII-2026
20-VIII : Abbatiale Saint-Robert : Johannes Brahms (1833-1897) : Rhapsodie pour alto, chœur d’hommes et orchestre ; Schicksalslied op. 54 pour chœur et orchestre. Éric Montalbetti (né en 1968) : Fragments pour une messe (pour La Chaise-Dieu), pour mezzo-soprano, ténor, chœur et orchestre. Zanda Švēde, mezzo-soprano ; Maciej Kwasnikowski, ténor ; Chœur d’état de Lettonie ; Orchestre symphonique national de Lettonie, direction : Andris Poga
21-VIII : 15h Abbatiale Saint-Robert : Pēteris Vasks (né en 1946) : Chant de gratitude ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n° 4 en sol majeur op. 58 ; Antonin Dvořák (1841-1904) : Symphonie n° 9 « du Nouveau Monde » en mi mineur op. 95. Zanda Švẽde, mezzo-soprano ; Orchestre symphonique national de Lettonie, direction : Andris Poga.
21-VIII : 21h Abbatiale Saint-Robert : Franz Liszt (1811-1886) : Concerto pour piano n° 1 en mib majeur S 124 ; Concerto pour piano n° 2 en la majeur S 125 ; Richard Wagner (1833-1883) : Tristan et Isolde (extraits) : Prélude et Mort d’Isolde ; Parsifal (extraits) : Prélude, Musique de transformation, L’Enchantement du Vendredi saint. Bertrand Chamayou, piano ; Orchestre Les Siècles, direction : Jakob Lehmann

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Pour sa soixantième édition, le festival de La Chaise-Dieu et son directeur Boris Blanco honorent la mémoire de son fondateur et éminent pianiste György Cziffra et accueillent pour deux concerts le Chœur et l’. En création mondiale, la commande d’une œuvre sacrée passée à .

Après le prélude qui fait résonner l’orgue de l’Abbatiale sous les doigts de jeunes interprètes en résidence (un rituel instauré avant chaque concert du festival), ce sont l’orchestre et le chœur lettons qui s’installent sur le plateau pour une première partie de concert consacrée à la musique chorale de Brahms. La Rhapsodie pour alto, chœur d’hommes et orchestre met en valeur la voix longue de la mezzo-soprano lettone dont l’homogénéité du registre et le timbre chaud servent au mieux le climat baigné de spiritualité du texte de Goethe, dont les surtitres s’affichent en fond de scène. L’écriture chorale – voix d’hommes uniquement – tisse une toile sonore soyeuse irisée par les couleurs solistes de l’orchestre. Sur un texte de Friedrich Hölderlin, Schicksalslied (Le chant du destin) nous maintient dans la même atmosphère, le chœur mixte dialoguant avec l’orchestre : un instant d’une grande poésie traversé d’élans plus dramatiques qui font apprécier toutes les qualités du chœur et la souplesse des lignes orchestrales sous le geste magnétique du chef .

Messe « pour La Chaise-Dieu »   

Si, de nos jours, la composition d’un requiem semble toujours tenter les compositeurs (Berio, Cerha, Kurtag, Dalbavie, Rihm, Filidei, etc.), écrire une messe de l’ordinaire est moins fréquent, car moins à même peut-être d’offrir au compositeur cet espace collectif de mémoire et de questionnement face à la mort qui va au-delà de la stricte liturgie. C’est précisément pour se démarquer de la fonction liturgique de la messe qu’ intitule sa composition Fragments pour une messe, les cinq parties du rituel d’église (Kyrie, Gloria, Sanctus, Benedictus et Agnus), sans le Credo, étant pensées comme des pièces de concert. Écrit « pour la Chaise-Dieu », Fragments pour une messe, donné en création mondiale, répond à la commande d’une œuvre sacrée passée tous les deux ans à un compositeur ou une compositrice par le festival et son directeur Boris Blanco.

L’Orchestre symphonique national et le Chœur d’État de Lettonie reviennent sur scène avec, aux côtés d’, deux solistes, la mezzo-soprano et le ténor Maciej Kwasnikowski qui remplace Cyrille Dubois annoncé dans le programme.

Le Kyrie est une splendeur, conçu comme une grande rumeur chorale à laquelle se joignent les deux solistes, qui embrase l’espace de l’Abbatiale, huit chanteurs étant placés dans la nef, autour du gisant du pape Clément VI, « comme des pleurants », ajoute Montalbetti dans sa note de programme. L’écriture du Gloria est plus monolithique, la réverbération des lieux, certes limitée dans l’espace du chœur, brouillant un rien les détails de l’écriture. Ce grand « récitatif choral » est soutenu par l’orchestre rehaussé d’une percussion scintillante qui en prolonge la résonance. On apprécie ces instants où le temps s’étire et nous laisse jouir de la richesse des textures. Si la percussion plus en dehors et la fanfare de cuivres donnent de la profondeur dans le Sanctus, Montalbetti ne fait pas valoir cette acclamation cosmique et céleste de louange, préférant rester dans le temps de la contemplation qui s’est installé depuis le début. On regrette qu’il ne joue pas davantage avec la spatialisation comme il l’a fait dans le Kyrie. Le Benedictus fait intervenir le ténor, timbre d’airain et voix d’une belle puissance que vient rejoindre le chœur dans une page d’une grande émotion qui aurait presque pu s’entendre a cappella. Le compositeur nous dit avoir traduit le mot « paix » en une vingtaine de langues dans l’Agnus. Inscrite sur la toile orchestrale toujours mouvante, la voix de la mezzo-soprano se détache aisément même si la compréhension du texte tend à se perdre dans le flux sonore. L’écriture décantée est somptueuse, ouvrant très grand l’espace choral et orchestral. Une image spectrale se déploie, sur laquelle se referme, tout en douceur, cette messe pensée comme une grande prière chorale adressée à Dieu, un message d’espérance que veut faire passer notre compositeur.

De Vasks à Dvořák

Le compositeur letton , tout juste quatre-vingts ans, est au programme du second concert de l’ donné dans l’Abbatiale Saint-Robert en matinée. dirige à main nue l’œuvre pour cordes, Chant de gratitude, de son compatriote, modelant un son dont la suavité rappelle celle des voix du chœur. La ligne mélodique est portée par un processus d’amplification jusqu’à un point culminant (on pense à la Louange à l’immortalité de Jésus dans le Quatuor pour la fin du temps de Messiaen) inscrit dans le temps long et circulaire de la contemplation. Le pouvoir d’envoûtement opère, dont témoigne l’écoute recueillie du public dans une abbatiale comble.

Très attendu, le jeune Coréen (19 ans), lauréat du Premier Grand prix du Concours Long-Thibaud 2025, est au clavier dans le Concerto n°4 de Beethoven. L’œuvre est abordée avec beaucoup de retenue – le soliste précède l’orchestre dans le 4 – qui nous fait d’emblée tendre l’oreille. Le toucher est d’une grande délicatesse, les aigus du pianiste cristallins et la digitalité toute mozartienne dans un premier mouvement bien conduit – la cadence est éblouissante – où l’on sent une sensibilité qui n’ose pas encore tout à fait s’incarner. Joué avec la même intériorité, le mouvement lent sous les doigts du soliste n’en est que plus touchant face à l’autorité de l’orchestre qui entre en dialogue avec lui. L’envergure sonore est autre dans un final rondement mené, révélant le potentiel virtuose du jeune artiste aux côtés d’un orchestre tout en finesse, dont la précision et le brillant font merveille.

Sur la réserve toujours, revient sur scène avec la Rêverie de Schumann, extrait des Scènes d’enfants.

Andris Poga a repris sa baguette pour la Symphonie « du Nouveau Monde » d’Antonin Dvořák, une œuvre certes souvent à l’affiche des orchestres qui garde cependant toute sa fraîcheur et son élan sous la baguette de l’excellent chef letton qui sait nous tenir en haleine. La tenue des cuivres est exemplaire et les bois acidulés dans un premier mouvement au cordeau. L’éclairage au mitan du second mouvement est particulièrement réussi, contrastant avec un cor anglais d’une belle mélancolie inscrit dans un tempo délicieusement alangui. Le scherzo file droit, détaillé dans ses moindres touches sonores tandis que le final est restitué avec le même soin du détail, qui vient consacrer l’une des plus belles pages du répertoire symphonique.

Hommage à Cziffra #1

Sur le plateau de l’Abbatiale, l’, jouant sur instruments d’époque, est dans son plus grand déploiement, affichant un programme ambitieux sous la conduite du jeune .

Un magnifique piano Pleyel de 1928 trône devant l’orchestre (avec ses six contrebasses placées derrière les cuivres) pour une première soirée-hommage à György Cziffra (il y en aura quatre durant le festival !) où les deux concertos de coudoient deux pages symphoniques (et non des moindres) de son plus grand ami (devenu son gendre) .

L’arrivée sur scène de met en confiance tant cet artiste tout-terrain, qui a sous les doigts l’intégrale des Années de pèlerinage, sait de quoi il retourne. Il est à l’écoute de l’orchestre avec lequel il fait corps dans un premier mouvement flamboyant où l’assise rythmique du pianiste, l’élan et le sens du phrasé qu’il peaufine nous comblent, tirant de son Pleyel, dont les graves n’ont pas toujours la profondeur du Steinway, toutes ses capacités résonantes ainsi qu’un nuancier de couleurs d’une belle richesse qui s’entend dans l’Adagio qui suit. Cantonné dans des aigus lumineux, le soliste joue avec les interventions du triangle dans un Scherzo superbe et une belle complicité avec l’orchestre. Le final, éblouissant, ne souffre d’aucune pesanteur malgré l’emphase du discours. Chamayou y est impérial, en phase avec un orchestre chauffé à blanc qu’il entraîne dans son sillage sans ménagement, avec un panache extraordinaire : du grand art !

Tout aussi héroïque mais d’un seul tenant, le Concerto n°2 – anti-concerto selon les mots de Christian Wasselin qui a rédigé la note de programme – se coule dans une forme rapsodique où l’on ne sait qui conduit vraiment (orchestre ou piano ?), entre moments d’errance, changements d’humeurs et passage de pure virtuosité que traverse toute la gamme des sentiments : autant de situations qui animent les échanges, parfois musclés, entre un orchestre très réactif et la virtuosité transcendante d’un pianiste au service d’une musique dont il connait en profondeur tous les tours et détours.

S’adressant au public pour annoncer son bis, , à l’affût des pépites, revient au piano pour jouer une berceuse du même Liszt, un bijou délicatement ciselé, une autre « rêverie » que le pianiste offre à son auditoire.

Écoute recueillie

Débuter le concert, comme l’ont risqué les Siècles et son chef, par le « Prélude » et « La Mort d’Isolde » n’est pas chose aisée : l’orchestre met du temps à prendre ses marques, l’intonation fluctue, la cohérence du discours peine à s’établir. L’exécution est sur le fil, certes plus convaincante dans « La Mort d’Isolde » où la direction de trouve davantage de fluidité et la texture orchestrale plus d’organicité.

En revanche, c’est un orchestre en pleine possession de ses moyens qui aborde, en seconde partie de concert, les pages symphoniques de Parsifal sous le geste plus libre et la conduite investie de son chef. La plénitude des cuivres dans le Prélude impressionne et la transparence du pupitre des bois émeut, avec cette légère acidité du timbre qui ne gâche rien. La « Musique de transformation » (Verwandlungsmusik) est l’interlude orchestral qui accompagne le changement de décor à vue entre la forêt et le temple du Graal aux actes I et III, un voyage spirituel et temporel hypnotisant, souligné par les puissants roulements de timbales. Les quatre cloches qui résonnent sont les copies conformes de celles que l’on peut entendre à Bayreuth ! L’émotion est palpable dans L’Enchantement du Vendredi saint, moment purement contemplatif – et sommet de la soirée – qui touche au sacré où « le temps devient espace » selon les termes de Gurnemanz. L’écoute recueillie qui règne dans l’Abbatiale ne saurait le démentir.

Ces pages wagnériennes, toutes nouvelles pour Les Siècles qui n’avaient pas encore abordé ce répertoire, viennent d’être enregistrées et sortiront prochainement en CD sous le label Harmonia Mundi.

Crédit photographique : © Bertrand Pichene

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La Chaise-Dieu. Festival de musique. 20 et 21-VIII-2026
20-VIII : Abbatiale Saint-Robert : Johannes Brahms (1833-1897) : Rhapsodie pour alto, chœur d’hommes et orchestre ; Schicksalslied op. 54 pour chœur et orchestre. Éric Montalbetti (né en 1968) : Fragments pour une messe (pour La Chaise-Dieu), pour mezzo-soprano, ténor, chœur et orchestre. Zanda Švēde, mezzo-soprano ; Maciej Kwasnikowski, ténor ; Chœur d’état de Lettonie ; Orchestre symphonique national de Lettonie, direction : Andris Poga
21-VIII : 15h Abbatiale Saint-Robert : Pēteris Vasks (né en 1946) : Chant de gratitude ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n° 4 en sol majeur op. 58 ; Antonin Dvořák (1841-1904) : Symphonie n° 9 « du Nouveau Monde » en mi mineur op. 95. Zanda Švẽde, mezzo-soprano ; Orchestre symphonique national de Lettonie, direction : Andris Poga.
21-VIII : 21h Abbatiale Saint-Robert : Franz Liszt (1811-1886) : Concerto pour piano n° 1 en mib majeur S 124 ; Concerto pour piano n° 2 en la majeur S 125 ; Richard Wagner (1833-1883) : Tristan et Isolde (extraits) : Prélude et Mort d’Isolde ; Parsifal (extraits) : Prélude, Musique de transformation, L’Enchantement du Vendredi saint. Bertrand Chamayou, piano ; Orchestre Les Siècles, direction : Jakob Lehmann

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