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Entre sève nouvelle et magistrale sagesse, le festival de l’Été Mosan clôt sa saison

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Festival de l’Été Mosan. 29-VII-2026 : Église Saint-Joseph de Faulx-les-Tombes. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : trio à clavier n°1, en ut mineur, opus8; Robert Schumann (1810-1856) : trio à clavier n°3, en sol mineur, opus 110; Johannes Brahms (1833-1897) : trio à clavier n°1 en si majeur, opus 8 (version de 1891). Trio Electrum.
30-VIII-2026 : Église-abbatiale de l’abbaye de Maredsous. « Le Rêve de Poliphile » : Anonyme (Venise 1563) : Alma, che scarca à quatre en écho; Anonyme (manuscrit chypriote-français de Turin, 1319) :Je sui trestout damour raimpli, à trois; Jacobus Gallus (1550-1591) : Mirabile Mysterium, motet à cinq; Jacobus Clemens non Papa (ca 1510-ca 1555) : Je prens en gré la dure mort, chanson à quatre; Luca Marenzio (ca 1553-1599) : Solo e pensoso, madrigal à cinq extrait du neuvième livre de madrigaux; Anonyme du XIVeme sicèle; D’ardant désir/Se fus Amer/ Nigra est sed formosa, motet isorythmique à trois, Codex Chantilly, MS.564; Pierre de Manchicourt (ca 1510-1564) : Faulte d’argent, chansons à huit; Willem Ceullers (né en 1962) : Io non so ben, madrigal à huit; Claude Le Jeune (ca 1530-1600) : Hélas! Mon Dieu, ton ire s’est tournée, chanson spirituelle à cinq, extraite du Second livre de Meslanges. Cipriano de Rore (1515-1565) : Donec gratus eram tibi, motet à huit, extraite du Rore-Codex de Münich; Pierre Sandrin ( ca 1490-1561) : Puisque vivre en servitude, chanson à quatre, extrait du vingt-sixième livre de chansons nouvelles; Max Reger (1873-1916) : Der Mensch lebt und bestehet nur eine kleine Zeit, motet à huit, opus 138 n°1; Ludwig Senfl (ca 1490-1543) : Mollis inertia, chanson à quatre, extrait des Varia carminum genere. Huelgas ensemble, Paul Van Nevel, direction.

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Le Festival de l’Été Mosan a refermé sa programmation 2026 par un week-end diptyque très contrasté ; d’une part, l’invitation faite au jeune , tout récemment formé et réunissant trois virtuoses d’horizons divers établis en Belgique, et de l’autre, la venue du Huelgas Ensemble, placé sous la direction de pour un concert passionnant.

De Chostakovitch à Brahms, le coup de maître du Trio Electrum

Le samedi 29 août,  la curieuse église Saint-Joseph de Faulx-les-Tombes offre un cadre acoustique légèrement trop réverbéré au tout jeune Trio à claver Electrum. Portant le nom de l’alliage naturel d’or et d’argent aux proportions variables selon les gisements, la formation réunit trois figures bien affirmées de la scène belge : le violoniste , le pianiste et le violoncelliste . Fin 2025 au terme d’une tournée chinoise, le violoniste et le pianiste se cherchaient un troisième partenaire pour aborder d’autres rivages. Depuis, cette association fait mouche, et déploie un séduisant mélange de spontanée juvénilité et de maturité esthétique.

Placée sous le signe du sentiment amoureux, la première partie du récital s’ouvre avec le  Premier Trio en ut mineur opus 8 d’un jeune , follement épris de sa muse Tatiana Glivenko. Il porte les stigmates de cette relation contrariée par la distance géographique. Cette assez brève page en un mouvement est une insaisissable forme-sonate très kaléidoscopique, elle nous est parvenue de manière fragmentaire, éditée et complétée par . Le Trio Électrum , tant par un sens architectural consommé que par une approche dynamique volontairement instable, rend pleinement justice au foisonnement des idées et des motifs de la partition, entre lyrisme passionné et sarcasme iconoclaste.

Suit le rarement fréquenté et crépusculaire Troisième Trio en sol mineur, opus 110 de Robert Schumann, dont les musiciens restituent toute l’âpre tension narrative. Du premier mouvement, Bewegt, doch nicht zu rasch aux allures de conte fantastique, à la complainte nocturne du Ziemlich langsam, le trio déploie une poésie presque sournoise, par cette suspension maladive de la phrase dans une atmosphère aussi confite que raréfiée. Le Rasch, scherzo impétueux nous ramène ici-bas par sa pulsation obsédante et inquiète, prestement restituée par des interprètes aux aguets. Le final laisse enfin la place à la verve populaire (Kräftig, mit Humor) apportant une résolution lumineuse im Volkston à une œuvre jusqu’alors hantée par la mélancolie et une certaine noirceur dépressive. Les Électrum magnifient l’écriture en camaïeu tant par la parfaite coordination des coups d’archets que par l’implication diamantine et particulièrement aérée du jeu de .

En seconde partie, dès l’Allegro con brio initial du Premier Trio en si majeur opus 8 de Johannes Brahms, le Trio Électrum déploie un lyrisme noble et généreux : le violon de aux élans presque tziganes s’unit à merveille à la rondeur de timbre du violoncelle de et au jeu fruité mais toujours équilibré de , au gré des développements labyrinthiques de cette vaste forme-sonate si rhapsodique. Après un scherzo bondissant dans ses sections extrêmes, mais intensément lyrique et fiévreux dans son Ländler central, l’adagio s’impose comme le point culminant de la soirée par son climat étiré, presque religieux, magnifiant la blessure intime de la section centrale, splendidement défendue par l’archet pudique du violoncelliste, avant de basculer dans un allegro final rupteur et tempétueux à souhait, où, ce soir, pointe au gré des humeurs, l’ombre portée de Schumann et son alter ego hofmannien Kreisler.

En bis, Saans de la compositrice Reena Esmail vient déposer notre écoute en douceur. Cette pièce aux allures de chant nuptial croise le langage occidental et l’atmosphère éthérée d’un raga indien. Elle se déploie comme le murmure d’une cascade ou le relief d’un chant d’oiseau au-dessus de l’immobilité suspendue du clavier : une courte et poétique page de huit minutes, très new age, où les trois interprètes font preuve d’une ferveur quasi mystique remarquable.

Poliphile au cœur de la nef : le miroir profane et sacré de

Le Festival estival referme ses portes sur un concert polyphonique d’une intimité somptueuse au cœur de l’abbatiale néo-gothique de Maredsous. Au centre de la vaste nef se découpe un podium en losange parfait, sur lequel prendront place, dans diverses configurations, les huit solistes du Huelgas Ensemble sous la discrète mais essentielle direction de .

Cette étape d’une tournée européenne s’articule autour d’un projet conceptuel :  l’évocation de l’Hypnerotomachia Poliphili (Venise, 1499) — Le Rêve de Poliphile —, roman symbolique et initiatique attribué au dominicain Francesco Colonna, lequel narre les amours contrariées du héros pour la belle Polia, à travers une profusion de références antiques et d’évocations esthétiques. Paul Van Nevel entend proposer bien plus qu’une simple illustration du roman renaissant : une véritable transmutation en thématique musicale. Ce concert labyrinthique devient ainsi une véritable somme esthétique.

Le parcours s’ouvre sur les seuls effets de spatialisation du concert-périple : un chœur en écho, indispensable aux anonymes mais sublimes laudes vénitiennes Alma che sarà mai (1563). À partir de cette lettrine musicale, les œuvres s’enfilent telles les perles d’un collier polyphonique. Elles traversent toute l’Europe et ses divers courants successifs, au gré d’un itinéraire plus thématique que chronologique, par le truchement d’un répertoire étalé sur plus de six siècles. Ce périple éclaire ainsi les divers aspects d’un même univers, et son enracinement médiéval. Celle-ci offre une incursion dans le répertoire franco-chypriote avec Je suis trestout d’amour raimpli — jadis enregistré par Huelgas dans un album consacré à la cour de Janus de Nicosie (Sony-Vivarte) —, et culmine dans le somptueux et spectaculaire motet isorythmique à trois voix issu du , sommet spéculatif de l’Ars Subtilior, avec ce cantus firmus paraphrasant le Cantique des Cantiques (Nigra est, sed formosa).

Le motet Mirabile Mysterium célébrant le mystère de l’Incarnation, et par son texte, probablement destiné à la fête de la Circoncision de subjugue par ses audaces dissonantes. Dans une atmosphère profane lui répond plus loin le célébrissime Solo e pensoso sur un sonnet de Pétrarque, madrigal presque expressionniste de Luca Marenzio dont l’hyperchromatisme étourdissant vient pourfendre la texture polyphonique et traduit à merveille tant le feu de la passion que la séquestration de toute solitude amoureuse.

Ce maniérisme de la dissonance et de l’aventure du total chromatique nimbe les deux plages les plus chronologiquement récentes de ce panel : le très épuré, laconique et austère motet Der Mensch lebt und bestehet, opus 138 n°1 de , et surtout le très surprenant  Io non so ben s’io vedo du prolifique compositeur contemporain flamand (né en 1962), enrobant d’une syntaxe librement « post-gesualdienne » l’énigmatique dithyrambe adressé par Giovanni Dondi dall’Orologio à son ami Pétrarque.

Le répertoire français n’est pas en reste. Du côté du versant franco-flamand, il s’illustre par les subtiles fausses relations de Clemens non Papa (Je prens en gré la dure mort) ou de (Faulte d’argent) , auxquelles répond le ton beaucoup plus bondissant — et ponctué de légères percussions — de la chanson à quatre voix signée (Puisque vivre en servitude). Mais une mention spéciale s’impose pour l’imploration spirituelle, mesurée à l’antique, de Claude Le Jeune librement inspirée des psaumes de  la Pénitence, Hélas ! mon Dieu, ton ire s’est tournée, œuvre d’une intensité dramatique et d’une rhétorique de la contrition typiques de la repentance réformiste.

L’Antiquité s’impose comme une source d’inspiration directe à travers les Odes et Épodes du poète du premier siècle Horace, convoqué ici pour deux chants (jadis enregistrés au sein de l’anthologie Le Chant de Virgile parue chez Harmonia Mundi). Le Donec gratus eram s’appuie sur une répartition subtile en double chœur pour souligner sa structure dialogique. Il se trouve mis en regard du conclusif Mollis terra. Cette mise en abyme musicale referme tout cet épuisant parcours avec une savoureuse et allusive élégance.

Au fil de ce concert monumental de près de quatre-vingts minutes donné sans entracte, dans l’acoustique idéale de l’église abbatiale, les huit solistes aux timbres parfaitement fondus, font preuve d’une précision tant individuelle que collective impressionnante. On ne peut qu’être subjugué par la finesse du placement rythmique, par l’art des nuances et par l’infaillible justesse d’intonation qui donnent à chaque dissonance son poids dramatique et expressif exact. On devine l’intense travail de préparation sous la conduite de Paul Van Nevel pour que ces polyphonies épicées et très colorées deviennent de véritables méditations incarnées sur le regret, la distance et la mémoire.

Crédits Photogrpahiques : Trio Électrum @ Kira photographies, Res Musica; © Christian Palm

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Festival de l’Été Mosan. 29-VII-2026 : Église Saint-Joseph de Faulx-les-Tombes. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : trio à clavier n°1, en ut mineur, opus8; Robert Schumann (1810-1856) : trio à clavier n°3, en sol mineur, opus 110; Johannes Brahms (1833-1897) : trio à clavier n°1 en si majeur, opus 8 (version de 1891). Trio Electrum.
30-VIII-2026 : Église-abbatiale de l’abbaye de Maredsous. « Le Rêve de Poliphile » : Anonyme (Venise 1563) : Alma, che scarca à quatre en écho; Anonyme (manuscrit chypriote-français de Turin, 1319) :Je sui trestout damour raimpli, à trois; Jacobus Gallus (1550-1591) : Mirabile Mysterium, motet à cinq; Jacobus Clemens non Papa (ca 1510-ca 1555) : Je prens en gré la dure mort, chanson à quatre; Luca Marenzio (ca 1553-1599) : Solo e pensoso, madrigal à cinq extrait du neuvième livre de madrigaux; Anonyme du XIVeme sicèle; D’ardant désir/Se fus Amer/ Nigra est sed formosa, motet isorythmique à trois, Codex Chantilly, MS.564; Pierre de Manchicourt (ca 1510-1564) : Faulte d’argent, chansons à huit; Willem Ceullers (né en 1962) : Io non so ben, madrigal à huit; Claude Le Jeune (ca 1530-1600) : Hélas! Mon Dieu, ton ire s’est tournée, chanson spirituelle à cinq, extraite du Second livre de Meslanges. Cipriano de Rore (1515-1565) : Donec gratus eram tibi, motet à huit, extraite du Rore-Codex de Münich; Pierre Sandrin ( ca 1490-1561) : Puisque vivre en servitude, chanson à quatre, extrait du vingt-sixième livre de chansons nouvelles; Max Reger (1873-1916) : Der Mensch lebt und bestehet nur eine kleine Zeit, motet à huit, opus 138 n°1; Ludwig Senfl (ca 1490-1543) : Mollis inertia, chanson à quatre, extrait des Varia carminum genere. Huelgas ensemble, Paul Van Nevel, direction.

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