Un délicieux pasticcio mozartien

La Scène, Spectacles divers

Paris. Cité de la Musique 17-IX-2006. Mozart Short Cuts d’après Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Spectacle conçu par et . Mise en scène : Macha Makeïeff et . Décors et costumes : Macha Makeïeff. Avec : Ditte Andersen, Sandrina ; Kamila Benhamza, Zaïde ; Hilde Haraldsen Sveen, La Comtesse Arminda/Aspasia ; , Gomatz/Le Podestat ; Tuomas Katajala, le Comte ; , Ramira ; , Osmin ; Robert Horn, comédien, Le Majordome. Batzdorfer Hofkapelle, conception musicale et direction : Laurence Equilbey.

Mozart Short Cuts

Prenez une quinzaine d’airs de Mozart – que vous accompagnerez parfois de récitatifs – quelques ensembles, le tout rehaussé d’une Ouverture et d’un Finale et vous obtiendrez ce délicieux pasticcio tel que l’a concocté à partir d’opéras de jeunesse de Mozart – voire même d’un oratorio, La Betulia liberata – dans lesquels se profilent déjà tous les personnages de ses chefs d’œuvre à venir. Avec beaucoup de verve et d’à propos, et ont lié tous ces ingrédients et conçu un dramma giocoso bien ficelé qui nous conte l’amour et les rires, les tourments du cœur et les déchirures, « au cœur de la difficulté de vivre et des enchantements qui passent » nous dit Jérôme Deschamps. L’action est imaginée dans le décor d’un hôtel luxueux, ressort de toutes les intrigues amoureuses orchestrées par Bob, le majordome/comédien qui observe tout et règle en coulisse le sort de chacun. Le plateau est éblouissant de jeunesse – la moyenne d’âge ne doit pas dépasser trente ans – animant avec beaucoup d’entrain et de naturel cette « folle journée » jusqu’à son « happy end ». Saluons la prestation virtuose de Hilde Haraldsen Sween jouant sur deux fronts – la Comtesse Arminda et Aspasia – aux côtés de Kamila Benhamza et de Ditte Anderson – Zaïde et Sandrina -, deux héroïnes très mozartiennes déployant séduction et tendresse à l’égard de leur partenaire. Avec un charme irrésistible, campe un Gomatz pétri d’amour alors que dans les rôles du Comte et d’Osmin, Tuomas Katajala et offrent toutes les qualités vocales requises – souplesse, élégance et couleur – pour incarner cette gente masculine faisant souvent les frais de la coquetterie féminine chez Mozart. Ramira, personnage androgyne inventé par Macha Makeïeff – auquel prête son timbre chaleureux de mezzo-soprano – vient semer le trouble au sein d’une société déjà bien ébranlée dans son équilibre. Laurence Equilbey, maître-d’œuvre de la soirée, mène l’ensemble avec précision et fermeté ; l’orchestre joue sur instruments modernes mais avec un sens remarquable de l’articulation et une étroite complicité avec le plateau. En bref, un pari tenu pour cette entreprise à haut risque : celui de rester à la hauteur du génie mozartien et d’en exalter la fraîcheur et toute l’ambiguïté.

Crédit photographique : © Cité de la Musique, Paris

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