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La Belle Saison : Oeuvres phares du 20e transcrites pour deux pianos

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, Théâtre des Bouffes du Nord, 9-II-2015. Claude Debussy (1862-1918) : « Nuages » (extraits des Nocturnes), transcription pour deux pianos de Maurice Ravel, 1909 ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Le Sacre du printemps, transcription originale à quatre mais réalisée par le compositeur en 1912 ; Maurice Ravel (1875-1937) : La Valse, Transcription pour deux pianos par le compositeur ; Edgard Varèse (1883-1965) : Amériques, version pour quatre pianistes réalisée par le compositeur. Vanessa Wagner, Marie Vermeulin, Cédric Tiberghien, Wilhem Latchoumia, pianos.

Photo-Amériques_horiz-©-GalateaSophie-Lanoote_20150206Le Théâtre des Bouffes du Nord, initiateur du réseau de salles « La Belle Saison – Concert Halls »,  poursuit dans ce cadre une programmation innovatrice de musique de chambre avec souvent des œuvres du 20e et du 21e siècle, mettant en valeur de jeunes interprètes.

Ce concert était sans aucun doute l’un des plus originaux de cette série, avec la création française de la version pour quatre pianistes des Amériques de Varèse. La pièce, destinée initialement à un très grand orchestre exigeant plus de 150 musiciens, est connue pour un important effectif de percussions comprenant une sirène de pompiers. À cette pièce gigantesque, associe Le Sacre du printemps qui a, comme Amériques, délibérément rompu le langage musical de l’époque. À quoi s’ajoutent deux pièces modelées par Ravel, grand orchestrateur ainsi que transcripteur de premier ordre.

et ouvrent le bal, en proposant les Nuages de Debussy. Hypnotique, le morceau prépare en douceur nos oreilles pour un bouleversement sonore qui va suivre. Ensuite, prend la partie II du Sacre. Son jeu, marqué à la fois par la grande précision et la surprenante souplesse, est saisissant ; ils frappent les accords de manière absolument incisive mais ne les martèlent jamais, et le son est ainsi toujours extrêmement clair et le discours limpide. En somme, un Sacre captivant à couper le souffle.

Des oeuvres phares du 20e siècle transcrites pour deux pianos

Après l’entracte, on entend La Valse de Ravel, élégante et énergique, parsemée de touches coquettes, avec l’excellente très engagée. Elle joue comme elle danse, on sent à l’évidence qu’elle vit la musique entièrement en elle, et sa sonorité, dotée d’une belle épaisseur, n’est jamais lourde. Chacun de ses gestes traduit sa musicalité ; les mouvements des épaules, des bras, des poignets et des mains sont si parfaitement en harmonie avec la musique que nous prenons un véritable plaisir à la regarder jouer, tout comme .

Arrive enfin les Amériques de Varèse. Une partition de près d’une demi-heure, aux mesures constamment changeantes, son exécution n’est jamais facile. Cela s’entend et cela se voit surtout, car à certains moments il faut qu’un des quatre batte la mesure pour assurer le bon déroulement de l’interprétation. La musique comprend des passages rappelant vaguement Debussy et Stravinsky que nous avons entendus précédemment, mais sa facture est d’une originalité folle, encore extrêmement moderne près de 100 ans après sa composition. Les quatre pianistes (deux fois quatre mains) montrent leur magnifique entente à travers cette partition, avec une acuité rythmique et des accents tour à tour vifs, mordants, grinçants, voire acerbes, en nous transmettant la révolte de Varèse face à l’ordre musicale établi. semble particulièrement inspiré, et son inspiration est audible par un grand enthousiasme et aussi par un formidable contrôle qui dominent son jeu. L’expression « belle performance » est trop faible pour décrire avec quelle énergie nos quatre artistes créent cette musique complexe, et avec quelle musicalité ils exécutent cette partition à première vue chaotique.

Photos : en répétition à Arras ©Agence Galatea – Sophie Lanoote

 

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