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Paolo Arrivabeni enlace La Bohème à Genève

La Scène, Opéra, Opéras

Genève. Théâtre des Nations. 21-XII-2016. Giacomo Puccini (1858-1924) : La Bohème, opéra en quatre actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après le roman de Henri Murger, Scènes de la vie de bohème. Mise en scène : Matthias Hartmann. Décors : Raimund Orfeo Voigt. Costumes : Tina Kloempken. Lumières : Tamás Bányai. Avec : Nino Machaidze, Mimi ; Julia Novikova, Musetta ; Dmytro Popov, Rodolfo ; Andrè Schuen, Marcello ; Michel de Souza, Schaunard ; Grigory Shkarupa, Colline ; Alexander Milev, Alcindoro ; Wolfgang Barta, Benoit ; José Pazos, Parpignol ; Dimitri Tikhonov, Sergent des douanes ; Aleksandar Chaveev, un douanier. Maîtrise du Conservatoire populaire de musique, danse et théâtre de Genève (Direction Magali Dami et Fuzsina Sturomi). Chœur du Grand Théâtre (Chef de chœur : Alan Woodbridge). Orchestre de la Suisse Romande. Direction musicale : Paolo Arrivabeni.

laboheme-01La nouvelle production genevoise de La Bohème de affirme l’incontestable magnificence de la musique à travers la superbe direction d’orchestre de et la bouleversante Mimi de .

Pourquoi cet opéra réussit-il toujours à émouvoir bien que presque tous les spectateurs en possèdent des incontournables références discographiques ? Peut-être parce que la musique de Puccini s’inscrit au-dessus de l’intrigue, de l’image, de la scène. Parce que cette musique raconte plus encore que les mots qu’on y chante. Et cette production genevoise en est l’illustration la meilleure. Alors qu’on l’attend de la scène, l’émotion la plus profonde vient de la fosse. D’un tout en nuances, tout en poésie, que le chef insuffle magnifiquement à l’ensemble romand dans une direction d’orchestre d’une finesse extrême. Dosant les effets, le chef italien s’approprie et enlace l’œuvre puccinienne avec une baguette d’une rare finesse. On aurait presque envie d’entendre la musique sans les mots. Comme si le langage n’était qu’un parasite à la mélodie. Jamais l’adage « prima la musica poi le parole » n’a été aussi véritablement proposé.

Non pas que Paolo Arrivabeni ne se préoccupe pas des chanteurs. Au contraire, il en fait les instruments de Puccini. Pourtant tous ne le perçoivent pas, occupés qu’ils restent à leur idée des personnages. Ainsi, le ténor (Rodolfo) n’a malheureusement pas une once d’italianité pour offrir la sensibilité latine que demande le personnage. Les références discographiques et scéniques du rôle restent malheureusement trop présentes à l’esprit de chacun pour que la personnalité de s’impose. Même s’il possède toutes les notes de la partition, son élocution incompréhensible de la langue de Dante n’arrange rien au portrait. Chantant souvent en force, ne dominant pas la technique du pianissimo, ses romances amoureuses (Che gelida manina, O soave fanciulla) ne parviennent pas à convaincre même si l’acteur est éloquent.

À l’opposé, la soprano (Mimi) se coule superbement dans le rôle. Profitant à l’extrême du tapis musical préparé par le chef italien, son Mi chiamano Mimi emporte le spectateur hors du contexte du théâtre. N’existe alors qu’une frêle jeune fille dont le chant est l’indispensable complément à la musique de Puccini. Emportée par son propre chant, ses attitudes, ses regards, ses gestes, elle respire l’évidence. La ligne de chant parfaitement conduite, la diction claire, Nino Machaidze capture bientôt l’attention de chacun. Sans autre artifice que son talent, dominant le plateau, l’émotion interprétative culmine avec un Donde lieta usci magnifique.

laboheme-03Et pourtant, la nudité excessive du décor () fait de rideaux de tulle tendus, d’accessoires se perdant dans l’espace ouvert de toute la scène, ne favorise pas le climat profond du drame d’Henri Murger. Plus qu’une véritable mise en scène, offre une mise en place de ses acteurs. Certes, il raconte l’intrigue mais, par exemple, l’agitation des quatre compères dans leur « mansarde » fait plus penser à une improvisation qu’à une véritable direction d’acteurs. Certaines scènes sont consternantes. À l’image du couple Marcello (belle voix de ) et Musetta (vocalement décevante ) dont on retiendra qu’il apparaît entravé à la seule attache sexuelle illustrée par une vulgaire retrouvaille de deux êtres qui, à l’arrivée de la fanfare devant le café Momo, roulent l’un sur l’autre devant des enfants moqueurs. Que d’énergies dépensées !

À noter l’entrée dynamique du baryton (Schaunard) donnant un bel élan à un rôle souvent considéré comme mineur. À l’aise théâtralement, il campe son personnage avec un humour contenu qu’il accompagne d’une voix attrayante. Dans un rôle scéniquement plus modeste, la basse (Colline) s’acquitte avec élégance de son unique aria, Vecchia zimarra, senti.

Le , dont on remarque d’agréables progrès sur la prononciation des textes est, comme à son habitude, vocalement bien préparé.

Avec des décors d’une plus grande recherche esthétique, une véritable mise en scène, cette production aurait permis de mieux appréhender la qualité des chanteurs, particulièrement des rôles secondaires, qui s’avèrent de biens meilleurs interprètes que ce que le spectacle laisse à montrer. Ceci d’autant plus, et il faut le rappeler, que la qualité musicale venant de la fosse reste exceptionnelle.

Crédit photographique : © Carole Parodi

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