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Werther à l’Opéra du Rhin : le dilemme de Charlotte

La Scène, Opéra, Opéras

Strasbourg. Opéra national du Rhin. 9-II-2018. Jules Massenet (1842-1912) : Werther, drame lyrique en quatre actes sur un livret d’Edouard Blau, Paul Milliet & Georges Hartmann, d’après Johann Wolfgang von Goethe. Mise en scène : Tatjana Gürbaca. Décors et lumières : Klaus Grünberg. Costumes : Silke Willrett. Avec : Massimo Giordano, Werther ; Anaïk Morel, Charlotte ; Régis Mengus, Albert ; Jennifer Courcier, Sophie; Kristian Paul, le Bailli ; Loïc Felix, Schmidt ; Jean-Gabriel Saint-Martin, Johann ; Marta Bauzà, Käthchen ; Stefan Sbonnik, Brühlmann. Petits Chanteurs de Strasbourg (chef de chœur : Luciano Bibiloni), Chœurs de sopranos de l’Opéra national du Rhin (chef de chœur : Sandrine Abello), Orchestre symphonique de Mulhouse, direction : Ariane Matiakh.

Werther ONREn centrant sa mise en scène sur le personnage de Charlotte, renouvelle l’éclairage du chef d’œuvre de Massenet.   et s’intègrent avec bonheur dans cette conception, magnifiée par le superbe travail orchestral d’.

Une pièce de bois blond dans la maison du Bailly, de faible profondeur et aux perspectives raccourcies occupe tout le cadre de scène. Dans sa mise en scène créée à Zurich, place l’action de Werther dans ce décor unique, propre à traduire l’univers domestique et quotidien de Charlotte tout comme son enfermement psychologique et sa soumission aux règles sociales. D’entrée, le poète Werther apparaît hors cadre et s’y introduit presque par effraction. Un Werther bien éloigné du classique héros romantique et tourmenté, qu’incarnait à la perfection Jonas Kaufmann, mais plutôt un être différent, symbolisant l’appel d’un ailleurs, d’une autre vie, d’une liberté débarrassée des pressions et des codes en vigueur. C’est pourquoi le décor s’ouvre aux moments-clés sur ce monde extérieur ou sur l’immensité de l’univers et qu’y surgiront par les placards ou les fenêtres des figurants aux costumes festifs et aux regards souvent réprobateurs. Tel est aussi le sens des ballons que s’échangent les protagonistes.

Tatjana Gürbaca place Charlotte au centre du drame et met tout particulièrement en lumière son débat intérieur entre deux aspirations contradictoires : devenir une épouse modèle en se soumettant au mariage avec Albert que lui a fait promettre sa mère mourante, ou répondre aux sentiments et à l’attirance que lui inspire Werther. Sa mise en scène offre un regard neuf et pertinent mais évacue deux éléments fondamentaux de l’œuvre : le romantisme et surtout la présence de la Nature, dont Mariame Clément avait su tenir compte ici même en 2009. Usant de gestes forts et signifiants, Tatjana Gürbaca a pourtant parfois tendance à grossir excessivement le trait. Était-il nécessaire que Charlotte retourne à sa vaisselle lors du duo au clair de lune ou que Werther la culbute sur une banquette quand elle lui cède au troisième acte ? La très belle idée de doubler le couple principal par deux vieillards tendrement amoureux, personnifiant l’avenir un temps possible mais que Werther et Charlotte ne connaîtront jamais, décuple l’émotion de la scène finale. De manière plus anecdotique, Tatjana Gürbaca réussit à faire passer l’indigeste scène de beuverie entre Johann et Schmidt au début du second acte en la plaçant dans une maison de retraite. Les deux compères y tourmentent les pensionnaires, tandis qu’Albert et Charlotte viennent y accomplir leurs bonnes œuvres.

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Après sa prise de rôle toute récente à Klagenfurt, est une Charlotte puissamment émouvante et d’un engagement total, quitte à malmener quelquefois son registre aigu. Le timbre de la voix est prenant, rond et enveloppant, les graves superbes et chaleureux. est en revanche un habitué du rôle de Werther, qu’il a interprété sur de nombreuses scènes internationales. Il y offre une prononciation quasi idiomatique du français et un soin remarquable des nuances mais ne peut se départir d’une certaine italianité à la fois du timbre aux aigus solaires et de l’émission vocale, qui s’intègre finalement bien à l’altérité du personnage voulue par la mise en scène. campe avec succès une Sophie moins effacée et légère que d’ordinaire tandis que emporte moins l’adhésion avec son Albert un peu convenu et transparent. s’impose sans problème en Bailly paternaliste et sympathique. en Johann et Loïc Felix en Schmidt se complètent bien et, d’un chant toujours soigné, évitent la caricature où tombent trop souvent les interprètes de ces rôles. Enfin, très bien préparés par Luciano Bibiloni, les Petits Chanteurs de Strasbourg allient aisance scénique et justesse vocale.

En fosse, l’ subjugue par la qualité de sa pâte orchestrale et sa vigueur sous la direction ferme mais souple d’. La cheffe française prend son temps pour détailler les subtiles alliances de timbres instrumentaux, soigne les couleurs mais n’omet pas précision et dramatisme et sait « lâcher les chevaux » pour des tutti d’une impressionnante plénitude. Une direction en tous points remarquable et saluée par le public.

Crédit photographique : Anaïk Morel (Charlotte), Massimo Giordano (Werther) © Klara Beck

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  • Michel LONCIN

    Une seule remarque : voilà que ResMusica tombe dans les outrances orthographico-« féministe » de l’écriture inclusive !!! Et cependant, héritée largement de la grammaire latine, la langue française dispose, discrètement certes, d’un masculin, d’un féminin… et d’un neutre !!! Dès lors, la « fonction » de « chef » d’orchestre (remarquons le « féminin » du sujet « fonction ») devrait demeurer « neutre » !!!

  • Pierre Benveniste

    Nous étions voisins à l’ONR vendredi, je crois. Merci pour votre compte rendu dont les conclusions rejoignent les miennes dans mon CR d’Odb-opéra sous le pseudo Piero1809.

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