Kurt Sanderling, accompagnateur des plus grands solistes russes

À emporter, CD, Musique symphonique

Kurt Sanderling, l’accompagnateur. Œuvres concertantes de Johann Sebastian Bach (1685-1750), Ludwig van Beethoven (1770-1827), Tikhon Khrennikov (1913-2007), Alexandre Lokshine (1920-1987), Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893), Maurice Ravel (1875-1937), Karol Szymanowski (1882-1937), Sergueï Taneïev (1856-1915), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Robert Schumann (1810-1856), Johannes Brahms (1833-1897), Frédéric Chopin (1810-1849), Serge Prokofiev (1891-1953), Gustav Mahler (1860-1911), Benjamin Britten (1913-1979), Igor Stravinsky (1882-1971). Orchestre philharmonique de Léningrad, Orchestre philharmonique tchèque, Orchestre symphonique de la radio de l’URSS, Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, Orchestre symphonique de Vienne. Maria Yudina, Maria Grinberg, Emil Guilels, Sviatoslav Richter, Yakov Zak (pianos), Leonid Kogan, David Oïstrakh, Yulian Sitkovetsky, Boris Gutnikov (violons), Mstislav Rostropovitch (violoncelle) ; direction : Kurt Sanderling. 13 CD Profil Hänssler. Enregistrements réalisés à Berlin, Leipzig, Léningrad, Moscou, Prague, Vienne de 1948 à 1963. Notice bilingue : anglais et allemand. Durée : 13 heures 43’.

 

Kurt-Sanderling-EditionRévéré pour ses interprétations des symphonies de Beethoven, Chostakovitch ou Sibelius, , réfugié en URSS pour fuir l’Allemagne nazie, a laissé de magnifiques gravures de concertos dans lesquels il accompagne les plus grands solistes russes de son temps. S’agissant de Guilels, Richter, Oïstrakh ou Rostropovitch, on comprend la richesse exceptionnelle du coffret d’archives qui nous est aujourd’hui proposé, malgré une présentation assez rudimentaire.

Chassé d’Allemagne par la montée du nazisme, le grand chef Kurt Sanderllng (1912-2011) trouva refuge en union soviétique où il devint de 1942 à 1960 l’assistant du légendaire Evgeny Mravinsky à la Philharmonie de Leningrad. De retour ensuite en Allemagne de l’Est, il dirigea aussi en Occident, essentiellement après la chute du mur, sans jamais renier le régime soviétique qui lui avait, disait-il, sauvé la vie. Ce coffret documente son activité comme accompagnateur de solistes russes. On y retrouve son style austère, impeccablement tenu, mais d’une rare perfection dans le répertoire germanique ; il rappelle qu’on lui doit sur le tard une des plus belles intégrales des symphonies de Beethoven jamais enregistrées, avec le Philharmonia.

Quelques gravures se détachent de l’ensemble. Au premier plan, une grandiose intégrale des concertos de Beethoven avec Guilels, rencontre au sommet de deux artistes à la hautaine exigence comparable, ainsi qu’un très sombre Concerto pour la main gauche de Ravel par le même pianiste. Au même niveau, on trouve les quelques enregistrements de Richter, autre titan du piano. Mais quel dommage que la Fantaisie chorale de Beethoven soit chantée en russe d’une part, que le Deuxième concerto de Brahms soit accompagné par l’, dont le corniste rate quasiment tous ses traits. Dommage d’autant plus regrettable que le même concerto figure, cette fois somptueusement jouée par la Philharmonie de Leningrad, hélas autour du pâle Yakov Zak. Terminons les pianistes en saluant , plus convaincante dans Bach que dans un quatrième de Beethoven surtout remarquable par sa cadence signée Brahms, et Maria Grinberg, une autre légende du piano russe, moins connue dans l’Hexagone, mais dont les prestations, surtout celle du Concerto n° 3 de Beethoven, impressionnent par la force évocatrice, ainsi que le brio et la fluidité des phrasés.

Un seul enregistrement de Rostropovitch, mais souverain dans la Symphonie concertante de Prokofiev, deux belles gravures de , plus remarquable dans Mozart que dans le médiocre concerto de Khrennikov, ouvrent la voie au magnifique disque d’Oïstrakh, envoûtant dans le Premier concerto de Szymanowski, somptueux dans la très rare Suite de concert de Taneïev. Reste un disque de mélodies, inégal car si les Fahrenden Gesellen Lieder de Mahler avec à Leipzg sont splendides, la Sérénade de Britten, braillée littéralement en russe par Mokhail Dovenmann, est quasiment inaudible. Malgré ce choix contestable, l’ensemble, à la présentation sommaire, n’en dessine pas moins un portrait fidèle d’un grand maître de la baguette du siècle dernier.

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  • Michel LONCIN

    « Sans jamais renier le régime soviétique » … je n’en suis pas si sûr … Il me souvient d’une émission télévisée consacrée à la 5ème Symphonie de Chostakovitch au cours de la laquelle Kurt Sanderling explique à un orchestre danois ou suédois le message secret ANTI stalinien de l’œuvre …

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