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Aquilée, morne plaine

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Paris. Opéra National. Quatrième représentation, le 29 Septembre 2001. Giuseppe Verdi : Attila. Direction musicale : Pinchas Steinberg. Mise en scène : Josée Dayan et Jeanne Moreau. Attila : Samuel Ramey. Ezio : Carlo Guelfi. Odabella : Maria Guleghina. Foresto : Franco Farina. Uldino : Mihajlo Arsenski. Leone : Igor Matioukine. Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Paris.

/ Josée Dayan et Jeanne Moreau

Après l’Aïda du Stade de France et sa folie des petitesses, Paris a mis un point d’honneur à offrir in loco (Bastille) un deuxième hommage automnal, bruyant à défaut d’être bouillonnant, à Verdi. Cette fois-ci, place au jeune ! Celui des « années de galère » (1846), avec l’entrée au répertoire d’Attila. Tempérons, du reste, la séparation artificielle encore vivace entre le Verdi mature et incontesté ; et celui-ci, qui ne serait qu’un laboratoire plus ou moins bancal. La partition, outre sa concision, son allant roboratif et sa splendeur chorale, vaut bien mieux qu’un accessit, même si ce n’est certes pas qu’un chef d’œuvre. Pour autant, est-il indispensable que en souligne chaque « faiblesse » (flonflons à la fin des cabalette, fortissimi démentiels dans les ensembles, poussant chanteurs et choristes à la distorsion – surtout lors du splendide trio du III) ?

Soudainement inspiré par l’admirable Liberamente or piangi d’Odabella au I, il en vient à délaisser , ce qui n’est guère professionnel, même si cela peut se comprendre : l’efficace soprano s’implique, assurément. Mais, après un Santo di patria du Prologue, plus bombardier que technicien, elle trouve à nouveau de cruelles limites dans son inadéquation au chant de grâce. A cette monotonie dans la force, s’oppose celle du chant souffreteux de (Foresto). Incapable de tenir le moindre aigu sans détimbrer, court de souffle et chantant parfois faux, il parviendrait a contrario à mettre en valeur son comparse romain Ezio.

Ce n’est pas que soit un vrai baryton Verdi (déjà en gésine dans cette œuvre) ; son émission reste de toute manière rocailleuse, avec des aigus quasi inexistants. Et pourtant, son efficience, sa probité et son refus de l’effet facile peuvent en remontrer à quelques-uns. Quelles circonstances peuvent-elles atténuer la responsabilité des musiciens dans cet échec ? Actrice consommée et charismatique, Jeanne Moreau n’ajoute ici rien à sa gloire ; qu’elle ait eu de surcroît besoin de travailler en binôme est inquiétant, au vu du résultat. De mise en scène, point. Pas même de mise en espace. Les masses chorales sont bien divisées et rangées au cordeau ; chaque artiste livré à lui-même, faute de l’amorce d’une idée (si ce n’est le spectre ridicule du II), ne peut que renvoyer au public l’image d’un vide théâtral confondant. Les décors oscillent entre le joli (ciels rouges) et le dérisoire (tableau final de bande dessinée dans l’ouest américain).

Mais : le personnage d’Attila lui-même, ce rôle-fétiche des basses ? Au soir de sa carrière, , dans une incomparable santé vocale, résiste à tout cet environnement pour nous régaler d’un nouveau festival. Dix ans, exactement, après sa mémorable incarnation scaligère (Savary, Muti), il semble ne pas avoir pris une ride ! Perfection de la projection (la voix n’est pas si grosse), souplesse de la vocalise, vigueur des cabalette ; et encore palette des expressions (la scène de la Vision), écoute des partenaires et élégance du maintien. C’est miracle qu’un tel Roi des Huns parvienne à renaître, tel Phénix, là où d’autres se sont chargés, à sa place, de répandre du désherbant.

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Paris. Opéra National. Quatrième représentation, le 29 Septembre 2001. Giuseppe Verdi : Attila. Direction musicale : Pinchas Steinberg. Mise en scène : Josée Dayan et Jeanne Moreau. Attila : Samuel Ramey. Ezio : Carlo Guelfi. Odabella : Maria Guleghina. Foresto : Franco Farina. Uldino : Mihajlo Arsenski. Leone : Igor Matioukine. Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Paris.

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