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Conte médiéval franco-finlandais

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre du Châtelet. 26-XI-01. Kaija Saariaho : L’Amour de loin. Dawn Upshaw, Lilli Paasikivi, Gerald Finley. Chœur de Chambre Accentus. Chef de chœur : Laurence Equilbey. Orchestre de Paris. Direction : Kent Nagano. Mise en scène : Peter Sellars. Décors : George Tsypin. Costumes : Martin Pakledinaz. Lumières : James F. Ingalls.

L’Amour de loin

Paris. Théâtre du Châtelet. 26-XI-01.  : L’Amour de loin. , , . Chœur de Chambre . Chef de chœur : . . Direction : . Mise en scène : . Décors : George Tsypin. Costumes : . Lumières : James F. Ingalls.

Commencé avec Trois Sœurs de Peter Eötvös au Théâtre du Châtelet, le mois de novembre se sera conclu en ce même théâtre sur un second opéra contemporain, L’Amour de loin de . Auréolé de son succès au Festival de Salzbourg en août 2000, ce premier ouvrage lyrique de la compositrice finlandaise était d’autant plus attendu en France qu’il faisait figure d’héritier de la prosodie debussyste développée dans Pelléas et Mélisande, autre sujet d’essence médiévale. « J’ai découvert l’histoire dans un livre de , se souvient la compositrice, mais c’est cette histoire qui m’a en fait choisie. J’y ai trouvé quantité de strates, la liberté et l’espace pour ma musique. Roubaud y évoque la mythologie médiévale, à travers la vie de Jaufré Rudel. Bien que l’on m’ait dit que je ne pouvais en tirer matière à opéra, j’ai ressenti la nécessité d’en écrire un. J’ai songé un moment à rédiger le livret, puis Gérard Mortier, qui souhaitait produire l’opéra, m’a contactée et nous avons cherché un librettiste. C’est finalement qui a parlé de l’œuvre d’Amin Maalouf, que j’avais lue sans imaginer qu’il soit possible d’y puiser un livret. Nous avons collaboré étroitement ensemble, il était si humble qu’il était à mon entière disposition. »

Le livret de l’écrivain libanais Maalouf, qui entendait respecter la courtoisie et la délicatesse du discours amoureux du Moyen Age, le réduit en fait à une stéréotype qui annihile la dimension dramatique. Mais la musique y pourvoit, portant à elle seule l’histoire de ce prince troubadour qui se lamente de ne pas avoir appris le bonheur, et de Clémence de Tripoli, qui n’a pas encore osé aimer mais s’émerveille d’apprendre, de la bouche d’un pèlerin qu’au-delà des mers un poète la célèbre. La partition dit aussi comment ils s’espèrent, se devinent, s’attendent et se rejoignent enfin, mais trop brièvement, avant que la mort du prince poète ne les sépare. L’ensemble est tissé dans une trame mouvante et voluptueuse, où les voix, les sons, acoustiques et électroniques, se fondent naturellement. Reste que le traitement vocal par trop uniforme engendre une certaine lassitude, et l’on ne comprend guère les chanteurs, malgré une écriture limpide et et une orchestration transparente.

La mise en scène de Peter Sellars est théâtre pur, et la scénographie, faite de colonnes de lumières changeantes, d’un plateau submergé d’une dizaine de centimètres d’eau, d’une nacelle de verre pour Jaufré et, pour Clémence, d’un escalier en colimaçon orné tel un bijou oriental dont le clignotement de lumières fait par trop songer à quelque sapin de Noël, vient des enluminures médiévales, allant ainsi dans le sens de la musique. Sous l’impulsion de , l’ se fait léger et fluide, somptueux écrin d’une distribution remarquable, , dont l’articulation n’est hélas guère séduisante, et, surtout, , émouvant pèlerin, donnent vie à ces personnages pourtant loin de toute réalité, que seul le chœur , remarquable lui aussi, devrait incarner.

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