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James MacMillan & Thierry Escaich : L’Orchestre de Bretagne à la Maison de Radio France.

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Paris. Vendredi 25 octobre 2002. Salle Olivier Messiaen, Maison de la Radio (Paris). Britten : Simple Symphony pour orchestre à cordes opus 4. Escaich : Résurgences, concerto pour trompette et orchestre. Britten : Sinfonietta opus 1 (version orchestrale). MacMillan : Sinfonietta. Orchestre de Bretagne. Trompette : Eric Aubier. Direction : James MacMillan.

Programme très séduisant de l’Orchestre de Bretagne à la Maison de Radio France : mélange deux jeunes compositeurs actuels, Escaich et MacMillan, à un « classique » du 20ème siècle, Britten, dans deux de ses œuvres de jeunesse les plus réjouissantes. C’est lui-même qui dirigeait l’orchestre venu se produire à Paris. Mais ce concert a surtout été l’opportunité d’entendre l’une des toutes dernières œuvres de  : son concerto pour trompette « Résurgences ».

Le trompettiste Eric Aubier et l’organiste se connaissent depuis plus de dix ans. Ils ont à leur actif de nombreux récitals pour trompette et orgue. Escaich avoue dans le programme du concert ne pas être un fanatique de ce genre de prestation, et de ne pas trouver la trompette, « instrument froid comme le fer », toujours à son style. Mais cela ne l’a pas empêché d’écrire en 1995 une « Elégie » pour trompette et orchestre, enregistrée par Aubier et l’Orchestre de Bretagne chez le label Pierre Verany, et en 1997 une « Tanz Fantaisie » pour trompette et orgue, enregistrée par Aubier et Escaich en personnes chez le label Calliope. Il n’est donc pas étonnant de retrouver les mêmes protagonistes dans ce concerto créé à Rennes le 14 avril 2002 (avec Jean-Jacques Kantorow à la baguette à cette occasion) et donné en première parisienne ce vendredi soir.

Ce concerto, intitulé « Résurgences », est écrit en un seul bloc de 22 minutes. Il débute très solennellement avec une longue tenue grave de l’orchestre (un souvenir de pédale d’orgue ?) sur laquelle alternent un choral aux cordes dans un style très « Psychose d’Herrmann » et un thème en notes régulières et montantes à la trompette. Le tout aboutit à un point culminant de la trompette, prolongée magiquement en résonance par des violons suraigus. La musique prend alors une tournure plus expressive et grave. La trompette dialogue un temps avec le violon solo, puis avec les deux trompettes de l’orchestre dans une sorte de fanfare, alors un rythme plus vif s’installe, rythme similaire par exemple à celui que l’on trouve au début de sa Fantaisie Concertante pour piano et orchestre, et sur lequel la trompette se contente de lancer quelques « fusées ». La suite est une alternance de passages vifs et lents. Escaich explore ici une large gamme des possibilités techniques de la trompette, Eric Aubier changeant souvent d’instrument et de sourdine, mais sans jamais rechercher l’effet pour l’effet. Rien de très nouveau dans cette musique. Il ne faudra pas s’attendre à un renouvellement de style total de la part d’Escaich. On retrouve ainsi par exemple au début les mêmes cordes sinueuses et contrepointiques du concerto pour saxophone de 1992. Il s’agit d’une œuvre de plus grande dimension que son Elégie de 12 minutes pour trompette et orchestre de 1995. L’ensemble m’a globalement assez convaincu et séduit, même si après cette première écoute, j’ai ressenti des réserves sur quelques longueurs au milieu. L’ouvrage gagnerait peut-être à plus de concisions. Une deuxième écoute s’impose pour mieux juger. Et cela n’enlève pas mon sentiment qu’Escaich reste l’un des jeunes compositeurs les plus prometteurs actuellement, sa musique mérite l’attention par son approche directe mais en rien concessionnelle. Le public de la Salle Olivier Messiaen s’est montré très chaleureux envers ce concerto et Escaich, présent dans la salle, puis sur la scène.

Avant ce concert, je ne connaissais le compositeur (né en 1959) que de réputation : un compositeur anglais à succès et plutôt traditionnel envers la tonalité, un peu comme Thierry Escaich en France. Sa « Sinfonietta » pour orchestre écrite en 1991 se présente elle aussi comme un mouvement d’un seul bloc. Le début est très calme : notes tenues aux violons, et mélodies expressives confiées aux vents et aux cuivres. Cette première partie n’est pas sans rappeler « The Unanswered Question » de Charles Ives pas sa beauté simple et son calme immuable. Mais cette méditation un peu surannée et conventionnelle va être brusquement interrompue par la percussion et un orchestre beaucoup plus bruyant et vulgaire. On a beau être prévenu du coup de tambour, on a beau voir les percussionnistes se préparer, on est quant même surpris par cette intervention. La suite est une sorte de conflit entre la partie méditative précédente et les interventions de plus en plus appuyées de l’élément vif et dramatique. Ce procédé évoque bien entendu la « Stase dynamique » de Giya Kancheli, mais la comparaison s’arrête là, MacMillan n’a pas le culte du silence et le dramatisme bouleversant du compositeur Georgien et ses mélodies et ses harmonies sonnent typiquement anglaises et non le folklore du Caucase. Après ce passage très militaire, percutant, grossier et obstiné (le même accord revenant sans cesse frapper les esprits), le « sublime » initial refait surface. Mais cette fois-ci c’est le violon solo qui s’empare de la ligne mélodique, puis le piano se lance dans un beau et contemplatif solo. L’œuvre se termine par une note au piano mourant vers les cieux. Cette Sinfonietta est habilement écrite et très efficace, elle m’a laissé une impression très agréable à cette première écoute, même si je ne saurais crier au chef-d’œuvre. Compositeur à suivre.

Pour compléter ce programme, deux œuvres du compatriote de MacMillan, . Je ne saurais pour ma part considérer Britten comme un compositeur contemporain, puisque j’étais tout juste né lorsqu’il est mort en 1976, et les deux œuvres présentées à ce concert remontent aux années 1930. Britten est maintenant devenu un « classique » du 20ème siècle. Sa « Simple Symphony » pour cordes est, avec son scherzo entièrement en pizzicati et sa « Sarabande sentimentale » bien émouvante, un pastiche des symphonies de Haydn digne de la « Symphonie Classique » de Prokofiev. La Sinfonietta, à l’origine écrite pour quintette à cordes et quintette à vents, est le premier opus de son auteur mais le style de Britten y est déjà fortement affirmé. Deux petits bijoux qui sont toujours attachants à écouter. L’Orchestre de Bretagne, de dimension réduite, et la baguette très sobre et british de MacMillan ont très justement rendu cette musique.

Ce concert sera retransmis sur France Musiques le dimanche 10 novembre 2002 à 19 heures.

La sortie discographique du concerto de Thierry Escaich par Eric Aubier est annoncée début 2003 (Bacri et Ohana complèteront le programme).

On pourra aussi retrouver Thierry Escaich à la Maison de la Radio au cours du prochain festival « Présences » en février 2003 avec sa « Chaconne pour orchestre ».

Et pour ceux qui ne veulent pas attendre, on pourra se tourner vers le très recommandable disque de Eric Aubier et de l’Orchestre de Bretagne comprenant l’Elégie de Thierry Escaich, ainsi que des œuvres de Bacri, Delerue, Honegger, Schmitt, Enesco, Charlier et Tomasi (Pierre Verany, PV798011).

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Paris. Vendredi 25 octobre 2002. Salle Olivier Messiaen, Maison de la Radio (Paris). Britten : Simple Symphony pour orchestre à cordes opus 4. Escaich : Résurgences, concerto pour trompette et orchestre. Britten : Sinfonietta opus 1 (version orchestrale). MacMillan : Sinfonietta. Orchestre de Bretagne. Trompette : Eric Aubier. Direction : James MacMillan.

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