Felicity Lott & Ann Murray, sœurs sourires

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Strasbourg. Opéra du Rhin. 5.X.2002. Récital : Felicity Lott, soprano ; Ann Murray, mezzo-soprano ; Graham Johnson, piano.

Innovant, vestige d’un passé quasi victorien, beaux restes, le récital des deux cantatrices anglaises à Strasbourg est de ceux qui accrochent le public sans se préoccuper d’autres considérations.

Dans un programme qui allait de Monteverdi à la comédie musicale, les deux chanteuses ont su manier toutes les ficelles de « l’entertainment » sans pousser très loin l’art sublime de l’autodérision.

Les connaisseurs ont d’abord grincé des dents en entendant du Monteverdi d’un autre âge ! Une respiration casée avant une ornementation; voilà qui pourrait se justifier à peine en écoutant de vieux disques ! Lawes (compositeur anglais) ne bénéficiait guère d’un meilleur traitement, mais les deux dames se faisaient simplement l’écho d’une tradition morte qui écrase les lignes du baroque. Comble de l’ironie, Baden Baden programmait le même soir un nouvel Orfeo de Monteverdi donné par l’ensemble Balthazar Neumann et à la pointe de la musicologie !

Brahms allait être mieux traité, son style plus adapté au timbre des voix bénéficiant en outre d’une indéniable compatibilté d’humeur avec les chanteuses qui inauguraient sur Die Geschwister (Les Sœurs) un premier pas de danse.

Massenet se trouva en bonne place après la pause et aux premières loges, mais il était légitime de penser qu’une cantatrice d’un âge précanonique aurait quelque mal à rendre crédible une mélodie mettant en scène une jeune fille admirative et passionnée ainsi qu’un officier de cavalerie dont les intentions sont condamnables avec la dernière sévérité…

En conclusion de leur récital, les cantatrices avaient choisi de « donner » quelques fleurons de la comédie musicale américaine de l’époque de la première guerre mondiale. Elles avaient également choisi de les jouer, oscillant entre la jalousie de deux sœurs et leur rivalité amoureuse. On réalisait aussi combien ce registre était difficile et combien il ne fallait en aucun cas aborder ce répertoire sous l’angle de l’intellect !

En bis, les deux complices choisirent le duo des chats de Rossini, où leurs illustres devancières Elisabeth Schwartzkopf et Victoria de Los Angeles avaient atteint les sommets du génie et la dimension du mythe au concert. La comparaison pouvait être cruelle et l’intention louable…

au piano veillait au bien être de ces dames en bon père de famille, organisateur de spectacles à l’occasion et pianiste imperturbable !

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