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Pascal Dusapin ou le Christ de fumée

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra de Paris Bastille. 24-II-2003. Pascal Dusapin, Perelà, Uomo di fumo. John Graham-Hall, Martine Mahé, Nora Gubisch, Gregory Reinhart, Jaco Huijpen, Scott Wilde, Youngok Shin, Chantal Perraud, Dominique Visse, etc. Orchestre de l’Opéra de Paris. Chœur Accentus. Direction : James Conlon. Mise en scène : Peter Mußbach. Décors : Erich Wonder. Costumes : Andrea Schmidt-Futterer. Lumières : Alexander Koppelmann.

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Pour sa troisième création mondiale en six ans, l’Opéra de Paris a su réunir les suffrages. Perelà, Uomo di fumo de (voir l’entretien avec le compositeur, Perelà, Uomo di fumo.) a en effet été chaleureusement accueilli, le compositeur faisant même l’objet d’une « standing ovation » digne d’une star. Dusapin, qui est à quarante-sept ans l’un des compositeurs les plus célébrés de sa génération, s’est fondu pour son quatrième ouvrage scénique avec un plaisir évident dans le moule de l’opéra, choisissant cette fois, contrairement à Roméo et Juliette, Medeamaterial et To be sung, de conter une véritable histoire aux élans d’éternité mythologique. En deux heures, autour de la figure christique de Perelà, homme de fumée enfanté par trois mères qui se donne tout entier à l’humanité, cette dernière le payant en retour de son injustice rachetée par l’amour d’une femme, la marquise Oliva di Bellonda – personnage rappelant Marie Madeleine –, Dusapin brosse la diversité des sentiments et situations dont dispose le théâtre lyrique, airs, duos, ensembles, scènes, mouvements de foules, etc.

Ainsi, le compositeur répond-il à ses détracteurs qui lui reprochent de n’écrire que des opéras qui n’en sont pas, démontrant que, tout en restant fidèle à lui-même, il sait se conformer à la grande tradition. Car c’est bien d’une œuvre authentique de Dusapin qu’il s’agit avec Perelà. Le livret en italien qu’il a lui-même écrit à partir de Il Codice di Perelà d’Aldo Palazzeschi lui a suggéré un orchestre grondant doué d’une vie autonome où les sonorités graves dominent, le tout servi par une orchestration à la fois foisonnante (avec cor anglais, hautbois d’amour, clarinette contrebasse, contrebasson, orgue positif, clavecin, piano) et aérienne. Il émane de l’ouvrage autant d’onirisme que de jouissance sonore, une écriture vocale qui ne joue jamais contre le chanteur, se plaçant dans l’esprit bel-cantiste, en dépit de quelques passages parlés.

La lecture qu’en a faite le metteur en scène Peter Mußbach pour la création instille à la belle figure de Perelà une présence singulièrement humaine tel un Jacques Tati éperdu restant accroché à sa valise comme à une bouée, à son chapeau et à son long manteau, sans doute conscient de n’être que de passage, et que rejoint régulièrement l’attachante figure d’une jeune flûtiste. Les personnages qui s’animent autour du héros semblent provenir de quelque bande dessinée, le pays indéfini de Palazzeschi étant constitué ici de martiens et de clowns. Les personnages se meuvent dans un décor d’Erich Wonder qui évoque le dos d’une navette spatiale ou d’une raie manta agrémenté de stores métalliques faisant office de rideau de scène, l’ensemble étant éclairé dans des tons acier par Alexander Koppelmann. dirige avec enthousiasme mais non sans raideur un orchestre qui prend plaisir à jouer cette partition qui le met en valeur grâce à quantité de solos, tout comme le Chœur , avec lequel Dusapin aime à travailler et auquel il a confié plusieurs petits rôles. La distribution de haute tenue est dominée par , solide et poignant Perelà. Dans un rôle écrit pour elle, la pulpeuse campe une brûlante Oliva. Le reste de la distribution est d’une remarquable homogénéité. Mais au-delà de la réussite de cette production originelle, tous les ingrédients sont réunis pour que cet ouvrage d’une immédiate et consensuelle séduction connaisse un franc succès international.

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