Dialogue de la musique ancienne et de la musique moderne

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Toulouse. Halle aux Grains. 26 XI 2003. Carl Maria von Weber : Andante et Rondo Ungarese J. 79 (arrangement : Christian Raverdel) — Hector Berlioz : Nuits d’été (arrangement pour orchestre à cordes : Vsevolod Polonsky) — Felix Mendelssohn : Symphonie pour cordes N°3 — René Kœring : Symphonie concertante pour violon, alto et orchestre d’après le Quintette op. 78 de Georges Onslow. Nora Gubisch (mezzo-soprano), Sarah Nemtanu (violon), Orchestre de Chambre de Toulouse, Gérard Caussé (alto et direction), Alain Altinoglu (direction pour Kœring).

nora_gubischDe Weber à Kœring

Curieux programme qui, sous le couvert d’une vague thématique « Berlioz et ses contemporains » nous a fait entendre des compositeurs d’époques et de styles variés — Weber mort alors que Berlioz, à 23 ans, n’avait encore rien composé ; et le tout à fait contemporain (pour nous!) René Kœring s’inspirant d’Onslow – le tout dans des œuvres d’intérêt très inégal.

L’œuvrette de Weber, pur divertissement galant, et la Troisième symphonie pour cordes de Mendelssohn, pastiche scolaire du style rococo par un apprenti compositeur de douze ans, n’offrent en effet rien de bien saillant, même joués par un Caussé visiblement ravi d’en rajouter en « tziganeries » dans le Rondo Ungarese.

Restaient donc deux œuvres majeures. On connaît, bien sûr, la version orchestrale de ses mélodies par Berlioz lui-même, mais l’orchestration pour cordes de semblait une première, en tout cas à Toulouse. Peut-être avez-vous déjà entendu parler de ce jeune compositeur — né en 1970 — lors du très controversé 48° concours de direction d’orchestre de Besançon, où il a remporté le Prix Spécial du public ? Ou bien pour son premier prix lors du Concours Henri Dutilleux en 1999 ? On aurait aimé quoi qu’il en soit que le programme lui consacre quelques lignes…

Réduire l’orchestration de Berlioz aurait été un exercice vain et périlleux ; Polonsky a préféré créer un travail original qui n’hésite pas à choisir des voies très différentes. Si l’absence des bois enlève aux sortilèges berlioziens la légèreté de leurs couleurs, l’œuvre gagne un intimisme particulier par une écriture résolument chambriste, mettant en avant des interventions solistes plus qu’elle ne cherche les effets de masse. Cette atmosphère plus sombre, plus lyrique, mêlée de quelques habiles touches plus modernes — sons harmoniques, nouveaux contrechants mis en avant — renouvelle notre approche de l’œuvre tout en restant parfaitement respectueuse du texte original.

La personnalité de déborde de son énergie le cadre intime de ces mélodies. La voix, fort belle, est admirablement à l’aise dans cette tessiture où elle ne faiblit jamais ; le style déclamatoire, l’attention porté à l’articulation du texte nuisent parfois, comme dans la Villanelle, au legato, un rien anguleux. Absence gagne une intensité dramatique à cette approche très « opératique », mais peut-être la chanteuse aurait-elle été plus en situation face à l’orchestre complet. Ici, sa puissance, son ardeur, contredisent un peu le choix d’une orchestration réduite; question de personnalité et non de chant, impeccable.

s’est inspiré du Quintette op. 78 de Georges Onslow pour écrire sa Symphonie concertante. Mais rien d’une adaptation, ici, ni d’un pastiche à la Pulcinella. Sur une musique très Kœring, des phrases du quintette d’Onslow viennent apporter un contrepoint plus lyrique, dans un jeu de contrastes et d’allers-retours entre passé et présent superposant les différences harmoniques et mélodiques.

Comme l’écrit René Kœring lui-même (après tout, n’est-il pas le mieux placé pour parler de son œuvre?) : « Le discours ne peut évoluer qu’avec le commentaire extirpé à Onslow contrairement à la pratique classique de la variation : Onslow devient le commentateur forcé du texte de René Kœring ».

De fait, le moderne n’apparaît pas comme un simple contrepoint de l’ancien. Chacun se déploie sur deux niveaux distincts mais dépendants l’un de l’autre, comme deux espaces musicaux différents qui tout à coup se retrouvent et s’infléchissent dans une nouvelle direction, en fonction de ce qu’a apporté l’autre. Une phrase récurrente d’Onslow, très lyrique, sert ainsi de fil conducteur, jusqu’à ce qu’un élément contemporain la fasse partir dans une nouvelle direction. Au fil des contrastes d’écriture, elle apparaît de plus en plus brisée, morcelée, puis revient apporter un instant de répit. À certains instants, les dissonances de Kœring forment un commentaire ironique à Onslow, alors qu’à d’autres Onslow apporte une réponse lyrique à Kœring, comme si deux compositeurs au style totalement différents dialoguaient et s’interrogeaient, apportant chacun des idées que l’autre développe.

Il en découle une œuvre très agréable, où les citations paraissent parfaitement intégrées dans la construction dramatique, et très personnelle par ce dialogue entre passé et présent. Une découverte d’autant mieux venue qu’elle permettait de faire connaissance avec , jeune et talentueuse violon solo de l’Orchestre National de France.

Voir aussi : Biographie de Vsevolod Polonsky

Crédit photographique : (c) DR

 

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