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Trois interprètes et une Ouverture

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Paris. Théâtre Mogador. 12.II.2004. Beethoven : Egmont, ouverture. Chostakovitch : Concerto pour violoncelle et orchestre n°2. Zemlinsky : Symphonie lyrique. Truls Mørk, violoncelle ; Melanie Diener, soprano ; Matthias Goerne, baryton. Orchestre de Paris. Direction : Christoph Eschenbach.

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Dans un programme qui justifiait par lui-même le déplacement le théâtre Mogador donnait, le 12 février dernier, un concert aux allures inégales mais dont la qualité allait toutefois croître tout au long de la soirée.

Donnée en préambule, l’ouverture d’Egmont de Beethoven nous laissait en effet sur notre faim et l’on ne pouvait que constater — encore une fois ! — combien il est difficile d’entendre — de nos jours — une bonne interprétation de cette œuvre et par extension malheureusement de tout le catalogue Beethovenien. L’intensité dramatique que le chef aurait dû donner était absente. L’introduction, faite de contrastes entre les accords « forte » aux cordes et les interventions « piano » des bois, n’a été donnée qu’avec un éventail de nuances assez étriqué (mf/f). Les interventions des bois, trop fortes, privaient l’ambiance d’accablement et d’oppression qu’ils sont sensés traduire. La transition vers l’allegro qui aurait dû être une montée de tension extrême est restée en deçà de son caractère. Le même défaut d’interprétation s’est retrouvé dans l’allegro. La coda est sans doute ce qui fut le plus réussi, pendant un bref instant, l’esprit du « géant » Beethoven fut là.

Le deuxième concerto pour violoncelle de joué par le violoncelliste norvégien fut créé par Rostropovitch en 1966 lors des hommages rendus au compositeur pour son soixantième anniversaire. Dans son interprétation, le musicien nous a donné la preuve qu’il est l’un des plus grands violoncellistes actuels. Il possède non seulement une technique au delà de tout éloge et une sonorité d’une grande beauté mais surtout une grande intelligence musicale. Le jeu de chaque note semble avoir été longuement mûri. De plus, il possède une qualité rare : dès son entrée il « hypnotise » l’auditeur. Nous ne pouvons que rester admiratifs par l’alliance de technique, beauté du son et génie musical. Dommage que l’orchestre ait été assez irrégulier, nous offrant en alternance des interventions de grande inspiration puis des moments plus fades. Toutefois, nous ne pouvons passer sous silence les interventions du cor solo qui furent remarquables. Le pupitre de percussions, très sollicité dans ce concerto, fut en tout point digne d’éloges. Le « Déclamato » de la deuxième suite de Britten allait clore brillamment cette première partie de programme.

Puis, ce fut la Symphonie Lyrique de Zemlinsky composée en 1921. Cette œuvre, que le compositeur avouera avoir composée « dans le style du Chant de la Terre » de Gustav Mahler, est basée sur sept poèmes de Rabindranath Tagore. Ils sont chantés en alternance par un baryton et une soprano. Après un début un peu «chaotique» où le baryton a été étouffé par un orchestre qui jouait trop fort, l’interprétation connut des moments sublimes. Les trois interludes qui ponctuent cette symphonie, où tous les chants s’enchaînent, nous firent entendre un orchestre et un chef «emportés» par cette musique. Chaque chant fut mis dans sa juste lumière. A l’expressivité du quatrième chant succéda la violence du cinquième. Le sixième chant, très dépouillé et sombre préparait l’accalmie du final.

La soprano qui possède un très beau timbre nous est apparue, sauf dans le quatrième chant, un peu en retrait par rapport à l’intensité de la musique et du texte. Le baryton , après un premier chant où il dut forcer sa voix pour se faire entendre (comme il a été dit plus haut : l’orchestre jouait trop fort), nous donna toute la mesure de ses qualités vocales et musicales.

En guise de résumé, une moralité : nous aurions aimé que l’œuvre de Beethoven, programmée en début de concert, ne nous ait pas donné l’impression d’être une simple « mise en bouche ».

Crédit photographique : (c) DR

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Paris. Théâtre Mogador. 12.II.2004. Beethoven : Egmont, ouverture. Chostakovitch : Concerto pour violoncelle et orchestre n°2. Zemlinsky : Symphonie lyrique. Truls Mørk, violoncelle ; Melanie Diener, soprano ; Matthias Goerne, baryton. Orchestre de Paris. Direction : Christoph Eschenbach.

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