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Trois Viennois … s’il vous plaît !

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Paris. Théâtre Mogador. 17.III.2004. Anton Webern : Im Sommerwind. Alban Berg : Concerto pour violon et orchestre « A la mémoire d’un ange ». Arnold Schoenberg : Pelléas et Mélisande op5. Christian Tetzlaff (violon), Orchestre de Paris, direction : Christoph Eschenbach.

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L’ et son chef Allemand proposaient au Théâtre Mogador une programmation à la fois évidente et rare autour des Trois Viennois. Dans leurs œuvres de jeunesse des années 1900, et atteignent les limites de l’expression romantique avec des fresques orchestrales à la tessiture gigantesque. Trente ans plus tard, à l’apogée de l’atonalité, du dodécaphonisme et du sérialisme, revient dans son ultime partition, le concerto pour violon « A la mémoire d’un Ange », à une synthèse entre innovation et classicisme aussi remarquable que bouleversante, comme pour mieux rattacher le passé au futur, ou l’émotion à l’action.

La courte idylle pour orchestre Im Sommerwind d’ fut composée par un jeune homme de 21 ans pendant l’été 1904. Mais, délaissée ensuite par son auteur, l’œuvre ne fut créée qu’en 1962, d’où sa popularité au caractère restreint tout à fait regrettable tant cette musique diffuse une fraîcheur rare et réjouissante. Cette évocation idyllique du frémissement d’une journée d’été n’est pas, toute comparaison gardée, sans correspondances avec le Jour d’Eté à la Montagne de Vincent D’Indy : une introduction poétique inouïe des premiers rayons perçant la brume matinale, un soleil resplendissant et chaleureux, rafraîchi occasionnellement par quelques nuages et brises de torrent, et s’éteignant dans une quiétude vespérale évanescente.

De la même manière, le vaste poème symphonique Pelléas et Mélisande (achevé en 1903) de Schoenberg marque la forte influence du romantisme finissant de Strauss et de Wagner qui, poussé jusque dans ses retranchements, appellera pour les œuvres suivantes une nouvelle forme d’expression déjà sensible dans maints détails. Gigantesque, ce poème symphonique l’est pas sa longueur (45 minutes sans interruption), par son orchestration fournie (plus de cent instrumentistes) et par sa complexité harmonique et contrapuntique exubérante. Se distinguant de l’intimité mystérieuse et de la fine distinction des partitions homonymes de Fauré et Debussy, la musique de Schoenberg plonge le drame de Maeterlinck dans un bouillonnant chaudron d’où jaillissent comme des éruptions incandescentes une multitudes de thèmes lyriques qui s’enchevêtrent.

Au milieu de ces deux partitions luxuriantes, d’une fougue toute juvénile et romantique, le Concerto pour violon de Berg offre un contraste saisissant mais d’une logique indéniable, tant il apparaît séduisant de rapprocher ce concerto, à la fois tonal et atonal, des œuvres de Webern et Schoenberg, où la tonalité atteint un point de non-retour chez leur auteur. Cette programmation se révèle très intéressante car elle nous permet d’aborder les Trois Viennois par les deux extrémités de leur carrière, étrangement toutes les deux fort romantiques et expressives, et par la même fort séduisantes et attachantes.

Au cours du concerto, le violoniste joua avec une application poussée les moindres notes de cette partition exigeante. L’ensemble pourra sembler manquer de souffle. De même son archet ne tomba pas dès les premières notes dans une larmoyante déclaration. Mais c’est finalement cette austérité et cette maîtrise qui feront ressortir, dans un sens de la construction pleinement ressentie, toute la profondeur retenue et l’intensité épurée du fragile Adagio final : les fameuses variations sur un choral de Bach, qui se prolongeront au-delà du concerto, lors du traditionnel bis, par des extraits d’une partita de Bach.

montra pour sa part sa complicité avec l’. Si l’acoustique du Théâtre de Mogador ne rend pas toujours hommage aux détails florissants de l’orchestration, le chef d’orchestre tire par contre le meilleur parti des somptueux crescendos lyriques des œuvres de Schoenberg et de Webern. Pris dans un tempo large, son Pelléas et Mélisande nous prend à la gorge, refusant toute respiration de répit, pour nous emmener inexorablement vers le drame final. On retrouva à ce concert cette plénitude sonore des grandes masses qu’Eschenbach avait déjà approchée avec sa récente interprétation de la Troisième symphonie de Mahler. Il fallait de l’énergie et de la maîtrise pour maintenir au sein du même programme des univers musicaux aussi contradictoirement proches qu’exigeants en précision et en expression.

Crédit Photographique : (c) Cylla Von Tiedemann

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Paris. Théâtre Mogador. 17.III.2004. Anton Webern : Im Sommerwind. Alban Berg : Concerto pour violon et orchestre « A la mémoire d’un ange ». Arnold Schoenberg : Pelléas et Mélisande op5. Christian Tetzlaff (violon), Orchestre de Paris, direction : Christoph Eschenbach.

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