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Les Paladins au Châtelet, Rameau barock’n’roll

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Paris. Théâtre du Châtelet. 16-V-2004. Jean-Philippe Rameau : Les Paladins. Topi Lehpituu (Atis), Stéphanie d’Oustrac (Argie), Sandrine Piau (Nérine), François Piolino (La Fée Manto), Laurent Naouri (Orcan), René Schirrer (Anselme). Chœurs et Orchestre Les Arts Florissants, William Christie (direction). José Montalvo (mise en scène), José Montalvo et Dominique Hervieu (chorégraphie). Danseurs du Centre Chorégraphique national de Créteil et Val-de-Marne et de la Compagnie Montalvo-Hervieu.

Rameau refleurit en ce printemps mais contrairement aux « Boréades » qui se donnent simultanément à l’Opéra de Lyon ces « Paladins » que présente le Châtelet dans une réalisation confiée à et aux chorégraphes et , pêchent par un excès de couleurs, d’intention, de gestes. Mais ne boudons pas notre plaisir car c’est une façon de sauver de l’ennui une œuvre dans laquelle la partie chorégraphie prédomine et au propos dramatique et même musical bien mince.

C’est bien connu, on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre ! Et qui aurait cru que la représentation d’une comédie-ballet oubliée de Rameau, si mince d’intrigue et si pauvre en morceaux de bravoure, allait déclencher une telle folie scénique et des réactions si contrastées dans le public. Car si Montalvo et Hervieu, tandem de chorégraphes pressenti pour reprendre le Ballet du Nord et actuellement à la tête d’une compagnie basée dans le Val-de-Marne et responsable artistique pour la danse dans le plus huppé Théâtre national de Chaillot, ont été acclamés par le très parisien public des premières du Châtelet, ils ont été copieusement hués par celui plus conservateur des sacro-saintes matinées du dimanche. Avec trois spectacles désormais cultes et qui font le tour du monde, « Paradis » (1997), « Le Jardin Io Io Ito Ito » (1999, Laurence Olivier Award en 2000) et « Babelle heureuse » (2002) ces deux chorégraphes français ont créé un style utilisant l’image vidéo et la danse en direct sur des images préenregistrées avec une virtuosité étonnante, le mélange des genres et des origines parmi les danseurs et le vocabulaire utilisé. La danse de rue, le hip-hop ont acquis ainsi leurs lettres de noblesse dans des représentations qui mélangent allègrement le Rap et Vivaldi. On imagine bien les limites de ce procédé, la difficulté d’en renouveler le propos mais c’est la première fois qu’il est appliqué à l’opéra. S’agissant d’une comédie-ballet du dix-huitième siècle, l’effet de surprise est garanti et fonctionne plutôt bien pour les intermèdes dansés qui, dans «  », prédominent sur les interventions chantées. Il eut cependant été préférable de ne pas laisser la chorégraphie envahir à ce point le chant, même si dans le cas des « Paladins » il n’y a pas de numéros inoubliables, car il est difficile avec tous ces niveaux de lecture, entre les nombreuses images vidéos qui se superposent et auxquelles les danseurs participent, tous les accessoires utilisés, la débauche de couleurs et de costumes, de se concentrer quand chant il y a. On a même renoncé au surtitrage, probablement pour ne pas ajouter une couche de plus à cet épais mille-feuilles qui s’apparente parfois, avec ses couleurs criardes, ses baudruches, ses animaux de tous poils, ses danseurs en patogas et ses nudités à une publicité pour les vêtements Benetton.

à la tête de ses Arts Florissants donne imperturbablement vie à une partition d’une grande fraîcheur inventive et la distribution réunie, en partie pour des qualités plastiques et une capacité supposée à s’adapter à la frénésie générale, à laquelle elle participe avec plus ou moins de bonheur, comporte des éléments très divers allant de l’excellence comme le jeune finlandais (Atis), déjà acclamé sur la même scène dans « Les Troyens », Stéphanie d’Oustrac (Argie) malgré une fatigue perceptible lors de cette représentation très rapprochée de la première et l’impayable fée Manto de , au pire avec des interprètes chantant au mépris du style comme (Orcan) et (Nérine). Les formidables vingt-huit danseurs de la Compagnie Montalvo-Hervieu et du Centre chorégraphique national du Val-de-Marne donnent avec une générosité totale et dans des styles très variés, une performance originale que l’on n’oubliera pas de si tôt ! Enregistré pour une exploitation vidéographique, ce spectacle est appelé par le biais des coproductions et partenariats à voyager : Caen, Londres et même Shanghai où la Compagnie Montalvo-Hervieu est appréciée à sa juste valeur.

Châtelet (01.40.28.28.40) les 24, 26 et 28 mai. Retransmission sur France-Musiques le 12 juin à 19h30. Représentations au Théâtre de Caen les 12 et 14 octobre et au Barbican Centre de Londres les 19, 21 et 22 octobre et au Grand Théâtre de Shanghai du 31 octobre au 4 novembre.

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Paris. Théâtre du Châtelet. 16-V-2004. Jean-Philippe Rameau : Les Paladins. Topi Lehpituu (Atis), Stéphanie d’Oustrac (Argie), Sandrine Piau (Nérine), François Piolino (La Fée Manto), Laurent Naouri (Orcan), René Schirrer (Anselme). Chœurs et Orchestre Les Arts Florissants, William Christie (direction). José Montalvo (mise en scène), José Montalvo et Dominique Hervieu (chorégraphie). Danseurs du Centre Chorégraphique national de Créteil et Val-de-Marne et de la Compagnie Montalvo-Hervieu.

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