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Alcina, cinq ans après …

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Paris. Palais Garnier. 19-V-2004. Georg Friedrich Haendel : Alcina. Luba Orgonasova (Alcina), Vesselina Kasarova (Ruggiero), Patricia Cioffi (Morgana), Vivica Genaux (Bradamante), Toby Spenser (Oronte), Luca Pisaroni (Melisso). Ensemble Orchestral de Paris, John Nelson (direction). Robert Carsen (mise en scène), Tabias Hoheisel (décors et costumes), Philippe Giraudeau (mouvements chorégraphiques).

L’Alcina de Haendel a fait son entrée à l’Opéra de Paris, au Palais Garnier, en juin 1999, avec un quatuor de stars et dans une mise en scène très « mode » de . Elle y revient cinq ans après avec une distribution complètement renouvelée ainsi que la réalisation orchestrale et dans une version simplifiée, légèrement plus courte. On est revenu à la version originale en supprimant le secondaire rôle travesti d’Oberto ajouté par Haendel lors de représentations ultérieures. Cela reste avec ses quatre heures de musique un spectacle long et monotone car Haendel n’y va pas au-delà du duo et l’alternance airs da cappo – récitatifs ne donne pas une dramaturgie très palpitante.

La mise en scène « branchée » des opéras de Haendel se résume aujourd’hui à deux options. Soit du type « Opération Tonnerre » avec militaires américains sur fond de guerre obligé, soit de celui « Fête dans la Grande Bourgeoisie », de préférence dans une esthétique fascisante. C’est cette dernière qu’ont choisi et son décorateur costumier Tobias Hoheisel avec cependant une variante nouvelle : la présence d’hommes nus sur la scène. La reine Alcina, dont les aventures sont inspirées d’Orlando furioso de l’Arisote, est une nymphomane grand style, sa sœur Morgana transformée en soubrette délurée et la malheureuse Bradamante, épouse de Ruggiero, travestie en Ricciardo pour arracher ce dernier aux griffes d’Alcina, un triste bidasse ridiculement costumé. Le tout se passe dans le palais d’Alcina dont les élégants murs à lambris ouvrent un espace démesuré, un vrai gouffre à voix. Car la perversité de la mise en scène de Carsen ne se résume pas à ces transpositions temporo-spatiales qui sont devenues des procédés éculés dont le principal effet est que personne ne peut rien comprendre à l’action sans avoir les yeux rivés au surtitrage, c’est à dire ne regardant plus la scène que par intermittences, mais impose aux chanteurs de se placer le plus loin possible de la rampe et du public, donc de moins bien entendre l’orchestre et de chanter en force pour finir (après quatre heures de spectacle) dans une fatigue vocale évidente.

Pour cette reprise, succédaient à Renée Fleming, Susan Graham, Natalie Dessay et Kathleen Kuhlmann, quatre dames à la carrière moins médiatisée. Le soprano slovaque Luba Organasova, magnifique d’autorité et de dramatisme, était une Alcina très convaincante tout comme le Ruggiero de au timbre somptueux et bien riche dans le grave. On est resté plus réservé devant les voix, débutant dans ces deux rôles, de , Bradamante assez irrégulière autant dans l’émission que dans l’expression et surtout Patricia Ciofi qui a du mal à satisfaire vocalement le rôle de Morgana, surtout que le metteur en scène lui demande de faire beaucoup de pitreries. L’ sonne plus riche que Les Arts Florissants à l’origine de ce spectacle, mais son chef n’est pas homme à faire passer en douceur la pilule d’un spectacle aussi long et monotone dans sa réalisation.

Opéra Garnier (08.36.69.78.68). Prochain spectacle : « Cappricio » de Richard Strauss, nouvelle production de Robert Carsen, direction musicale Christian Thielemann avec Renée Fleming, , , Anne Sofie von Otter, Gerard Finley. Du 16 juin au 8 juillet. Prix des places : de 10 à 114 €.

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Paris. Palais Garnier. 19-V-2004. Georg Friedrich Haendel : Alcina. Luba Orgonasova (Alcina), Vesselina Kasarova (Ruggiero), Patricia Cioffi (Morgana), Vivica Genaux (Bradamante), Toby Spenser (Oronte), Luca Pisaroni (Melisso). Ensemble Orchestral de Paris, John Nelson (direction). Robert Carsen (mise en scène), Tabias Hoheisel (décors et costumes), Philippe Giraudeau (mouvements chorégraphiques).

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