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Claus Peter Flor, chœur en gloire à Toulouse

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Toulouse. Halle aux Grains. 6-I-2005. Joseph Martin Kraus (1756-1792) : Symphonie Funèbre en ut mineur VB 148. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Requiem K. 626 ; Ave Verum Corpus K. 618. Camilla Tilling, soprano ; Christianne Stotijn, mezzo, Jorma Silvasti, ténor, Robert Holl, basse. Choeur de chambre Les Éléments, direction : Joël Suhubiette. Orchestre national du Capitole de Toulouse, direction : Claus Peter Flor.

Ah ! le Requiem ! Divin Mozart, langueurs religieuses et componction ecclésiastique … Rien de cela, bien sûr : amateurs de clichés, passez votre chemin. Le Requiem de , décapé comme les fresques de la Sixtine, retrouve ses vraies proportions, ses vraies couleurs. Les tempos, allants, sont partout les bons, c’est-à-dire qu’on n’entend pas ici les battues divisées par deux imposées par la tradition. L’orchestre retrouve une taille réduite (8/8/6/3) et une disposition (violons I et II en opposition) conformes à la vérité du temps, les phrasés et l’utilisation parcimonieuse du vibrato correspondent aux canons d’interprétation actuels. Mais rien, ici qui sente le parti-pris historicisant desséché comme l’œuvre en a malheureusement trop connu sous pretexte de dégraissage. La preuve qu’un chef et des musiciens « traditionnels » talentueux, au fait des pratiques musicologiques, peuvent faire aussi bien que les « baroqueux » voire même mieux en matière de précision, de beauté de timbre et d’homogénéité sonore.

La comparaison avec Michel-Ange n’est pas fortuite, elle rend bien l’impression générale qui se dégage de cette interprétation : une Requiem dramatique, tendu, une atmosphère de jugement dernier entrecoupée de moment d’un recueillement intense : rarement Lachrymosa, au bord des larmes, aura aussi bien porté son nom. Le texte a beau être fortement sollicité par des contrastes abrupts et une gestion très théâtrale des silences, la direction de Flor reste pourtant toujours fluide, les mouvements s’enchaînent avec une logique sans faille dans l’équilibre des tempos et l’alternance des climats. La légèreté et la précision de l’orchestre, surtout, mettaient les chœurs en pleine lumière, et quels chœurs!

Les ensembles vocaux dirigés par ont été la grande vedette de la soirée. Précision d’articulation, ductilité des phrasés, homogénéité des registres ; surtout une clarté permettant de suivre la polyphonie jusque dans ses développements les plus complexes et une souplesse de réaction à la moindre sollicitation du chef qui laissaient… sans voix ! Plus étonnant encore, si le Chœur de chambre Les Eléments réunit des chanteurs professionnels, l’Ensemble Vocal, lui, n’est constitué que d’amateurs ! Alors chapeau, vraiment, pour la beauté de la prestation chorale, qui volait la vedette à un quatuor vocal un peu terne, dépareillé par une soprano sans projection et une basse qui jouait un peu trop au loup-garou dans les landes écossaises. Beaucoup d’émotion, et la confirmation de l’excellence des troupes réunies par , dont il faut saluer le travail vraiment remarquable.

L’ajout de l’Ave verum Corpus en fin de Requiem était une bonne idée, son atmosphère sereine apportant une certaine détente après toute cette tension étreignante, mais on aurait aimé que le texte de présentation le signale plutôt que de se limiter aux habituelles banalités (Mozart « malade et obsédé par le sentiment qu’il écrit une œuvre pour sa propre mort »).

Pourquoi ne joue-ton pas davantage Kraus ? Impossible de ne pas se poser la question en entendant en première partie la très belle Symphonie funèbre de cet exact contemporain de Mozart, que Haydn appréciait beaucoup. On peut espérer, soyons naïf, que la réussite de l’orchestre dans ce répertoire annonce la programmation d’autres œuvres de ce remarquable compositeur. En attendant, je signale aux mélomanes curieux qui ne l’auraient pas encore découvert, que Naxos a édité trois beaux volumes de symphonies interprétées par l’Orchestre de Chambre Suédois dirigé par Petter Sundkvist.

Crédit photographique : © DR

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Toulouse. Halle aux Grains. 6-I-2005. Joseph Martin Kraus (1756-1792) : Symphonie Funèbre en ut mineur VB 148. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Requiem K. 626 ; Ave Verum Corpus K. 618. Camilla Tilling, soprano ; Christianne Stotijn, mezzo, Jorma Silvasti, ténor, Robert Holl, basse. Choeur de chambre Les Éléments, direction : Joël Suhubiette. Orchestre national du Capitole de Toulouse, direction : Claus Peter Flor.

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