La Scène, Opéra, Opéras

Création munichoise de Billy Budd, dans la solitude du porte-avion

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Munich. Bayerische Staatsoper. 29-I-2005. Benjamin Britten (1913-1976) : Billy Budd, opéra en quatre actes (version originale) sur un livret de E. M. Foster et Eric Crozier. Mise en scène : Peter Mussbach, décors : Erich Wonder, costumes : Andrea Schmidt-Futterer, lumières : Alexander Koppelmann. Avec : Nathan Gunn, Billy Budd ; John Daszak, Captain Vere ; John Tomlinson, Claggart ; Martin Gantner, Mr Redburn ; Christian Rieger, Ratcliffe ; Lynton Black, Mr Flint ; Ulrich Ress, Red Whiskers ; Daniel Lewis Williams, Dansker ; Anthony Mee, Squeak ; Kevin Conners, Novice. Chœurs de la Bayerische Staatsoper (chef de chœur : Andrés Máspero), Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière, direction : Kent Nagano.

C’était le choix délibéré du chef de la maison, Sir Peter Jonas, de présenter le premier Billy Budd munichois dans la production d’un metteur en scène allemand, étranger aux traditions britanniques et à l’univers de et qui ne voit pas cette œuvre sous un angle historique. Et en effet, lorsque le rideau se lève, on ne découvre pas un vaisseau de guerre anglais de 1797 (l’année, nommée explicitement dans le texte, est prudemment omise dans les surtitres), mais une sorte de porte-avion moderne. Le vocabulaire marin du XVIIIe siècle, les allusions fréquentes au contexte historique et au discours de la Révolution française – tout cela est nié par le metteur en scène. Pour , le navire n’est qu’un lieu claustrophobe, où règne l’isolation, n’est qu’un symbole pour une société renfermée sur elle-même. Ce point de vue, certes, juste, mais bien réducteur, trouve son pendant dans la direction assez uniforme des acteurs. Les choristes, s’ils ne présentent pas un ballet à caractère ouvertement homosexuel (mais quel capitaine tolérerait des marins portant des chaussures à talon aiguille ? !), se retrouvent souvent face au publique. La hiérarchie militaire est à peine visible, les nombreux personnages à bord sont très peu différenciés dans leur comportement. Tous répètent les mêmes mouvements et les mêmes gestes. Les relations entre officiers et marins, entre individu et masse, si importantes dans cet opéra, ne sont pas montrées sur scène. En revanche, les trois protagonistes ont pu profiter d’un travail détaillé du metteur en scène.

Heureusement, les multiples facettes de cette œuvre – présentée ici dans sa version originale de 1951 – sont bien plus présentes dans l’interprétation musicale. , au pupitre d’un Staatsorchester en très grande forme, nous livre une lecture à la fois précise et passionnée de la partition dont il dégage tout le raffinement et toutes les couleurs. Le successeur désigné de en tant que directeur musical du Staatsoper a donc bien choisi sa carte de visite.

Côté chanteurs, il faut d’abord saluer la prestation sans failles du chœur, puis la distribution parfaite des rôles secondaires. Dans le rôle de Captain Vere, le ténor anglais , dont le timbre rappelle celui du créateur du rôle, Peter Pears, a remporté un succès mérité auprès du public. Certes, on pourrait imaginer une voix plus dramatique pour les passages héroïques de cette première version (qui, lors de la création, ont mis en difficulté le même Pears), mais le chanteur est à l’aise sur toute la tessiture, et son chant nuancé convient parfaitement au scènes de réflexion, de doute et de désespoir du capitaine. John Claggart, l’incarnation du mal, est interprété de façon passionnante par . Sa personnalité, sa présence scénique et son admirable travail du texte font presque oublier une certaine fatigue vocale, sensible notamment dans les passages aigus. Dans le rôle-titre, le public du Staatsoper a pu découvrir le formidable baryton américain , révélé à Paris, il y a quelques années, dans Guerre et Paix. Physiquement, scéniquement et vocalement, son Billy Budd sympathique et touchant frôle l’idéal. Espérons de revoir bientôt ce chanteur dans d’autres rôles.

Crédit photographique :© Bavarian State Opera

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Munich. Bayerische Staatsoper. 29-I-2005. Benjamin Britten (1913-1976) : Billy Budd, opéra en quatre actes (version originale) sur un livret de E. M. Foster et Eric Crozier. Mise en scène : Peter Mussbach, décors : Erich Wonder, costumes : Andrea Schmidt-Futterer, lumières : Alexander Koppelmann. Avec : Nathan Gunn, Billy Budd ; John Daszak, Captain Vere ; John Tomlinson, Claggart ; Martin Gantner, Mr Redburn ; Christian Rieger, Ratcliffe ; Lynton Black, Mr Flint ; Ulrich Ress, Red Whiskers ; Daniel Lewis Williams, Dansker ; Anthony Mee, Squeak ; Kevin Conners, Novice. Chœurs de la Bayerische Staatsoper (chef de chœur : Andrés Máspero), Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière, direction : Kent Nagano.

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