La Scène, Opéra, Opéras

Le drame de Violetta dans toutes ses nuances

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Zurich Stadtoper. 15-II-05. Giuseppe Verdi (1813-1901)  : La Traviata, opéra en 4 actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils. Mise en scène : Jürgen Flimm (original), Claudia Blersch (reconstitution). Décors : Erich Wonder. Costumes : Florence von Gerkan. Lumières : Jakob Schlossstein. Chorégraphie : Catharina Lühr. Avec : Eva Mei, Violetta ; Katharina Peetz, Flora ; Irène Friedli, Annina ; Piotr Beczala, Alfredo Germont ; Thomas Hampson, Giorgio Germont ; Miroslav Christoff, Gastone ; Valery Murga, Baron Douphol ; Reinhard Mayr, Marquis D’Obigny ; Giuseppe Scorsin, Docteur Grenvil ; Noël Vazquez, Giuseppe ; Heikki Yrttiaho, Domestique de Flora. Chœur de l’Opéra de Zurich (chef de chœur : Jürg Hämmerli). Orchestre de l’Opéra de Zurich, direction : Franz Welser-Möst.

Traviata

Salle comble, bien sûr, pour cette reprise de la Traviata, immortalisée par le petit écran en cette soirée du 15 février. Ce chef d’œuvre musical de l’art verdien, cet ouvrage qui s’appose sur un livret tiré de La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils à l’heur de remporter l’adhésion d’un large public. Jalonnée par des interventions de haut vol, l’œuvre offre souvent la possibilité de renouer avec toutes sortes de manifestations intermédiaires d’enthousiasme. Et la prestigieuse scène zurichoise ne fait pas exception à ce qui apparaît volontiers de mise concernant La Traviata : Quelques bravos fusent çà et là au-dessus d’applaudissements nourris lors des deux premiers actes déjà. A la pause, les solistes se glissent d’ailleurs entre deux pans du rideau retombé pour saluer. La Traviata, œuvre populaire entre toutes, s’y prête-t-elle plus qu’un autre opus ? Peut-être. Où s’agissait-il en l’occurrence plutôt de la qualité exceptionnelle que rassemblait le plateau zurichois ? Il est permis d’avoir plus qu’une simple inclination pour cette deuxième explication. campe une Violetta sensible, féminine et porte le rôle par un chant éblouissant de maîtrise. Son timbre et l’assurance de son émission vocale autorisent une vaste palette expressive. Le suraigu, aisé, est parfaitement placé. s’offre le luxe de nuancer à loisir des coloratures jusque dans les pianissimi les plus infimes, les maintenant à la limite de l’évanescence ; des pianissimi qui parviennent de surcroît à investir les interstices les plus insoupçonnées du théâtre, tant la portance est en tous points idéale ! Inouï et avant toute chose bouleversant ! L’autorité, la fureur, la souffrance demeurent autant de tempéraments clairement perceptibles dans le déploiement de l’art de Dame Mei. La longue agonie de Violetta est souvent à la limite de la rupture, avec quelques sursauts vaillants qui suivent avec beaucoup de concordance l’état de santé de la jeune femme gisant dans son lit tout en exprimant ses vœux de bonheur pour Alfredo. Face à elle, un ténor admirable en la personne de Piotr Beczala, dont la profondeur de timbre et le rayonnement vocal conjugué attestent d’une personnalité lyrique très affirmée, lui donne la réplique. Affecté mais pas larmoyant, Alfredo entoure Violetta avec une tendresse qui trouve son prolongement idoine dans le chant savamment voilé d’émotion du ténor polonais, capable aussi de lignes vocales plus extérieures qu’il charpente solidement dans un legato de tous les instants. Quant à Germont Père, il ne dépareille pas le moins du monde. Nullement étonnant puisque le rôle est campé par  ! L’Américain fait état d’une souveraineté vocale et d’une homogénéité telles que l’on se demande ce qui pourrait bien lui résister techniquement ! De la mansuétude à la colère à l’encontre du fils amer et grossier, en passant par la démagogie paternaliste et véhémente de « Di provenza il mar », chacune des scènes qui échoit à Germont trouve en Hampson un interprète hors pair qui a mûri le rôle jusque dans ces moindres détails. Les seconds rôles, tous probants, permettent de ne jamais être surpris par quelque transition que ce soit au niveau de la qualité.

Sur le plan scénique, le travail de reconstitution mené par ClaudiaBlersch pourvoit cette Traviata d’une lecture sobre aux intentions claires. Un dispositif mobile noir, ouvre, coulisse et referme ses pans pour proposer la scène selon des perspectives différentes au fil des actes. Cette noirceur ostensible confère un spectre dramatique à l’insouciance des fêtes parisiennes des premier et troisième actes, avec comme seul éclaircissement le halot des chandeliers. Ces mêmes parois seront repoussées en arrière-scène avec les cloisons recroquevillées sur elles-mêmes au cours de l’acte II comme pour mieux affirmer la séparation qui règne désormais entre la vie dissolue passée de Violetta et la sérénité domestique de son nouveau foyer. Le cadre de vie du couple fraîchement formé est simple et fait de bonheurs qui le sont tout autant : Violetta est affairée dans les salades de son jardin lorsque Giorgio Germont, aussi grave et solennel que la Statue du Commandeur dans Don Giovanni surgit. Lorsqu’il enjoint Violetta à quitter sa nouvelle vie, il foule ce jardinet sans vraiment s’en apercevoir. Une option malicieuse qui affirme la prééminence des normes sociales qu’appelle, aux yeux du patriarche, l’extraction des Germont.

A l’acte III, un foisonnement de costumes fastueux rompt avec la sobriété des décors observée jusque-là, non sans un certain engorgement dû en partie à une figuration pléthorique. Au dernier acte, les parois noires sont repoussées sur la gauche de la scène comme d’un revers de main, et rappellent par là même que Violetta n’a plus accès à aucun des univers de son passé. Un lit décati au milieu d’une pièce nue et frustre, meublée d’une unique chaise branlante, lui tient lieu de mouroir.

La musique de Verdi, servie avec précision et tonicité par , émane de la fosse de l’Opéra de Zurich avec une concision qui ne sacrifie pas l’expression, à l’image des cordes irisant le prologue sans cette vibration vulgaire que l’on y entend parfois chez d’autre. La direction attentive du chef épouse les contours vocaux des chanteurs sans jamais les couvrir et conduit les épisodes de fêtes tambour battant.

Crédit photographique : © DR

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Zurich Stadtoper. 15-II-05. Giuseppe Verdi (1813-1901)  : La Traviata, opéra en 4 actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils. Mise en scène : Jürgen Flimm (original), Claudia Blersch (reconstitution). Décors : Erich Wonder. Costumes : Florence von Gerkan. Lumières : Jakob Schlossstein. Chorégraphie : Catharina Lühr. Avec : Eva Mei, Violetta ; Katharina Peetz, Flora ; Irène Friedli, Annina ; Piotr Beczala, Alfredo Germont ; Thomas Hampson, Giorgio Germont ; Miroslav Christoff, Gastone ; Valery Murga, Baron Douphol ; Reinhard Mayr, Marquis D’Obigny ; Giuseppe Scorsin, Docteur Grenvil ; Noël Vazquez, Giuseppe ; Heikki Yrttiaho, Domestique de Flora. Chœur de l’Opéra de Zurich (chef de chœur : Jürg Hämmerli). Orchestre de l’Opéra de Zurich, direction : Franz Welser-Möst.

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