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Du très beau linge pour Sir John !

La Scène, Opéra, Opéras

Zurich, Staadstoper. 30-III-05. Giuseppe Verdi (1813-1901)  : Falstaff, opéra en 3 actes sur un livret d’Arrigo Boito. Mise en scène : Jonathan Miller ; direction d’acteurs : Aglaja Nicolet ; décors : Peter J. Davison ; costumes : Clare Mitchell ; lumières : Jürgen Hoffmann. Avec : Ruggero Raimondi, Sir John Falstaff ; Michael Volle, Ford  ; Jonas Kaufmann, Fenton ; Eva Mei, Mrs Alice Ford ; Stefania Kaluza, Meg Page ; Annamaria Chiuri, Mrs Quickly ; Martina Jankova, Nanette ; Peter Straka, Dr. Cajus ; Martin Zysset, Bardolfo ; Giuseppe Scorsin, Pistola. Chœur de l’Opéra de Zurich (chef de chœur : Jürg Hämmerli), Orchestre de l’Opéra de Zurich, direction : Nello Santi.

Falstaff à l’Opéra de Zurich

Du très beau linge ! L’expression, dans son sens littéral, si elle peut s’appliquer sans peine aux très beaux costumes de Clare Mitchell, ou permet de glisser une allusion empreinte d’humour au sujet de la lingerie qui recouvre Falstaff dans sa corbeille au deuxième acte, peut tout autant qualifier les chanteuses et chanteurs les plus en vue de la distribution de ce Falstaff. A commencer par qui semble taillé sur mesure pour ce rôle cocasse. La basse italienne mord dans son personnage à pleines dents pour en dispenser toute la sève. Sans verser dans la vulgarité ni user de manières caricaturales, il laisse ressortir sa truculence et chante la faconde fleurie avec laquelle il clame son amour du vin, de la bonne chair et des femmes. Ses graves sont encore d’une puissance confondante et dotés d’une assise qui rend merveilleusement l’autorité de son personnage, son extraction, même si par moment, plus haut dans la tessiture, la voix se fait moins éclatante.

Plus uniforme vocalement, domine la distribution masculine. Sa rondeur, le placement parfait de sa voix ainsi qu’un legato soutenu qui n’entame jamais la crédibilité de ses instants de fureur en font en Ford mémorable. Il fait montre –comme le reste du plateau– d’indéniables qualités d’acteur. A ce titre, si le dispositif scénique et les costumes épousent le livret au plus près, sans cultiver l’originalité comme une fin en soi, la direction d’acteur et les mimiques y afférentes permettent aux chanteurs d’exprimer avec clarté et naturel la psychologie des personnages campés. Nombre de détails croustillants sont ainsi agréablement soulignés et ancrent chacun et chacune dans son rôle respectif.

, qui a récemment interprété avec brio et finesse Violetta à Zurich (lire l’article), chante Alice Ford de manière tout aussi convaincante, donnant la réplique à une Meg Page (Stefania Kaluza) plus en retrait. La reine des trois commères demeure sans conteste Annamaria Chiuri en Mrs Quickly. L’alto dispose d’une étendue vocale impressionnante lui permettant de timbrer les graves les plus abyssaux et de passer sans crier gare à des parties plus aiguës sans que cela s’accompagne de la moindre difficulté. Expressive et excellente actrice, elle a gagné les faveurs du public par l’aspect sémillant de son rôle et aussi pour la malice avec laquelle elle se plait à le servir avantageusement. Les rôles secondaires de Dr. Cajus, Pistola et Bardolfo n’appellent aucune réserve.

En marge des tribulations de Sir John Falstaff se trouve l’idylle de Fenton et Nanette. L’adaptation du librettiste Boïto a su conserver l’entrelacs d’intrigues qu’affectionnait Shakespeare. La jeune femme (Martina Jankova) trouve la candeur lumineuse inhérente à son rôle juvénile. Le ténor qui lui tient lieu de soupirant déploie pour sa part un chant large et intense, avec quelques accès de vérisme aux entournures. S’il possède une voix lui permettant de s’acquitter de rôles plus lourds, il semble moins bien caractérisé, par exemple, qu’un , qui a chanté Fenton à Lyon à la fin juin 2004 dans une –magnifique– production signée .

Dans la fosse, Nello Santi dirige avec poigne l’ dont il tire, outre une précision et une concordance parfaite avec le plateau, des sonorités franches et des traits très colorés. Chef d’opéra à la très longue expérience du répertoire italien, Nello Santi est souverain vis-à-vis de cette partition d’un Verdi octogénaire, dont il rend la théâtralité exacerbée sans maniérisme, mais avec une rare efficacité.

Crédit photographique : © DR

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