La Scène, Opéra, Opéras

Dénouement inattendu

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Zurich Opernaus. 01-IV-05. Giaccomo Puccini (1858-1924)  : Tosca, opéra en 3 actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène : Gilbert Deflo ; direction d’acteurs : Ulrich Senn ; décors : Ezio Frigerio ; costumes : Franca Squarciapino ; lumières : Jürgen Hoffmann. Avec : Sylvie Valayre, Floria Tosca ; Neil Shicoff, Mario Cavaradossi ; Juan Pons, Scarpia ; Peter Kálmán, Cesare Angelotti ; Giuseppe Scorsin, le Sacristin ; Andreas Winkler, Spoletta ; Valeriy Murgia, Sciarrone ; Ruben Drole, un geôlier ; Nathalie Zagoda, le jeune pâtre. Chœur de l’Opéra de Zurich (chef de chœur : Jürg Hämmerli), Orchestre de l’Opéra de Zurich, direction : Nello Santi.

« Tosca » à l’Opéra de Zurich

Deux jours après son triomphal Falstaff, Nello Santi récidive avec le célèbre ouvrage de Puccini. Dès les premiers accords qui tiennent lieu d’ouverture à la pièce et qui projette littéralement son drame sur scène avant même que celui-ci ait commencé à se nouer, le chef italien fait montre d’une baguette précise, qui tranche dans le vif d’une partition assignée à la théâtralité la plus exacerbée, comme toujours chez Puccini. Le rideau du Stadtoper s’ouvre sur une scène qui laisse apparaître un décor classique, dans des teintes sombres. La nef d’une église baroque occupe la scène. Angelotti y déambule fébrilement et finit par y trouver sa cachette momentanée. On le comprend aussi par les costumes, la mise en scène se veut une nouvelle fois au plus près du contexte de l’œuvre. Un parti pris bien sûr parfaitement défendable, d’autant qu’il est fort difficile dans le cas présent d’escamoter le cadre historique qui sous tend le drame de Tosca et Cavaradossi. Angelotti fuit bel et bien devant les royalistes et incarne, au temps de Napoléon en 1800, l’espoir d’un nouvel ordre mondial.

Le plateau de cette reprise est très convaincant. En tête de liste, le ténor américain , à la puissance confondante. Il est capable d’une italianité de tous les instants et se montre un acteur fougueux, passionné et effronté à souhait pour défier Scarpia. Ayant fait ses débuts en 1976 déjà, le chanteur a pour lui cette maturité vocale et artistique qui lui permet de se départir de toute verdeur. Il nourrit ainsi un chant investi, idéalement juste de ton, loin des manifestations extérieures parfois vulgaires que l’on entend chez des ténors italiens bien plus connus que lui. Il est authentique à chaque moment de son rôle. est un baron Scarpia vocalement très à son aise, mais qui rend son rôle de chef de la police presque séduisant. Peut-être en souligne-t-il ainsi toute l’ambiguïté machiavélique… Des couleurs plus âpres n’auraient, parfois, pas dépareillé. Dans le rôle-titre, Sylvie Valayre projette des accents de colère, de jalousie et de désespoir impressionnants. Affublée d’une robe de première communiante et de fleurs jaunes pour son entrée en scène, elle a quelque peine à faire ressortir d’emblée les facettes les plus impétueuses de son personnage. Et son « Vissi d’arte », certes émouvant et bien maîtrisé techniquement, demeure assez sage, ne faisant pas de Tosca la diva incandescente que l’on attend. Quant à sa façon de mourir (Tosca dérobe une arme à feu à l’un des soldats venus l’arrêter et la retourne contre elle au lieu de se jeter dans le vide), elle constitue une fin suspecte qui ôte à la mort de l’héroïne cette part d’abandon et d’absurdité que le livret lui réservait pourtant à dessein. Il est simplement dommage que les cinq dernières secondes de l’œuvre surprennent de la sorte alors que, près de deux heures durant, le travail a plu par sa lisibilité impeccable et ses intentions probes.

Il est légitime de réserver des applaudissements nourris à l’ensemble de cette production ainsi qu’au chœur et à tous les rôles secondaires, en particulier au jeune pâtre qu’il n’a hélas pas été possible de saluer au terme de la représentation. Cette Tosca zurichoise, au même titre que le Falstaff repris dans la même salle deux jours auparavant (voir l’article), sont emblématiques d’un opéra vécu dans une veine classique parfaitement défendable et qui pourrait même tenir lieu de manifeste d’authenticité à une époque où bien des partis pris scéniques donnent l’impression que les maîtres d’œuvre se moquent plus encore de l’ouvrage que du public.

Crédit photographique : © Opernhaus Zurich

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Zurich Opernaus. 01-IV-05. Giaccomo Puccini (1858-1924)  : Tosca, opéra en 3 actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène : Gilbert Deflo ; direction d’acteurs : Ulrich Senn ; décors : Ezio Frigerio ; costumes : Franca Squarciapino ; lumières : Jürgen Hoffmann. Avec : Sylvie Valayre, Floria Tosca ; Neil Shicoff, Mario Cavaradossi ; Juan Pons, Scarpia ; Peter Kálmán, Cesare Angelotti ; Giuseppe Scorsin, le Sacristin ; Andreas Winkler, Spoletta ; Valeriy Murgia, Sciarrone ; Ruben Drole, un geôlier ; Nathalie Zagoda, le jeune pâtre. Chœur de l’Opéra de Zurich (chef de chœur : Jürg Hämmerli), Orchestre de l’Opéra de Zurich, direction : Nello Santi.

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