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Tosca à Rouen, les rapports en déséquilibre

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Rouen. Théâtre des Arts. 08-V-2005 Giacomo Puccini (1858-1924) : Tosca, opéra en 3 actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène : Dagmar Pischel. Scénographie : Rudy Sabounghi. Costumes : Claudia Jenatsch. Lumières  : Françoise Michel. Avec : Hélène Bernardy, Tosca ; Carlo Guido, Mario Cavaradossi ; Marc Mazuir, le Baron Scarpia ; Marc Fouquet, Cesare Angelotti, Jean-Philippe Marlière, un sacristain, Mihajlo Arsenski, Spoletta ; Chœur de l’Opéra de Rouen Accentus (chef de chœur : Laura Fromentin), Enfants de la Maîtrise de Seine Maritime. Orchestre de l’Opéra de Rouen, direction : Oswald Sallaberger.

Cette nouvelle Tosca, en coproduction avec le Grand Théâtre de la ville de Luxembourg, nous permet d’entendre de jeunes voix qui ne manquent pas d’intérêt, et dont il faudra suivre à l’avenir la carrière. Le soprano belge , avec une voix généreuse, bien conduite et à l’aise sur toute la tessiture de ce rôle exigeant, s’investit éperdument dans un rôle où le drame, inexorable, s’accomplit d’instant en instant. La comédienne est accomplie, mais une fatigue se fait parfois sentir, notamment dans le célèbre « Vissi d’arte », où, assez étrangement, le souffle se fait court, le phrasé abrupt, et la ligne vocale heurtée. Mais, malgré cette légère baisse de régime, l’impression globale retenue est celle d’une chanteuse admirable. Tout autre est le cas du ténor . Avec des moyens naturels impressionnants, et une rare voix de lirico spinto, il semble que la voix passe « de justesse », et il se dégage une certaine crispation chez l’auditeur à chaque poussée dans l’aigu ; il est regrettable que la technique soit sommaire, ou mal adaptée à l’instrument, car l’engagement fiévreux de est total, et il ne manquerait qu’une certaine aisance dans l’émission pour que ce Cavaradossi soit crédible. Son bourreau le Baron Scarpia, , appelle également certaines réserves. Il incarne parfaitement le sadique et pervers Scarpia, avec un jeu d’acteur fidèle à l’image que l’on se fait du personnage, mais dans cet opéra, il y a une frontière avec la vulgarité qu’il ne faut pas dépasser et que franchit à de nombreuses reprises. Cela est visible dans la confrontation avec Tosca, où certains passages ne sont plus chantés, mais parlés, où le mauvais goût s’entend par un appui excessif du grave, comme pour soutenir la noirceur du personnage, qui, de fait, n’est plus suggérée, mais imposée. Enfin, sa puissance vocale est décevante, couvert souvent par l’orchestre, toujours par ses collègues.

L’orchestre, justement, est d’un mœlleux constant, et déroule un tapis symphonique sur lequel les voix évoluent harmonieusement. On notera cependant une légère acidité des cordes qui jure parfois dans les moments d’émotion « E lucevan le stelle ». On ne peut que saluer la direction, qui se montre attentive à l’équilibre entre la fosse et le plateau.

Sur le plateau, un des intérêts majeurs de la production réside dans une mise en scène novatrice qui éclaire de nouveaux aspects de l’œuvre, jusqu’alors rarement mis en lumière. Alors que la scénographie au premier acte fait apparaître une vierge baroque éclairée au néon, comme pour montrer un reliquat bâtard de la religion dans la société pervertie par le pouvoir, le second acte se situe dans un sous-sol d’un bâtiment désaffecté. Le QG de Scarpia est un antre SM, où, Mario, après avoir été torturé, revient sur scène, encadré par un homme qui le tient en laisse, et un autre revêtu d’un costume et d’une cagoule en cuir.

Nous sommes surpris, tout autant que Bernard Halter dans sa critique de Tosca à Zurich, que Tosca ne se suicide même plus, mais elle est purement et simplement abattue par un des sbires de Scarpia. Tosca ne décide plus de sa mort et devient totalement passive par rapport à l’action, mettant ainsi en jeu le pouvoir inégalé de la suprématie de Scarpia. Le fait que Tosca, déchue de son action sur le destin, soit tuée, lui fait perdre l’orgueil qu’il y a dans son suicide. Cela déséquilibre les relations entre elle et Scarpia ; le rapport de force entre eux deux ne peut alors qu’encore et toujours basculer en faveur de la mort.

Crédit photographique : © Eric Bénard

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Rouen. Théâtre des Arts. 08-V-2005 Giacomo Puccini (1858-1924) : Tosca, opéra en 3 actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène : Dagmar Pischel. Scénographie : Rudy Sabounghi. Costumes : Claudia Jenatsch. Lumières  : Françoise Michel. Avec : Hélène Bernardy, Tosca ; Carlo Guido, Mario Cavaradossi ; Marc Mazuir, le Baron Scarpia ; Marc Fouquet, Cesare Angelotti, Jean-Philippe Marlière, un sacristain, Mihajlo Arsenski, Spoletta ; Chœur de l’Opéra de Rouen Accentus (chef de chœur : Laura Fromentin), Enfants de la Maîtrise de Seine Maritime. Orchestre de l’Opéra de Rouen, direction : Oswald Sallaberger.

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