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Le Chœur de Radio France suit la voix de Dieu

Paris. Radio-France, Salle Olivier-Messiaen. 26-XI-2005. (1913-1976) : Choral Dances from Gloriana ; I lov’d a lass ; Lift Boy ; Hymn to St Cecilia. Franck Bridge (1879-1941) : Music, when soft voices die. Elizabeth Maconchy (1907-1994) : Nocturnal. (1872-1958) : Tree Shakespeare Songs. (1883-1953) : Mater ora Filium. Nathalie Steinberg, piano. , direction : Stephen Betteridge.

27-XI-2005. (1900-1990) : Quatre Motets pour chœur mixte a cappella. (1910-1981) : Reincarnations. (né en 1929) : Celestial Mechanics, danses cosmiques pour piano amplifié à quatre mains. (né en 1908) : Tarentella pour chœur d’hommes et piano à quatre mains. (1874-1954) : Psaume 67. (1887-1959) : Bendita Sabedoria. Heinz Werner Zimmermann (né en 1930)  : Make a joyful noise. David Berdery, , piano. Chœur de Radio France, direction Franck Markowitsch.

Sous fond de cottage et de campagne brumeuse, la musique vocale anglaise est toujours d’une fraîcheur renouvelée. Trois chefs-d’œuvre illustrent ce premier programme choral donné par le Chœur de Radio France, sous la direction de Stephen Betteridge. Le Mater Ora Filium d’, Three Shakespeare Songs de et l‘Hymne à St Cécile, sainte patronne des musiciens, de . L’Angleterre préserve avec la plus grande attention ses sociétés chorales. D’abord parce qu’elles sont fondées par la bourgeoisie anglaise nantie, mais également parce qu’elle possède un des plus riches répertoires choral d’Europe, aussi bien religieux que folklorique. Ainsi, cette infrastructure traditionnelle permet depuis sa création de réinterpréter la musique ancienne comme d’engendrer de nouveaux compositeurs. Si a influencé de nombreux compositeurs en son temps, notons que Franck Bridge était son professeur, alors que Elizabeth Maconchy était l’élève de Ralph Vaughan Williams. Un petit microcosme de compositeurs, pour qui le contrepoint vocal et la science des reliefs n’ont aucun secret. ouvre ses Danses chorales tirées de Gloriana par Time, danse teintée d’hémioles, rythmée et chaleureuse par la texture des soprani. Gloriana est un opéra écrit pour le couronnement d’Elisabeth II.

Composé de 6 pièces, ces Danses chorales évoquent entre autre des personnages allégoriques comme le Temps ou la Concorde. Le souci du chef de chœur Stephen Betteridge est celui de la justesse des accords et de la finesse des nuances, entraînant parfois l’auditeur à découvrir l’imperceptible. Les effets de chuintantes forts réussis dans Music de Franck Bridge terminent l’œuvre sur un doux pianissimo serein et mélancolique. Fort marqué par le romantisme allemand, Franck Bridge fût également chef d’orchestre et violoniste. Plus lyrique, Elizabeth Maconchy utilise avec vigueur les techniques d’écho si classiques à l’écriture pour chœur, tout en se permettant un léger glissando final « so british » dans Nocturnal.

Première présidente de la prestigieuse Composers’Guild of Great Britain, en 1959, Elizabeth Maconchy a écrit de nombreuses pièces de musique de chambre dont 13 quatuors à cordes, à écouter absolument. Lift Boy de Benjamin Britten est drôle. Alternant l’écriture en entrées fugato, notamment sur le mot « Nothing », il rebondit, plein d’énergie et de jeunesse en illustrant avec beaucoup d’humour une histoire d’ascenseur et de garçon d’étage. Notons au passage un accord répété aux voix qui, soudain se taisent, et laissent le piano suggérer leur présence par le même accord ; fort réussi ! L’Hymne à Sainte Cécile de Benjamin Britten est un morceau qui fait intervenir de nombreuses séquences pour voix solistes, jouant sur la spatialité entre grave et aigu.

C’est dans Three Shakespeare Songs de Ralph Vaughan Williams que la science de l’orchestration vocale prend tout son sens. Tantôt émergentes, tantôt sonnantes comme des cloches d’églises, les voix piquent, se cramponnent ou se consolent du naufrage. Elles célèbrent pour des marins noyés une messe des morts ; dissonances d’une mer qui engloutit la vie. Mater ora Filium d’Arnold Bax est écrit pour double chœur, d’une étonnante modernité, elle dévoile un travail sur l’écho et la résonance fort développé. Redoutable morceau aux contre-uts fortissimo des sopranos.

Le second concert est tout aussi remarquable. Explorant le répertoire vocal américain du XXe siècle, ce programme a pour particularité d’être très accessible au public, sur le plan harmonique. Mêlant certaines harmonies du jazz ou du gospel et atonalité, ces compositeurs du XXe siècle savent rester populaires tout en étant novateurs. Les Quatre motets pour chœur mixte a cappella de en témoignent. Il est aisé de sentir l’influence de l’école française Niedermayer, laissant les accords de ponctuer les cadences du chœur. Ecrits à Paris en 1921, lorsque Aaron Copland est élève au Conservatoire Américain de Fontainebleau, et travaille avec . C’est une époque riche pour lui, découvrant en autre , Claude Debussy et . Cette partition retrouvée dans un fond non archivé d’une bibliothèque américaine, atteste de l’attachement d’Aaron Copland au judaïsme et à ses traditions.

Dans Reincarnations op. 146, décrit une série de trois petits portraits très brefs et délicats. Notamment, Anthony O’Daly, dans lequel un motif mélodique semble dégringoler inexorablement, alors que l’élan du chœur soutient ce motif, comme pour lui redonner du souffle, jusqu’au bout. Le concert se poursuit par une pièce pour piano amplifié à quatre mains de , Celestial Mechanics écrit en 1979. Extraits du cycle Makrokosmos, cette œuvre témoigne de l’admiration que le compositeur voue à Bela Bartok, Claude Debussy, Frédéric Chopin et . C’est une sorte de pièce ésotérique floue, toujours poétique plus qu’hermétique. L’écriture des 4 volumes de Makrokosmos s’est étalée sur 8 ans, et vaut la peine d’être découvert. D’abord pour son originalité artistique, mais surtout par l’essence pédagogique qu’il recèle. Nombreux sont les enseignants qui y trouveront matière pour enseigner le piano moderne dans les siècles à venir. David Berdery et sont les apôtres de cette musique astrale où Orient et Asie tournoient sur la voûte céleste.

Dans Tarentella, retient la modulation métrique des castagnettes et des tambourins de cette vieille danse traditionnelle du sud de l’Italie. Ovide offre un texte printanier à , qui écrit pour ce chœur d’hommes et piano à quatre mains une pièce rare et généreuse de lumière. Si Psaume 67 de reste purement classique dans l’écriture, c’est Bendita Sabedoria qui retient toute notre attention. Les couleurs harmoniques de Villa-Lobos sont là. Moins libres que dans l’écriture orchestrale, les accords brésiliens sonnent toujours avec éclats dans les pièces vocales. Parfaitement interprétée par le Chœur de Radio France, Sapentia foris predicat lance un thème chromatique aux voix d’hommes, en entrées fugato. Six petites pièces, rédigées à partir de textes bibliques, dont la troisième pièce ne compte pas plus de neuf mesures. Simple, concis, homorythmie brésilienne chère à Villa Lobos, imitations et récitations de voix soli font de cette pièce l’une des dernières de sa production chorale, soit environ trente cinq pièces chorales écrites dans sa vie. Le concert se termine sur l’écoute de Make a joyful noise de Heinz Werner Zimmermann, dont l’épouse est venue assister au concert. Né en 1930, Heinz Werner Zimmermann apparaît comme l’un de ceux qui renouvelle le courant de la musique d’église dans la seconde moitié du XXème siècle. Ses œuvres sont essentiellement tournées vers la religion, on y trouve plusieurs motets, psaumes et une Messe Profane (1980), un Te Deum (1998), l’oratorio The Bible of Spirituals (1993), la Symphonie Sacrée pour solistes, chœur et orchestre (1996). Le style syllabique de Heinz Werner Zimmermann accompagne le désir du compositeur d’être compréhensible universellement et inter culturellement, quelle que soit la tradition. Travaillant toujours à la réconciliation des peuples, quelle que soit leur religion, Heinz Werner Zimmermann écrit dans Make a joyful noise, une pièce aux rythmes complexes, usant de ses fameux « polystyles » dans lesquels il explore par la superposition de styles différents, un nouveau langage musical.

C’est toujours un plaisir d’écouter le chœur de Radio-France, non seulement l’interprétation de Franck Markowitsch ouvre sur l’essentiel, mais en plus, le chœur respire la joie. Ces deux concerts seront retransmis sur France Musique respectivement le 05-XII-2005 à 15h et le 12-XII-2005 à 15h.

 

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