La Scène, Opéra, Opéras

Cancan jusqu’à plus soif !

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Lausanne. Théâtre Municipal. 23-XII-2005. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Vie Parisienne. Opéra-bouffe en 5 actes sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, adapté par Jérôme Savary. Version musicale Gérard Daguerre. Mise en scène : Jérôme Savary, reprise par Frédérique Lombart. Décors : Michel Lebois. Costumes : Michel Dussarrat. Lumières : Alain Poisson. Chorégraphie : Nadège Maruta. Avec : Patricia Samuel, Gabrielle ; Karine Lavorel, Métella ; Maryline Fallot, La Baronne ; Sophie Graf, Pauline ; Ola Waridel, Madame de Quimper-Karadec ; Nathalie Constantin, Léonie ; Catherine Torriani, Clara ; Lauranne Jaquier, Louise ; Martial Defontaine, Gardefeu ; Jean-Louis Meunier, Bobinet ; Francis Dudziak, Le Baron ; Humberto Ayerbe-Pino, Le Brésilien ; Michel Tellechea, Frick ; Florent Blaser, Urbain/Alfred ; Frédéric Longbois, Prosper & Alphonse ; Olivier Podestà, Gontran, Joseph, Trébuchet & Offenbach ; Alexandre Feser, un employé. Ecole-Atelier Rudra Béjart Lausanne. Chœurs de l’Opéra de Lausanne (Chef des Chœurs : Véronique Carrot), Orchestre de Chambre de Lausanne, direction musicale : Nicholas Chalvin.

La Vie Parisienne, de

La célébrissime production de La Vie Parisienne de l’Opéra-Comique de Paris s’est invitée à Lausanne pour les fêtes de fin d’année. Son adaptation à l’étroitesse de la scène lausannoise s’avère très heureuse : dans cet espace restreint, il y trouve sa vraie dimension. Une ambiance de cabaret, de petits théâtres, de proximité avec les acteurs. En opposition à ce confinement scénique, les amoncellements de décors, les amples costumes, les trop grandes plumes et les frous-frous, les excès, c’est la grosse artillerie signée ! Le metteur en scène parisien qui n’a jamais fait dans la dentelle ne se gêne pas pour nous le rappeler. Et ce ne sont pas les gags un peu lourds, les gestes quelque peu grossiers qui manquent à l’appel. Cependant, malgré l’embrouillamini des nombreux quiproquos qui parsèment la pièce, Savary raconte bien l’intrigue. Déroulant son scénario comme un cinéaste, il tire admirablement les ficelles de ce spectacle. Ici pas de deuxième degré. C’est du franc, du clair, du net! Derrière cette apparente facilité, il faut reconnaître le talent de Savary à embarquer le public dans la folle histoire de cette vie parisienne (comme il n’en existe plus). De remodelage en révision, il ne reste certes plus grande chose de la version originale de l’opérette de . Qu’importe. Dans cette adaptation à la mode vaudoise librement concoctée par le directeur de l’Opéra-Comique, même les expressions « y’a pas l’feu au lac » ou les mots envoyés avec un accent vaudois d’importation détendent un public heureux de trouver les joies d’un divertissement qui n’a d’autre prétention que de faire rire.

Les décors (un peu fatigués) (Michel Lebois) et les costumes (ayant subi des ans les irréparables outrages) (Michel Dussarrat) n’empêchent pas les acteurs de s’investir sans compter dans l’aventure scénique. Certains « catalyseurs » tiennent le spectacle dans leurs mains. C’est le cas de Karine Lavorel (Métella) qui mène la barque de sa voix sonore et légèrement gouailleuse parfaitement adaptée à son rôle de courtisane légère. Autre spectaculaire meneur de jeu, (Prosper & Alphonse) se prête à toutes les facéties de l’intrigue pour apparaître dans des déguisements les plus burlesques. Le but étant d’amuser, l’accent est porté davantage sur le théâtre que sur la musique, et le chant. Si chacun chante correctement, aucun des protagonistes ne survole le plateau. Tout juste si quelques accents bien émis par Maryline Fallot (La Baronne) laisse deviner que son bagage vocal dépasse largement l’expression des spectacles d’opérette. Au sein de cette troupe très « made in France » la soprano suisse (Pauline) se montre très à son aise et n’a rien à envier à ses congénères tant du point de vue vocal que scénique. Du côté des messieurs, chacun soigne son rôle. Rien d’extraordinaire car, soutenus par un texte bien bâti, ils sont portés par le vaudeville bien dirigé de Savary. À noter que, si l’énergie de ce spectacle est explosive, en musiciens du mot, chaque protagoniste contient son abattage au profit de l’unité du spectacle. Vocalement comme scéniquement, la machine de l’Opéra-Comique est parfaitement huilée.

Mais ce tourbillon « offenbachien » serait incomplet sans le cancan. Sans raison apparente à l’intrigue, il déboule sur la scène à tous bouts de champs. Animé par les danseurs de l’Ecole-Atelier Rudra Béjart Lausanne, le cancan bouillonne d’aisance. Les jeunes danseurs s’emparent des pas de ces danses comme s’ils étaient leur pain quotidien. Au tombé du rideau, envoûté par l’enthousiasme des danseurs de Béjart, le public n’avait de cesse de rappeler ce cancan pour une série de bis qu’il aurait voulu sans fin. Jusqu’à plus soif!

Habituelle dans l’opérette, l’agitation du plateau gêne parfois l’écoute des musiques d’Offenbach. Certaines pages mériteraient pourtant qu’on puisse s’y arrêter. D’autant plus que colore un visiblement heureux de transmettre son éloquence.

Crédit photographique : © Marc Vannapelghem

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Lausanne. Théâtre Municipal. 23-XII-2005. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Vie Parisienne. Opéra-bouffe en 5 actes sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, adapté par Jérôme Savary. Version musicale Gérard Daguerre. Mise en scène : Jérôme Savary, reprise par Frédérique Lombart. Décors : Michel Lebois. Costumes : Michel Dussarrat. Lumières : Alain Poisson. Chorégraphie : Nadège Maruta. Avec : Patricia Samuel, Gabrielle ; Karine Lavorel, Métella ; Maryline Fallot, La Baronne ; Sophie Graf, Pauline ; Ola Waridel, Madame de Quimper-Karadec ; Nathalie Constantin, Léonie ; Catherine Torriani, Clara ; Lauranne Jaquier, Louise ; Martial Defontaine, Gardefeu ; Jean-Louis Meunier, Bobinet ; Francis Dudziak, Le Baron ; Humberto Ayerbe-Pino, Le Brésilien ; Michel Tellechea, Frick ; Florent Blaser, Urbain/Alfred ; Frédéric Longbois, Prosper & Alphonse ; Olivier Podestà, Gontran, Joseph, Trébuchet & Offenbach ; Alexandre Feser, un employé. Ecole-Atelier Rudra Béjart Lausanne. Chœurs de l’Opéra de Lausanne (Chef des Chœurs : Véronique Carrot), Orchestre de Chambre de Lausanne, direction musicale : Nicholas Chalvin.

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