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Lausanne, Salle Métropole. 23-I-2006. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Académie Mozart 1783. Symphonie n° 35 en ré majeur K. 385 « Haffner » ; Idomeneo, re du Creta K. 366 : acte II n° 11, air d’Illia : « Se il padre perdei… » ; Scène pour soprano K. 369 « Misera dove son… »  ; Sérénade en ré majeur K. 320 « Posthorn » ; Concerto pour piano n° 13 en ut majeur K. 415  ; Six variations pour piano sur « Salve ti Domine » de Paisiello K. 398 ; Concerto pour piano n°5 en ré majeur K. 175 ; Lucio Silla K. 135  : air de Giunia : « Parto, parto, m’affretto… » ; Récitatif et rondo pour soprano K. 416 « Mia speranze adorata… ». Rachel Harnisch, soprano. Orchestre de Chambre de Lausanne, direction et piano : Christian Zacharias.

Pour ce 250e anniversaire de la naissance de Mozart, les quelque six cents œuvres composées par le Maître de Salzbourg semblent ne pas suffire aux directeurs artistiques pour stigmatiser l’originalité de leurs concerts. Il faut du jamais vu, du jamais entendu. Premier à tirer la couverture à soi, l’ a déniché une Académie de Mozart présentée à Vienne en 1783. Un programme que le compositeur « free-lance » Mozart présentait quand il avait besoin de renflouer ses finances. Composé d’extraits de symphonies, d’airs de concerts ou d’opéra, de divertissements musicaux, de sonates, ce programme offre deux heures de musique pour tous les goûts. Mozartiens, cela s’entend!

Lors de cette rediffusion lausannoise, si la Sérénade en ré majeur K. 320 « Posthorn » laisse un peu l’auditeur sur sa faim, les autres pièces au programme de la soirée se sont révélées d’une excellente facture. A commencer par les deux premiers mouvements de la Symphonie n° 35 en ré majeur K. 385 « Haffner » enlevés avec une énergie extraordinaire. Immédiatement, le ton est donné. s’empare de son orchestre avec la certitude d’avoir tous les atouts en main. Et il les tient. Visiblement, ses musiciens vivent un rêve éveillé. À peine entamée, la symphonie s’emballe. La musique éclate, scintille, projette ses notes avec un feu diabolique. Des pupitres, les musiciens croisent leurs regards, se sourient comme surpris des images que leur révèle. Entourés des bois et des autres cordes, les violons les racontent dans un superbe concert d’harmonies et de contrastes. Sous les mains graciles de , deuxième mouvement de la symphonie exhale l’évidente simplicité de la musique de Mozart.

C’est alors que, dans une très belle longue robe blanche rehaussée de broderies noires, la soprano prolonge le miracle Mozart. Dans son très beau « Se il padre perdei… » tiré d’Idomeneo, re di Creta, la soprano se joue des suraigus qui parsèment la partition. Sa voix sans stridence s’élève au-dessus de l’orchestre sans autre volonté que de laisser place à la seule émotion de la musique. Une humilité qu’on retrouvera tout au long de ses interventions.

Comment ne pas aimer Mozart quand les doigts de Christian Zacharias se posent sur le clavier de ses concertos? Depuis un Steinway Grand Concert tout neuf, offert par un « ami » à l’occasion de cette soirée, le pianiste prend la place du compositeur pour faire sienne une formidable interprétation du Concerto pour piano n° 13 puis du Concerto pour piano n°5. Dirigeant de son piano, il bondit hors de son clavier dès qu’il en a l’occasion. Se projetant d’un côté à l’autre de son instrument, il aiguillonne son orchestre le rassemblant d’un geste autour de lui. Qui s’appuie sur l’autre. Le chef? L’orchestre? Dans une symbiose extraordinaire, chaque musicien semble avoir une confiance illimitée sur l’autorité bienveillante de son chef. Zacharias embrase Mozart de mille couleurs, tirant de son orchestre des centaines de petites touches, d’infimes sonorités comme inventées sur l’instant. Puis, d’un coup, le piano reprend son discours magistral transportant l’auditoire dans une fièvre excitante, similaire à celle de l’inoubliable scène du film de Milos Forman où Mozart, dans un état second d’inventivité géniale, dicte son Requiem à Salieri. Zacharias touche à l’essence même de l’œuvre. Pas besoin d’imagination ou de savoir universitaire pour comprendre l’esprit qui habite ces moments. La symbiose d’une musique immortelle et d’un musicien génial : Wolfgang Amadeus Zacharias.

Crédit photographique : © DR

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Lausanne, Salle Métropole. 23-I-2006. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Académie Mozart 1783. Symphonie n° 35 en ré majeur K. 385 « Haffner » ; Idomeneo, re du Creta K. 366 : acte II n° 11, air d’Illia : « Se il padre perdei… » ; Scène pour soprano K. 369 « Misera dove son… »  ; Sérénade en ré majeur K. 320 « Posthorn » ; Concerto pour piano n° 13 en ut majeur K. 415  ; Six variations pour piano sur « Salve ti Domine » de Paisiello K. 398 ; Concerto pour piano n°5 en ré majeur K. 175 ; Lucio Silla K. 135  : air de Giunia : « Parto, parto, m’affretto… » ; Récitatif et rondo pour soprano K. 416 « Mia speranze adorata… ». Rachel Harnisch, soprano. Orchestre de Chambre de Lausanne, direction et piano : Christian Zacharias.

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