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Les doux sons de la mélancolie…

À emporter, CD, Musique d'ensemble

« Mélancolie ». Œuvres de Samuel Barber, Gabriel Fauré, Georg Friederich Haendel, Tomasso Albinoni, Robert Schumann, Nicola Porpora, Christoph Willibald Gluck, Antonio Vivaldi, Frédéric Chopin, Claudio Monteverdi, Wolfgang Amadeus Mozart, Henry Purcell, Jean Sibelius, Stéphane Grappelli et Philip Glass. Artistes divers. 1 CD Naïve V 5041. Divers dates et lieux d’enregistrements. Notice bilingue (français-anglais). Durée : 68’.

 

Ce disque, sorti à l’occasion de l’exposition « Melancolia, génie et folie en occident » au Grand Palais, a été l’opportunité pour Naïve d’éditer, en collaboration de deux autres maisons de disques, Erato (Purcell, plage 13) et Naxos (Sibelius plage 14 et Glass plage 16), une compilation de leurs plus beaux enregistrements en rapport avec l’évènement. Ces 16 courts extraits (8 minutes maximum) mélangent diverses formations, vocales, instrumentales, orchestrales ou piano seul, de la musique religieuse ou profane, du premier baroque avec Monteverdi jusqu’au XXe siècle avec Glass.

Parmi les incontournables « tubes » comme l’Adagio d’Albinoni (qui est d’ailleurs un pastiche de Remo Giazzotto!) ou La Valse Triste de Sibelius, s’intercale l’Elégie de Fauré. La sonorité chaude du violoncelle d’Anne Gastinel chante les phrases intimes et expressives de cette magnifique petite pièce, soutenues par une belle couleur orchestrale d’Emmanuel Krivine et de l’Orchestre National de Lyon. Entre classique et jazz, on peut entendre dans un extrait de l’album « Danses », sorti l’année dernière et qui permit au violoniste de décrocher les premières places de ventes de disques. Cette mélodie, douce et plaintive, composée par Grappelli pour le film Les Valseuses, semble aux antipodes du scénario. Mais l’œuvre la plus saisissante est sans doute le Concerto pour violon et orchestre de composé en 1987. Les différents thèmes du second mouvement se superposent et se répètent infiniment, comme sans issue. Après l’enregistrement de Gidon Kremer, cette version d’Adela Anthony est tout à fait convaincante et originale.

Mais c’est surtout grâce à la musique vocale et particulièrement l’opéra que les compositeurs ont été le plus inspirés par la mélancolie, car le texte y reflète l’expression musicale. Dans Vivaldi, Sara Mingardo, à la voix profonde et impressionnante, fait entendre des chromatismes troublants. La superbe voix de chante les sanglots du très célèbre air de Rinaldo de Haendel » Lascia ch’io pianga », le Capriccio Stravagante de suit la chanteuse avec un accompagnement très ornementé qui reste pourtant discret. Plutôt que de choisir l’air final de mezzo-soprano de Didon et Enée, Naïve a opté pour l’air de baryton du King Arthur « What power art thou » aux phrases saccadées, que conduit à merveille un Gardiner toujours parfait. On a ainsi le plaisir d’entendre un enregistrement de 1985, un peu démodé, mais qui est loin de perdre son charme. En revanche, n’est pas assez convaincante dans l’air de La Flûte Enchantée « Ach, ich fül’s » de Mozart dans un tempo trop lent. Le Lamento della Ninfa par Alessandrini est quant à lui trop rapide et le timbre de la soliste trop futile. On peut préférer la version de Françoise Lasserre et de l’Ensemble Akadêmia (chez ZIG ZAG Territoires) où la basse obstinée de quatre notes insiste de façon lancinante…

Naïve ne pouvait évidemment pas oublier la musique du film Farinelli où avec l’équipe de l’IRCAM deux chanteurs ont fait revivre le timbre inédit du castrat, d’une tessiture de trois octaves et demi. Dans cet extrait, ce sont les grandes phrases langoureuses qui sont mises en valeur et non la virtuosité des vocalises. à la tête des Talents Lyriques, les chanteurs Ewa Mallas-Godlewska et Derek Lee Ragin ont alors sorti de l’oubli Porpora, maître de Farinelli.

Ce disque donne une vue globale de la production de Naïve et de ses principaux artistes (on peut cependant regretter l’absence de et de son Ensemble Matheus). Il permet de réentendre aussi de nombreux interprètes comme l’excellent ou qui malheureusement n’est plus véritablement au devant de la scène. Une chose est sûre par la variété de ces extraits, tous magnifiques, ce disque mélancoliquene devrait pas faire déprimer en cette fin de saison hivernale mais au contraire redonner du courage.

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