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Alceste par son plus fidèle serviteur

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Tourcoing, Théâtre municipal. 16-III-2006. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Alceste, tragédie en musique en un prologue et cinq actes sur un livret de Philippe Quinault. Avec : Nicolas Rivenq, Alcide ; Véronique Gens, Alceste ; Simon Edwards, Admète ; Judith Gauthier, Céphise/La Gloire/ Première Ombre ; James Oxley, Lychas/Alecton/Apollon/Premier Triton ; Renaud Delaigue, Straton ; Bernard Deletré, Lycomède/Caron ; Alain Buet, Pluton/Eole/Homme désolé/Cléante ; Jean Delescluse, Phérès/Second Triton ; Hjördis Thébault, Proserpine/Nymphe de la Marne/Nymphe des Tuileries/Troisième Ombre/Petit Chœur ; Stéphanie d’Oustrac, Femme affligée/Nymphe de la Seine/Diane/Thétis/Deuxième Ombre. Chœur de Chambre de Namur (direction : Jean Tubéry), La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, direction : Jean-Claude Malgoire.

Lully sous la direction de

Le texte de présentation, extrait du livre consacré à Jean-Claude Malgoire par les éditions Symétries, explique bien sa relation passionnée depuis plus de quarante ans avec Alceste de Lully. De cette tragédie lyrique qu’il est pratiquement le seul à défendre depuis qu’il l’a exhumée, il a déjà réalisé deux enregistrements, l’un en 1975 (CBS), époque expérimentale, où la connaissance du style lulliste était encore tâtonnante, l’autre en 1992 (Auvidis), mieux informé stylistiquement, mais affaibli par un plateau vocal inégal.

Pour cette nouvelle exécution, l’Atelier lyrique de Tourcoing a choisi une version de concert, solution dictée par les contraintes budgétaires, mais qui permet en compensation de réunir une distribution vocale de très haut niveau, composée de chanteurs qui ont tous des liens assez forts avec la scène tourquennoise. Dans ce plateau, tout n’est certes pas parfait, mais il n’y a aucune contre performance notable, et l’ensemble est très cohérent, maîtrisant très bien le style de chant et les règles de la prosodie.

Parmi les moins enthousiasmants, , chant noble et châtié, incarnant un Alcide sombre, désabusé et sanguin, mais aux graves fuyants et à la voix abîmée. qui incarne plusieurs rôles débute avec un grave trémulant et une ligne vocale floue, puis gagne en aisance tout le lng de la soirée. met lui aussi un peu de temps à se chauffer, mais l’émission charbonneuse et vibrée du début fait bientôt place à un chant agile et autoritaire, se permettant quelques graves de belle facture. Prestation très digne de Jean Delescluse, la voix malheureusement blanche et pauvre en harmoniques, tandis que Bernard Deletré, un peu fatigué en Lycomède, est un Charon assez désopilant. James Oxley, est un ténor à l’élocution très soignée malgré un léger accent british, tandis que le suave Simon Edwards, remplaçant Kobie Van Rensburg initialement prévu, a une émission assez nasale et des aigus manquant de consistance, mais son chant est élégant et émouvant, et sa diction française parfaite.

Enchaînant les silhouettes, Stéphanie d’Oustrac lance quelques aigus voilés, mais sa présence incendiaire, sa vocalité impérieuse et l’étoffe sombre de son timbre rendent chacune de ses apparitions palpitantes. Excellente également, et très sollicitée, la jeune incarne un Céphise délurée et séduisante, au timbre cristallin, aux vocalises pleines de panache et de couleurs, mais parfois un peu fâchée avec la justesse. a un rôle un peu trop court pour pleinement profiter de la richesse de son timbre corsé et de la subtilité de son chant. Enfin, dans le rôle-titre, est majestueuse, superbe de classe, parfaite de diction, et dispense une émotion à fleur de peau dans son magnifique duo avec Admète agonisant.

Le Chœur de chambre de Namur sort d’une période très chargée, durant laquelle il est parti en tournée avec le Messie de Haendel/Mozart, on pourrait le croire fourbu, mais de nombreux chanteurs ont été remplacés parmi le chœur qui se produisait quelques jours plus tôt à Namur, et la prestation d’ensemble est très réjouissante, par la clarté de la diction, par l’attention apportée à l’expressivité, et par l’éclat de timbres très individualisés.

La Grande Ecurie est avec la musique du Grand Siècle dans son répertoire le plus naturel : beauté des sonorités, sûreté et naturel du jeu d’ensemble, efficacité du soutien d’un continuo abondant : rien à reprocher à cet ensemble, si ce n’est des flûtes assez fébriles. Jean Claude Malgoire dirige son orchestre avec science et élégance, mettant l’accent sur la douceur et l’élégie. On aimerait un peu plus de tension et de flamme dans les deux derniers actes, qui ont un peu tendance à s’essouffler. Le prologue et les scènes de bataille sont par contre très bien réussis.

Soulignons pour terminer les vertus d’un public moins nombreux qu’à l’habitude, mais excellemment attentif et discret, il a lui aussi participé à la réussite de cette très belle Alceste, qui n’a aucunement souffert de l’absence de mise en scène.

Crédit photographique : © : DR

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Tourcoing, Théâtre municipal. 16-III-2006. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Alceste, tragédie en musique en un prologue et cinq actes sur un livret de Philippe Quinault. Avec : Nicolas Rivenq, Alcide ; Véronique Gens, Alceste ; Simon Edwards, Admète ; Judith Gauthier, Céphise/La Gloire/ Première Ombre ; James Oxley, Lychas/Alecton/Apollon/Premier Triton ; Renaud Delaigue, Straton ; Bernard Deletré, Lycomède/Caron ; Alain Buet, Pluton/Eole/Homme désolé/Cléante ; Jean Delescluse, Phérès/Second Triton ; Hjördis Thébault, Proserpine/Nymphe de la Marne/Nymphe des Tuileries/Troisième Ombre/Petit Chœur ; Stéphanie d’Oustrac, Femme affligée/Nymphe de la Seine/Diane/Thétis/Deuxième Ombre. Chœur de Chambre de Namur (direction : Jean Tubéry), La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, direction : Jean-Claude Malgoire.

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