Concert de gala pour le 50e anniversaire de la réouverture du Staatsoper

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : ouverture Leonore III, Fidelio ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni ; Richard Strauss (1864-1949) : Der Rosenkavalier, Die Frau ohne Schatten ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : Aida ; Richard Wagner (1813-1883) : Die Meistersinger von Nürnberg. Avec : Ferrucio Furlanetto, Edita Gruberova, Thomas Hampson, Ildiko Raimondi, Boaz Daniel, Michael Schade, Soile Isokoski, Angelica Kirchschlager, Genia Kühmeier, Georg Tichy, Nadia Krasteva, Violeta Urmana, Franz Grunheber, Johan Botha, Agnes Baltsa, Placido Domingo, Bryn Terfel, Falk Struckmann, Deborah Polaski, Ricarda Merbeth, Walter Fink, Herwig Pecoraro. Chœur et orchestre du Wiener Staatsoper, direction : Seiji Ozawa, Zubin Mehta, Christian Thielemann, Daniele Gatti, Franz Welser-Möst. Réalisation : Brian Large. Enregistré le 5 novembre 2005 au Staatsoper de Vienne. Sous-titrage français inclus. 2 DVD Euroarts 2054929. 188 mn.

 

Voilà une soirée comme peu de théâtres lyriques du monde peuvent en offrir, en dehors du Met. Le seul descriptif du contenu donne le vertige. Cinq des plus grands chefs du monde se relayaient le 5 novembre dernier pour fêter le 50e anniversaire de la réouverture du Staatsoper viennois. Touché par les bombardements le 12 mars 1945, il fallut dix ans pour qu’il rouvre ses portes le 5 novembre 1955. Pour preuve de l’affection des Viennois envers leur opéra, plus du dixième du budget consacré alors à la reconstruction des bâtiments officiels autrichiens fut alloué au Staatsoper.

Au programme du gala 2005, des extraits des six premiers opéras exécutés dès novembre 1955. Le réalisateur intercale de temps en temps des photos des affiches et des chanteurs de l’époque. Les discours des officiels, que nous avions entendus en novembre dernier, ont été évidemment enlevés des présents DVD. Quelques morceaux permettent à l’orchestre de briller seul : l’ouverture Leonore III dirigée par ou le Prélude des Maîtres chanteurs par . Le chœur intervient plus épisodiquement mais de manière magistrale. Ces forces stables offrent un écrin pour que la brochette de stars plus ou moins anciennement liées au Staatsoper puisse participer à ce gala. On reconnaît la présence sur scène de quelques chanteurs retirés comme ou Wilma Lipp.

Il est difficile de garder la tête froide et de faire un choix dans cette avalanche où l’émotion et la liesse l’emportent sur le regard critique. Exprimer des réticences peut sembler mesquin.

Au chapitre des réserves, citons un Leporello par Ferrucio Furlanetto un peu lourd ; une Zerlina de Ildiko Raimondi séduisante mais un peu traqueuse ; un dont le bas médium ou le grave sont évidés et ternis ; un ut du Nil par qu’on aimerait entendre piano ; une Baltsa-Amneris à la limite du cri rauque à la fin de son duo ; un Placido Domingo ne pouvant plus chanter toutes les notes de Radamès (un si-bémol aigu a disparu, masqué dans un cri « dramatique ») ; une Deborah Polaski un peu courte dans l’aigu.

Mais si l’on juge la soirée dans son ensemble, tout cela n’est que broutille. conserve dans son Non mi dir une voix que bien des consœurs plus jeunes peuvent lui envier. Du finale de l’acte I de Don Giovanni citons un trio des masques par , et de haute tenue.

L’émotion monte d’un cran dans le final du Rosenkavalier avec le trio très équilibré que forment Angelica Kirchschlager, et sous la baguette de . Le public est sur un nuage.

Seul représentant italien, Verdi, avec l’acte III de Aida. y est superbe de timbre, de phrasé ; est un Amonasro percutant et Johan Botha un Radamès musical en parfait accord avec sa partenaire. Une partie de la réussite de cet acte du Nil revient à la direction de alliant velours et vigueur. La tension dramatique monte encore d’un cran, s’il est possible, avec la scène 1 de l’acte IV entre Agnès Baltsa, toutes griffes dehors, et Placido Domingo bête de scène qu’on connaît. Le public délire.

Fortement applaudi, le Hans Sachs de (Was duftet doch der Flieder). Puis prend le relais pour un finale assez jubilatoire de La Femme sans ombre avant de rendre la baguette au directeur musical du Staatsoper pour le finale de Fidelio. La fête ne serait pas aussi belle si nous n’avions sur scène un orchestre du Staatsoper des grands soirs, un moteur luxueux se pliant aux cinq baguettes avec une facilité confondante.

Au-delà des aléas du direct (au studio on retoucherait quelques détails), cette soirée est émouvante par ce qu’elle traduit de l’attachement d’une ville et d’une nation pour la musique.

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