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Rameau sous la direction de Jean-Claude Malgoire, Les Indes ronronnantes

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Tourcoing, Théâtre municipal. 05-V-2006. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Les Indes galantes, opéra-ballet en un prologue et quatre entrées sur un livret de Louis Fuzelier. Avec : Liliana Faraon, Amour et Fatime ; Salomé Haller, Hébé, Emilie et Zima ; Cyrille Gerstenhaber, Phani et Zaïre ; Cyril Auvity, Valère, Tacmas et Damon ; James Oxley, Carlos et Adario ; Nigel Smith, Bellone et Huascar ; Alain Buet, Osman, Ali et Alvar. Chœur de Chambre de Namur, La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, direction : Jean Claude Malgoire.

Pour des raisons budgétaires, l’Atelier Lyrique de Tourcoing a proposé l’essentiel de ses productions de l’année en version de concert. Cela n’a pas nui à l’intérêt et à la qualité des soirées, les distributions ayant été globalement très soignées, et tant Rinaldo qu’Alceste ont procuré de grandes joies musicales. Nous serons un peu moins enthousiasmé par le dernier concert, Les Indes galantes, pas pour la réalisation musicale, mais plutôt pour le choix de l’œuvre, une comédie-ballet ne se prêtant pas à la version de concert. Privées de mise en scène et de chorégraphies, Les Indes galantes ont du mal à soutenir l’attention. Le Prologue et les deux premières entrées sont digestes, mais les deux entrées suivantes passent mal, la troisième surtout, malgré des coupures drastiques, parait interminable, et il aurait été à notre avis préférable de choisir une tragédie lyrique, genre qui a plus de substance et qui peut mieux se passer de mise en scène. Ces réserves posées, il faut cependant reconnaître que le concert, sans être inoubliable, fut d’un bon niveau musical.

En haut de la distribution, le baryton , un chanteur qui ne cesse de nous impressionner à chacune de ses apparitions à Tourcoing. Le timbre est brillant, la projection parfaite, la tessiture très étendue, malgré des graves qui manquent un peu d’assise et de couleurs, la diction française est irréprochable, la vocalisation souple et harmonieuse. Il est dommage qu’on l’entende relativement peu, mais il a le temps de ne faire qu’une bouchée du martial « la gloire vous appelle… » du Prologue, et son Huascar est tout à fait convaincant. L’autre baryton de la soirée, très sollicité, est , comme toujours stylé, à la diction mordante et à la présence théâtrale indéniable, ce qui compense un timbre assez grisâtre et monotone. semble de trop petit format pour chacun de ses rôles. Le chanteur est toujours élégant, le timbre est doux et fragile, mais il produit des sons parfois très étranges dans l’aigu, et est régulièrement en problème de justesse. La prestation de James Oxley est plus égale, mais assez atone, et la diction est, inhabituellement, assez pâteuse.

Trois sopranos complètent la distribution. est la plus marquante : mise en difficulté par le rôle d’Hébé dans le prologue, trop léger pour elle, elle réussit par la suite une incarnation très intéressante de l’esclave Emilie, auquel elle apporte toutes les ressources de son tempérament dramatique et de sa voix corsée et puissante, et elle fait de « La nuit couvre les cieux ! » un moment mémorable. Liliana Faraon est la plus discrète, sa petite voix manque un peu de puissance, mais est très jolie. Elle a cependant encore beaucoup à faire pour maîtriser les aigus et la justesse. séduit par la fragilité de son chant et la finesse pointilliste de ses phrasés, mais son étrange tenue aux imprimés psychédéliques, mi-carnaval mi-antiquité, qui va au-delà des frontières habituelles du goût, ne contribue pas à concentrer l’attention des spectateurs sur sa prestation vocale.

Nous avions été très favorablement impressionné par la tenue de la Grande Ecurie lors du dernier concert. Quelques semaines plus tard, c’est la débandade parmi les cordes, acides, maladroites et pas en place. Les vents se comportent très bien, le timbalier Guillaume Blaise montre son allant habituel, et les trompettes sont en bonne forme, sauf un moment de grosse distraction. Jean Claude Malgoire dirige son monde avec sa bonhomie et sa souplesse coutumières. Tout y est, l’esprit et le style, pourtant le chef, élégant mais peu engagé, n’évite pas une certaine monotonie.

La prochaine saison de l’Atelier Lyrique de Tourcoing a été dévoilée dans la brochure de la soirée. Elle nous semble plus équilibrée que la présente, et verra le recours plus fréquent à des productions scéniques. A suivre…

Crédit photographique : © DR

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Tourcoing, Théâtre municipal. 05-V-2006. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Les Indes galantes, opéra-ballet en un prologue et quatre entrées sur un livret de Louis Fuzelier. Avec : Liliana Faraon, Amour et Fatime ; Salomé Haller, Hébé, Emilie et Zima ; Cyrille Gerstenhaber, Phani et Zaïre ; Cyril Auvity, Valère, Tacmas et Damon ; James Oxley, Carlos et Adario ; Nigel Smith, Bellone et Huascar ; Alain Buet, Osman, Ali et Alvar. Chœur de Chambre de Namur, La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, direction : Jean Claude Malgoire.

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