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Maria Golovin de Menotti, un chef d’œuvre de l’opéra du XXe !

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Marseille. Opéra Municipal. 14-V-2006. Gian Carlo Menotti (né en 1911) : Maria Golovin, opéra en 3 actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Vincent Boussard ; décors : Vincent Lemaire ; costumes : Christian Lacroix ; lumières : Alain Poisson. Avec : Nuccia Focile, Maria Golovin ; Eugénie Grünewald, la Mère ; Sophie Pondjiclis, Agata ; Paulo Szot, Donato ; Jacques Lemaire, Docteur Zuckertanz ; Patrice Berger, le prisonnier ; Louis Lemaire, Trottolò. Chœurs de l’Opéra de Marseille (chef de chœur : Pierre Iodice), Orchestre Philharmonique de Marseille, direction : Nader Abbassi

Après plusieurs échecs depuis sa création à Bruxelles en 1958, Maria Golovin de
a fini par rencontrer le succès pour la première fois à Marseille, dans une adaptation française. C’est encore à Marseille que l’opéra est créé cette année en France dans sa version originale cette fois. Maria Golovin est une jeune femme dont le mari, prisonnier de guerre, est sur le point d’être libéré. Elle s’installe donc avec son jeune fils Trottolò en pension dans une villa à la frontière, afin d’y attendre son mari. Le fils de la propriétaire, Donato, aveugle suite à une blessure de guerre, tombe immédiatement amoureux d’elle. La mère ferme les yeux, voyant que son fils est heureux, et commencent pour les amants quelques mois d’un amour passionné sur lequel plane l’ombre du prochain retour du mari. Lorsque ce dernier est libéré, Donato, qui ne supporte pas qu’un autre homme que lui puisse approcher Maria, brandit un revolver contre elle, et demande à sa mère de guider son bras pour la tuer. La mère lui fait viser un endroit vide de la pièce.

La dette à Debussy est évidente, influence que le compositeur a toujours revendiquée, tandis que les développements orchestraux qui font la part belle aux cuivres ne sont pas sans évoquer par moments Richard Strauss. Menotti se fait héritier du vérisme avec ses œuvres qui s’appuient sur des sujets empruntés à la vie de ses contemporains. Sa force est d’avoir composé sur un livret dont l’intrigue, malgré le sujet traité, ne tombe jamais dans le mélodrame. La ligne mélodique est simple et diversifiée, avec plusieurs incursions que sont les chants qui parviennent du camp des prisonniers, la musique de l’orchestre que Maria a invité pour la fête en l’honneur du retour de son mari ou encore la barcarolle italienne (dans la grande tradition de l’aria italienne insérée dans l’opéra, comme dans Der Rosenkavalier par exemple). Le drame intimiste témoigne d’un art achevé du récitatif en « parlar cantando » en alternance avec de grands moments de lyrisme comme les duos entre Maria et Donato, qui ponctuent l’opéra. Un des sommets de la partition est le trio des femmes à l’acte II et leurs propos sur l’existence des femmes. Elles trois qui avaient toutes les raisons de se détester se retrouvent là dans une même situation, et évoquent leur condition de femmes dans ces temps de guerre pendant que Donato commence à perdre l’esprit et errer sur scène. Le compositeur tenait à ce que l’opéra n’ait pas d’époque ni de lieu déterminés. Les didascalies n’indiquent qu’une villa près d’une frontière dans un pays d’Europe, peu de temps après une récente guerre. On peut toutefois légitimement penser aux lendemains de la première Guerre Mondiale. La direction d’acteurs de est sobre et juste, pleine de détails qui en assurent la crédibilité, comme les murs salis à hauteur de main d’homme car Donato les touche pour se repérer. Le metteur en scène donne à voir l’après-guerre et ses blessures, les « sentiments exacerbés par des situations extrêmes ». On s’explique aujourd’hui difficilement l’échec original et la sécheresse de la critique, tant l’œuvre est émouvante. Le livret a lui seul est de premier intérêt. Il a la simplicité et la force des nouvelles de Mérimée. Il en a le dénouement implacable aussi.

Cette superbe production de l’opéra de Marseille est servie par une belle distribution, à commencer par , baryton au timbre superbe qui sait incarner parfaitement Donato, personnage lunaire et écorché vif. Le comédien ne le cède en rien au chanteur et son enfermement dans la jalousie et sa descente progressive vers la folie sont particulièrement crédibles. Le trio féminin est tout aussi bien distribué : , voix très riche et coloration chatoyante, fait de Maria un personnage des plus attachants. Son beau médium lui assure un chant sans défaut, tout au long de la représentation. Très différente vocalement, fait preuve d’une voix puissante et claire dans son rôle d’Agata. Eugénie Grünewald, très applaudie, incarne un magnifique personnage de mère. La direction de Nader Abbassi appelle les éloges, pour peu bien sûr qu’on puisse la comparer, au vu de la rareté de l’œuvre dans les programmations des maisons d’opéra.

Les costumes de ne sont pas là pour ajouter un nom célèbre sur l’affiche mais témoignent d’un superbe travail artistique. Il ne donne pas dans la luxuriance des costumes, il habille par exemple la mère et Agata très simplement. Du moins pas avant le troisième acte où Maria porte une somptueuse robe de soirée, comme le veut le livret.

Cette œuvre fascinante a bénéficié d’un excellent travail de réhabilitation de l’Opéra de Marseille. On aimerait la voir captée pour le DVD, diffusée, et plus souvent programmée !

L’opéra a été enregistré durant cette représentation du 14 mai et sera diffusé sur France Musique le 17 juin 2006 à 19h.

Crédit photographique : © Christian Dresse

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Marseille. Opéra Municipal. 14-V-2006. Gian Carlo Menotti (né en 1911) : Maria Golovin, opéra en 3 actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Vincent Boussard ; décors : Vincent Lemaire ; costumes : Christian Lacroix ; lumières : Alain Poisson. Avec : Nuccia Focile, Maria Golovin ; Eugénie Grünewald, la Mère ; Sophie Pondjiclis, Agata ; Paulo Szot, Donato ; Jacques Lemaire, Docteur Zuckertanz ; Patrice Berger, le prisonnier ; Louis Lemaire, Trottolò. Chœurs de l’Opéra de Marseille (chef de chœur : Pierre Iodice), Orchestre Philharmonique de Marseille, direction : Nader Abbassi

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