Myung-Whun Chung dirige une distribution de rêve

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Saint Denis. Basilique. 9-VI-2006. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Requiem. Angela Brown, soprano ; Béatrice Uria-Monzon, mezzo-soprano ; Rolando Villazón, ténor ; Roberto Scandiuzzi, basse. Chœur de Radio France (chef de chœur : Alfonso Caiani). Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Myung-Whun Chung.

Festival de Saint Denis Requiem de Verdi

C’est un magnifique et émouvant concert que nous a offert le festival avec quatre voix descendues du ciel, un orchestre et des chœurs sublimes sous la baguette fervente de Myung Whun Chung. En 1874, à l’occasion du premier l’anniversaire de la mort de l’écrivain Alessandro Manzoni Verdi écrivit cette bouleversante et magnifique méditation sur l’éternité. Le compositeur voue une immense admiration à l’auteur d’I Promessi Sposi («Les Fiancés»). Il considère son roman comme le reflet d’une vérité qui doit sans cesse guider peintres, poètes et musiciens. Un best-seller publié dans sa version finale en 1840, dans lequel les italiens voient l’exaltation de leur aspiration à se libérer du joug autrichien et qui va devenir la référence de la langue de l’Italie naissante. Verdi est profondément touché par la mort de l’écrivain. Il décide alors, avec l’accord de son éditeur Ricordi et des autorités milanaises, de composer une messe de requiem en son honneur. Il propose de prendre en charge sa publication, le choix des interprètes, l’organisation des répétitions et du concert qu’il dirigera lui-même en l’église Saint-Marc de Milan, une église peu connue choisie pour son espace et son acoustique exceptionnelle. Deux mille personnes assistent à ce premier concert dans une ferveur et une émotion passionnées. Teresa Stolz et Margarita Waldmann qui furent les interprètes d’Aïda et d’Amnéris assurent les parties de soprano et d’alto solo. Le 22 mai 1874, trois jours après l’église, Verdi remonte au pupitre de la Scala de Milan. C’est un nouveau triomphe. Le public, bouleversé, sait reconnaître la beauté, l’inspiration, l’écriture claire et limpide de cette œuvre qui défie le temps. Pas de promesse de béatitude éternelle, pas d’Amen triomphant mais une émotion vivifiante, lucide, un appel à la libération repris sans cesse par chaque voix jusqu’à la dernière note du soprano.

La musique par laquelle prie Verdi exalte, choque, apaise et s’adresse avant tout aux vivants. On y trouve douceur, harmonie, consolation. Verdi ne cherche ni le dépouillement ni l’austérité mais nous offre au contraire une musique vivante dont la vague chaleureuse ne cesse de monter en nous. Il reprend le Libera me qu’il a écrit en 1869 pour célébrer l’anniversaire de la mort de Rossini. Un Libera me poignant de ferveur qui constitue l’ossature de l’œuvre. Avec une puissance déchirante, Verdi met tout l’accent sur le Dies Irae, un poème du XIIIe siècle écrit par Thomas de Celano, ami de St François d’Assise, dont le quatuor vocal final (Lacrymosa) est l’un des plus beaux qui soient.

A la tête de l’Orchestre Philharmonique et des Chœurs de Radio France, Myung Whun Chung qui connaît le Requiem par cœur donne à l’œuvre toute sa pulsation, sa force dramatique et sa résonance symbolique. Il en dégage toute la lumière et la piété majestueuse et nous fait vivre le passage de l’inquiétude à la lumière et à l’espérance. Des premiers mots Requiem aeternam chantés avec retenue et douceur jusqu’à la fin de ces 90 minutes d’éternité, les chœurs ont été magnifiques d’équilibre et de finesse vocale. Le Dies Irae a résonné de sa puissance et son superbe quatuor vocal a été porté à des sommets de beauté par des solistes admirables.

Le timbre solaire du ténor , adulé du public français à très juste raison d’ailleurs, a ébloui. Sa foi, sa pudeur, sa délicatesse, son émotion, sa souplesse et sa pureté vocale ont fait merveille pour cette œuvre d’éternité et ont bouleversé le public. Ce grandissime ténor a en outre une belle et élégante modestie. a été bouleversante de ferveur délicate et de beauté spirituelle. Loin des modes et des chichis, cette grande chanteuse fait briller ce qu’elle chante avec un respect, une dimension humaine et un sens dramatique qui forcent le respect. Sa voix est un enchantement et son très beau visage rayonne d’une grande lumière intérieure. Angela Brown était poignante de vérité avec le sublime Libera me. On percevait dans sa voix lumineuse des intonations très gospel qui portaient sa voix au plus haut des cieux. La grande basse italienne qui fut un grand Moïse en 1993 au San Carlo de Naples connaissait visiblement l’œuvre sur le bout des doigts car il n’a jamais eu à ouvrir son texte. La force émotionnelle de sa voix au timbre cuivré et chaud a fait merveille.

Dans le cadre de l’action musicale menée par le Festival à l’intention des scolaires, il convient de signaler que la générale du Requiem a été ouverte à 300 collégiens des villes de Plaine-Commune, préalablement préparés.

Crédit photographique : © Félix Broede / DG

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