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XXIVe Festival Musica de Strasbourg : Alt(issim)o

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Strasbourg. Palais du Rhin. 24-IX-2006. Pedro Amaral (né en 1972) : Luminescences pour alto et ensemble ; Luciano Berio (1925-2001) : Naturale, su melodie siciliane pour alto, percussions et voix enregistrée ; Gérard Pesson (né en 1958) : Panorama, particolari e licenza (création mondiale) d’après Harold en Italie d’Hector Berlioz pour alto, voix d’alto et ensemble. Christophe Desjardins, alto ; Coralie Diatkine, voix d’alto ; Ensemble l’Instant Donné.

Soliste de l’InterContemporain et interprète chevronné du répertoire d’aujourd’hui qu’il ne cesse d’élargir par le biais des commandes passées aux compositeurs, l’altiste s’associait, ce dimanche 24 septembre dans le décor antiquisant du Palais du Rhin à Strasbourg, au jeune ensemble L’Instant Donné, voué lui aussi corps et biens à l’écriture contemporaine pour un programme musical autour de l’alto. Maître d’œuvre au sein de l’ensemble, dirigeant parfois de son archet, tient le devant de la scène durant tout le concert, mêlant à l’élégance du geste le timbre soyeux de son instrument et l’intelligence de son jeu. Après Luminescences de – jeune compositeur portugais formé par Emmanuel Nunes – une œuvre dans laquelle les sonorités de l’alto solo sont difractées dans l’ensemble instrumental variant ses couleurs, Naturale, su melodie siciliane de , sollicite l’étroite complicité de et de l’excellent percussionniste de l’Instant donné Maxime Echardour. Sur le principe de l’œuvre mixte, Berio prévoit en contrepoint de la ligne d’alto la diffusion en voix off d’une chanson puisant ses racines dans le fond populaire et authentique du répertoire sicilien. Tenu au départ à distance, l’alto rejoint parfois le modèle populaire pour s’en éloigner de nouveau en de libres digressions mesurant au sein même de l’œuvre les distances somme toute franchissables entre deux mondes apparemment irréductibles, le populaire et le savant. Cet itinéraire sonore dont nous dévoilait l’étrange beauté était accompagné de dessins au crayon noir visionnés sur grand écran qui ajoutaient au tableau populaire le parfum des rues et des chemins.

En deuxième partie de concert et en collaboration avec la Muse en Circuit qui apportait son assistance technique – elle est aussi à l’origine de la commande passée au compositeur – présentait en création Panorama, particolari e licenza, un remix très pessonnien de Harold en Italie pour alto solo d’ revisité par le compositeur à la demande de Christophe Desjardins : un travail de haute virtuosité pour alto solo, voix d’alto et treize musiciens – dont un accordéon – que le compositeur aborde avec beaucoup d’humour et de finesse en procédant, comme il est coutumier, à un travail d’effacement sonore pour ne conserver du matériau d’origine que quelques cernes rythmiques, une bouffée mélodique, éléments reconnaissables qui nous relient à l’œuvre de manière sensuelle et affective sans jamais nous la restituer totalement. La musique parfois « dérape » sur une mesure et par effet de « zoom » en détaille les moindres particules, s’attarde sur une cellule rythmique, fait soudain foisonner tout un monde de souffle et de frottements traversé de gestes furtifs. Savoureuse également la manière de recréer dans la légèreté et la transparence de la matière les bruits de nature avec sifflets et appeaux ou d’ajouter au texte original de Berlioz une mélodie des Abruzzes pour laquelle Coralie Diatkine trouve le grain de voix authentique. « C’est un rapport affectif à l’œuvre qui est donné à entendre, nous dit Martin Kaltenecker, la façon dont un objet s’est installé dans une subjectivité » : une épure d’Harold en Italie.

Crédit photographique : © DR

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