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Une Somnambule somnolente avec Annick Massis et Juan-Diego Florez

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Berlin. Deutsche Oper. 01-X-2006. Vincenzo Bellini (1801-1835) : la Sonnambula, mélodrame en deux actes sur un livret de Felice Romani. Mise en scène : John Dew. Décors : Thomas Gruber. Costumes : José Manuel Vazquez. Avec : Annick Massis, Amina ; Juan Diego Flórez, Elvino ; Arutjun Kotchinian, le comte Rodolfo ; Ditte Andersen, Lisa ; Susanne Kreusch, Teresa ; Hyung-Wook Lee, Alessio ; Jörg Schörner, un notaire. Chœur du Deutsche Oper (chef de chœur : Ulrich Paetzholdt). Orchestre du Deutsche Oper, direction : Daniel Oren.

Cette production de la Sonnambula date de mars 2006. joue sur un kitch décalé : au lever de rideau nous découvrons une grosse vache peinte sur le sol et plusieurs de ses congénères peintes sur les murs. Une montagne de bande dessinée constitue l’arrière plan, tandis qu’une vache postiche attend que Lisa vienne la traire, ce que la soprano fait en marquant la mesure du chœur d’entrée. Les personnages portent le costume suisse contemporain du compositeur. Quelques trouvailles égaient certains chœurs, comme le personnage du notaire cacochyme, voire grabataire que les choristes portent parfois à bout de bras. Le personnage de Lisa délurée et croqueuse d’hommes, est lui aussi plutôt drôle. Le comte ne met pas longtemps à lui ôter son jupon au second tableau !

Ce second degré cohabite avec une interprétation plus fidèle et «naïve» du mélodrame. L’amour des fiancés, la jalousie d’Elvino, le désespoir d’Amina renouent avec le romantisme bellinien. Amina vient chanter sa dernière scène, la cabalette finale exceptée, devant le public, c’est-à-dire sur la rampe faisant le tour de la fosse. Cette proximité avec le public expose davantage la soliste et accentue l’idée d’une Amina fragile, en pleine crise de somnambulisme, coupée de la scène et loin des autres personnages. Mais elle les rejoint pour la liesse finale, après avoir passé une robe de mariée particulièrement «meringue» !

Le chœur chante et joue avec aisance. L’orchestre se plie aux injonctions du chef avec professionnalisme. Le niveau d’un théâtre d’opéra se mesure aussi à la qualité des seconds rôles. Ils sont à la hauteur : notons une Teresa à la voix agréable et non pas trémulante comme on l’entend parfois dans les rôles de mères. est une Lisa piquante, très à l’aise scéniquement ; la voix sonne jeune, verte, les aigus faciles. Arutjun Kotchinian est un Rodolfo au chant nuancé, plus doux qu’autoritaire. Le chanteur semble plus à l’aise dans la nuance piano que forte. L’intention de ne pas forcer peut être louable mais certains passages comme «Tu non sai» manquent par contrecoup un peu d’éclat.

Le couple vedette a réellement conquis les spectateurs berlinois, au point d’obliger ces deux solistes à revenir saluer au milieu de l’action, après leur duo «Son geloso». Juan Diego Florez donne à entendre une voix d’une insolence confondante. La partition pourtant tendue pour le ténor paraît facile. Physique crédible, beauté du timbre, phrasé nécessaire à la ligne bellinienne, aigus victorieux, tout y est, même une légère tendance à s’écouter chanter. Mais on n’ose se plaindre quand la voix est à ce point somptueuse. Un seul exemple suffira à montrer son aisance vocale : Dans «Ah perchè non posso odiarti», non content d’avoir intercalé un contre-ré dans la reprise, le ténor tient comme pénultième note un contre-ut qu’il enchaîne sans respirer avec le si bémol final… qu’il tient sur plusieurs mesures. Le public délire.

faisait ses débuts in loco. La soprano, après un concert de musique française fort apprécié au Concertgebouw d’Amsterdam quinze jours plus tôt, retrouve une héroïne du répertoire italien qu’elle n’avait pas interprétée depuis plusieurs années. On retrouve une artiste attentive aux mots, au contexte, à la ligne de chant. Emouvante et fragile dans son «Ah non credea mirarti», brillante quand la partition l’exige, la soprano parvient à transcender ce rôle quelque peu naïf en assumant justement cette naïveté, toujours au service de la musique.

Reste le problème de la direction de . Passons sur les quelques coupures qui nous privent d’une Somnambula intégrale. Certes ce chef accompagne ses chanteurs avec un soin infini, il les soutient ; le problème est qu’il les écoute… un peu trop. Un chef bellinien doit choyer ses chanteurs mais sans perdre de vue la pulsation interne de cette musique, sans s’alanguir. Malheureusement le chef attend complaisamment ses chanteurs, multiplie les plages de silence à la fin d’une séquence, tombe dans l’excès du rubato… A force de décomposer le tempo, l’idée directrice se perd en route. Bref, cette Somnambule se fait à plusieurs reprises somnolente.

Mais le public ne lui en tient pas rigueur et une ovation tonitruante salue les artistes, notamment les deux rôles principaux qui sont maintes fois rappelés. Vu la foule qui forme la file d’attente pour la séance de dédicace, soprano et ténor ne sont pas au bout de leur peine…

Crédit photographique : © Deutsch Oper Berlin

 

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Berlin. Deutsche Oper. 01-X-2006. Vincenzo Bellini (1801-1835) : la Sonnambula, mélodrame en deux actes sur un livret de Felice Romani. Mise en scène : John Dew. Décors : Thomas Gruber. Costumes : José Manuel Vazquez. Avec : Annick Massis, Amina ; Juan Diego Flórez, Elvino ; Arutjun Kotchinian, le comte Rodolfo ; Ditte Andersen, Lisa ; Susanne Kreusch, Teresa ; Hyung-Wook Lee, Alessio ; Jörg Schörner, un notaire. Chœur du Deutsche Oper (chef de chœur : Ulrich Paetzholdt). Orchestre du Deutsche Oper, direction : Daniel Oren.

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