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Joan Guinjoan, les couleurs de la Catalogne

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Perpignan. Auditorium du conservatoire. 11-XI-2006. Joan Guinjoan (né en 1931) : Barcelona 216 pour ensemble instrumental  ; Concerto pour saxophone et ensemble instrumental ; Acta est fabula, cantate pour mezzo-soprano, ensemble instrumental et support électroacoustique ; El diari pour mezzo-soprano et ensemble instrumental. Radek Knop, saxophone ; Marta Valero, mezzo soprano ; Ensemble instrumental Aujourd’hui Musiques, direction : Nacho de Paz.

Festival Aujourd’hui Musiques

Pour fêter ses quinze ans d’existence, le Festival Aujourd’hui Musiques fait revivre certains moments forts des éditions précédentes et réaffirme les liens noués durant de nombreuses années avec la Catalogne et les compositeurs barcelonais. L’auditorium du Conservatoire accueillait ce dimanche 12 novembre le compositeur catalan qui fête cette année ses 75 ans. Personnalité très attachante du monde musical, pianiste, chef d’orchestre et compositeur, appartient à cette génération de pionniers qui, après la guerre, construisirent les bases d’une nouvelle musique en Catalogne et s’efforcèrent de la diffuser sur la scène européenne.

Ce superbe concert monographique nous permettait d’apprécier diverses facettes de l’univers très éclectique du compositeur, allant de l’écriture exigeante de sa musique de chambre à l’humour débridée d’El diari – les news en catalan – en passant par sa musique concertante et sa contribution à la musique mixte.

Barcelona 216 pour ensemble instrumental, une des œuvres les plus significatives du compositeur dans le domaine de la musique de chambre – on se souvient encore de sa création dans ce même Festival en 1995 – bénéficie aujourd’hui d’une interprétation idéale et totalement maîtrisée, rendant compte de la complexité des combinaisons sonores dans un foisonnement multicolore. Saluons l’investissement et la pertinence de la direction de , tout jeune chef récemment nommé assistant de l’Ensemble Modern de Francfort, obtenant de ses interprètes précision du geste et fluidité du discours musical. Venu sur scène pour présenter chacune de ses œuvres, précise qu’entre autres influences, celle du jazz est venue bien souvent aiguillonner son inspiration et lui suggérer sans doute l’idée d’un concerto pour saxophone brillamment interprété ce soir par l’Ensemble instrumental Aujourd’hui Musiques et l’excellent , professeur au CNR, qui allait tirer d’un rutilant sax baryton tout le potentiel acoustique et la puissance sonore d’un tel instrument. Rappelons tout de même que l’œuvre, donnée en création française, est originellement écrite pour le basson et transcrite par le saxophoniste en une version qui, au dire même du compositeur, semble mieux servir l’aspect véloce et l’éclat virtuose de l’écriture. Entre les deux mouvements extrêmes favorisant les tensions rythmiques accusées par les couleurs sombres, un rien rugueuses du baryton, s’empare du saxophone ténor pour chanter dans un registre beaucoup plus suave, avec un timbre qu’il sait peaufiner à l’extrême, une mélodie populaire qui nous met à l’écoute de ce merveilleux instrumentiste imposant au sein de l’ensemble sa ligne mélodique molto legato e teneramente.

Les deux œuvres qui terminaient le concert sollicitaient la voix de mezzo soprano de . Acta est fabulae, conçue à l’origine comme un Hörspiel, pour une retransmission radiophonique, était donné ce soir sous forme d’œuvre mixte pour voix soliste, ensemble instrumental et support électroacoustique. La voix « off » du récitant – celle du pianiste – procédant à un traitement phonétique du texte fait entendre des extraits de « Pensées pour moi-même » de Marc Aurèle et déclenche des réactions en chaîne de l’ensemble instrumental auquel s’oppose la voix chantée dans un climat de tension dramatique entretenue par l’étonnante présence vocale et scénique de .

On la retrouve sur le devant de la scène dans la dernière œuvre El Diari, distillant avec beaucoup d’humour et un vrai talent de comédienne les nouvelles du jour sur un texte original du poète catalan Josep M. Espinas. Utilisant toutes les ressources sonores de l’appareil vocal qui va susciter des commentaires instrumentaux, Joan Guinjoan laisse aux interprètes une part de libre improvisation dans le jeu par le biais d’une écriture « entr’ouverte » donnant à cette « action sonore » un relief et une tonicité très communicative.

Deux autres concerts monographiques, celui de et de Josep Maria Mestres Quaderny viennent compléter le portrait de cette riche école barcelonaise et mêler ses couleurs catalanes aux sonorités multiples de ce festival.

Crédit photographique : © DR

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Perpignan. Auditorium du conservatoire. 11-XI-2006. Joan Guinjoan (né en 1931) : Barcelona 216 pour ensemble instrumental  ; Concerto pour saxophone et ensemble instrumental ; Acta est fabula, cantate pour mezzo-soprano, ensemble instrumental et support électroacoustique ; El diari pour mezzo-soprano et ensemble instrumental. Radek Knop, saxophone ; Marta Valero, mezzo soprano ; Ensemble instrumental Aujourd’hui Musiques, direction : Nacho de Paz.

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