Concerts, La Scène, Musique symphonique

« La mer, la mer, toujours recommencée… »

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Dijon, Auditorium. 05-II-2007. Vincent d’Indy (1851-1931) : Diptyque méditerranéen pour orchestre. Ernest Chausson (1855-1899) : Poème de l’Amour et de la Mer, pour mezzo-soprano et orchestre op. 19 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Une barque sur l’océan ; Claude Debussy (1862-1918) : La Mer, trois esquisses symphoniques. Sophie Koch, mezzo-soprano ; Orchestre Philharmonique du Luxembourg, direction : Emmanuel Krivine.

Un OPL pouvant en cacher un autre, et pour éviter toute confusion, nous dirons que, pour cette soirée doublement à thème : musique française d’inspiration marine, le public dijonnais (après Grenoble et Paris), est convié à embarquer à bord de l’OPLux ; un fort beau navire, ma foi, dont le commandant Krivine a récemment (septembre 2006) pris la barre, pour une croisière qu’on lui souhaite longue et fructueuse. Et si, dans cette perspective, un détail ne trompe pas, c’est bien la parfaite entente qui semble régner entre l’équipage et le commandant de bord….

La pièce de d’Indy qui ouvre le programme, ce Diptyque méditerranéen, n’évoque pas forcément, pour le mélomane ou l’auditeur d’un soir, la baie d’Agay vue du Rastel (puisque telle est l’inspiration déclarée du compositeur), sur la Côte d’Azur varoise. On eût – naïvement – imaginé plus évidente sérénité… » Ce toit tranquille où marchent des colombes », plus éclatante lumière aussi. Mais la probité de l’orchestre tout autant que la bonne volonté de l’auditeur, parmi les détails qui font le raffinement de la partition, n’excluent pas la perception d’éléments propres à la thématique : tel clapotis de vagues contre les rochers, coup de vent soudain ou chant des cigales dans les senteurs de garrigue (!). Cela dit, le plus gros mérite du choix de cette pièce dans le programme, bien rarement jouée en concert, est justement de la faire connaître…. On aura apprécié, au passage, la belle sonorité des pupitres de cordes et la sûreté des vents (beau solo de cor, entre autres, cueilli « à froid », d’entrée).

L’œuvre de Chausson, peut-être la plus jouée du compositeur, aujourd’hui (mais davantage dans sa version voix / piano que celle avec orchestre), ce Poème de l’Amour et de la Mer, aura donné à bien des voix illustres (Norman, Ferrier, Los Angeles, Souzay…) l’occasion d’en exprimer les qualités. Ce n’est pas que faillisse à cette intention : belle présence, voix ample et timbre d’intense sensualité, aux inflexions tout à fait adaptées à ce texte fortement teinté de regrets et de désespérance. Mais solitaire et fragile voile blonde et pourpre, portée par une mer orchestrale qui la laisse trop souvent au creux de la vague, elle peine quelque peu à affirmer son sillage ; d’autant que l’articulation (mollesse des consonnes) n’est pas parfaite. Dommage…. Quels beaux moments cependant que les deux derniers volets du cycle : Le vent roulait les feuilles mortes et Le temps des lilas !

La version orchestrale d’Une barque sur l’océan de Ravel dont, paraît-il, le compositeur se serait après-coup repenti, et qui ouvre la seconde partie du concert, ne manque cependant pas de séduction. De la partition originale pour piano, version toute de subtilités quasi « aquarellesques », ce serait en somme, picturalement parlant, la transposition « huile sur toile », aux tons plus francs, aux traits plus épais. Krivine et l’OPLux en soulignent (peut-être trop explicitement ?) la variété rythmique, les contrastes de timbres au détriment des alliances ; ce qui aboutit à l’impression d’une interprétation plus « heurtée » qu’à l’ordinaire.

C’est de La Mer, de Debussy (mais c’est aussi, on s’en doute, la pièce la plus attendue) que viendra la plus grande satisfaction. De ce festival marin de sons et lumières générant mystère, mouvements et tumulte, il nous est donné d’entendre une interprétation des plus convaincantes : fluidité et souplesse des phrasés, parfaite conduite des contrastes de dynamique. Krivine s’emploie à obtenir de son orchestre le juste équilibre entre l’évocation poétique (magie du miroitement de l’élément liquide, sombre alchimie des éléments mêlés) et la traduction plus prosaïque des données « objectives » (la houle, la majestueuse gradation lumineuse, les dialogues orageux). L’orchestre fait montre d’une belle homogénéité, tant dans les tons pastels de climax allégés que dans les flamboiements cuivrés. Toutes les interventions solistes sont propres, sans bavure. Au final : de la belle ouvrage ! Comme on dit populairement, et comme on aime en entendre en concert. C’est dire que le public de l’auditorium ne ménage pas ses applaudissements à cet orchestre séduisant et à son chef, toujours bien accueilli ici. , en retour dit le plaisir tout particulier qu’il éprouve à se produire en ce lieu et à y retrouver un public – et des amis – qu’il affectionne.

Le concert, commencé avec d’Indy, l’élève, s’achève (en bis) par une pièce de César Franck, le maître : un fragment – le N° IV– Psyché et Eros, de son poème symphonique Psyché, vraisemblablement inspiré du Roméo et Juliette de Berlioz. La mer ? Certes ; mais l’amour, donc… ? L’amour, toujours, l’amour… !

Crédit photographique : © DR

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Dijon, Auditorium. 05-II-2007. Vincent d’Indy (1851-1931) : Diptyque méditerranéen pour orchestre. Ernest Chausson (1855-1899) : Poème de l’Amour et de la Mer, pour mezzo-soprano et orchestre op. 19 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Une barque sur l’océan ; Claude Debussy (1862-1918) : La Mer, trois esquisses symphoniques. Sophie Koch, mezzo-soprano ; Orchestre Philharmonique du Luxembourg, direction : Emmanuel Krivine.

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