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Avignon. Opéra-Théâtre. 15-IV-2007. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Fidelio, opéra en deux actes sur un livret de Joseph Sonnleithner. Mise en scène : Jean-Claude Auvray. Décors : Bernard Arnould. Costumes : Chiara Donato. Lumières : Philippe Grosperrin. Avec : Janice Baird, Leonore (Fidelio) ; John Keyes, Florestan ; Anne-Catherine Gillet, Marzelline ; Werner Van Mechelen, Don Pizarro ; Nicolas Cavallier, Rocco ; Jean Teitgen, Don Fernando ; Florian Laconi, Jaquino  ; Samuel Oddos, David Roubaud, deux prisonniers ; Jean-Christophe Bot, le capitaine. Chœur de l’Opéra de Toulon-Provence-Méditerranée (chef de chœur : Catherine Alligon), Chœur de l’Opéra- Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse (chef de chœur : Stefano Visconti). Orchestre Lyrique de Région Avignon Provence, direction : Emil Tabakov.

Fidelio

On eût pu craindre le pire. On eut le meilleur. Faire le pari de Fidelio, seul opéra de Beethoven, est à bien des titres une gageure, une audace qui ne peut que se désigner à la vindicte céleste. Or, de vindicte céleste, en ce mois d’avril 2007 à l’Opéra-Théâtre d’Avignon il n’y eut point. De vindicte des spectateurs, si. Du moins lors de la première représentation, le dimanche 15 avril. Et c’est là qu’intervient toute la dimension humaine de la scène, et qui en fait une œuvre fragile à souhait, toujours vulnérable. Lors de la générale, en effet, les mille spectateurs – dont nous étions – étaient restés littéralement sous le charme : un pur chef-d’œuvre se dévoilait à leurs yeux et leurs oreilles. Les moins enthousiastes étaient eux-mêmes, malgré tout, très positifs. Fallait-il donc qu’il y eût des ondes maléfiques deux jours plus tard dans cette même salle !

Certes, on eût pu effectivement craindre le pire. Le long déguisement, muet, silencieux, de Léonore en Fidelio devant le rideau avait des relents de mauvais Brecht. Le décor de , en lever de rideau, avec ses hauts murs blafards sans âge, pouvait représenter n’importe laquelle des prisons présentes ou passées, nazie, tchétchène, cubaine, tout autant que nos enfermements intérieurs. Il pouvait donc devenir totalement insipide à force de didactisme assumé. Et les éclairages, blafards, jusqu’à la quasi-obscurité pour le cachot du deuxième acte, avaient de quoi glacer le sang.

Et pourtant le mélange a « pris », et dès le premier acte, les choix du metteur en scène, qui a officié à plusieurs reprises aux Chorégies d’Orange, se sont révélés être les seuls possibles. Des hauts murs gris-bleu du premier acte au cachot du deuxième acte, tout est totalement pertinent ; ainsi que la scénographie, sobre et efficace, de (le metteur en scène exprime volontiers, en entretien, les difficultés de ces métaphores, toujours actuelles, de toute forme d’oppression) et les lumières, froides et belles, de Philippe Grosperrin.

Émettons toutefois quelques réserves : les uniformes des gardes, mi-nazis mi-mussoliniens ou soviétiques, conçus par Chiara Donato, péchaient peut-être par un dogmatisme trop appuyé. La solide morphologie du ténor américain, par ailleurs, ne rendait pas très crédibles les privations et les sévices prétendument subis depuis deux années. Enfin la voix de la soprano (rôle-titre) manquait de volume dans les ensembles. Pour autant, ces réserves ne sauraient entacher l’éclatante réussite globale : quelque chose d’homogène et d’intelligent, pur et solide. Des deux femmes d’abord. Les solos, voire les duos, mettaient pleinement en valeur la belle expressivité de Léonore/Fidelio ; (Marzelline), soprano lyrique, fort à l’aise du début à la fin, a montré, elle, dans son timbre, à la fois vigueur et légèreté, et a été fort applaudie ; c’était pour elle, à la fois prise de rôle et « première » en Avignon. Les hommes ne déparaient pas, tant s’en faut. (Rocco, le gardien-chef de la prison), avait dans la voix la puissance convaincante, et John Keyes (Florestan) une expressivité d’excellence ; ce ténor n’a-t-il pas été qualifié récemment par Grammophone de « Rolls Royce des voix lyriques actuelles » ? Et en Jaquino, qui se produit régulièrement à Avignon et qui a été nominé dans la catégorie « Révélation Artiste Lyrique » des XIIIèmes Victoires de la Musique classique en février 2006, s’est montré aussi vibrant acteur que ténor coloré.

Le finale, rarement joué, qui annonce le chœur de la Neuvième Symphonie et cite l’Ode à la joie de Schiller, répond en écho à la scène inaugurale, à laquelle il donne alors une toute autre dimension. Devant le rideau, des femmes viennent une à une écrire, sur un mur, le mot « liberté » en toutes les langues. Envers et contre tout. L’orchestre et le chef contribuent pour une bonne part au succès de l’œuvre. L’Olrap était placé sous la direction de , actuellement directeur musical de l’Orchestre de Bilkent (Turquie), et qui s’est montré à la fois souple et ferme avec les musiciens, mais tout particulièrement attentif aux chanteurs.

En dépit des réserves, voire critiques suscitées, nous osons affirmer pour notre part, avoir été nombreux à nous délecter de cette réussite, d’une grande pureté et d’une force indiscutable.

Crédit photographique : © Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse

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Avignon. Opéra-Théâtre. 15-IV-2007. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Fidelio, opéra en deux actes sur un livret de Joseph Sonnleithner. Mise en scène : Jean-Claude Auvray. Décors : Bernard Arnould. Costumes : Chiara Donato. Lumières : Philippe Grosperrin. Avec : Janice Baird, Leonore (Fidelio) ; John Keyes, Florestan ; Anne-Catherine Gillet, Marzelline ; Werner Van Mechelen, Don Pizarro ; Nicolas Cavallier, Rocco ; Jean Teitgen, Don Fernando ; Florian Laconi, Jaquino  ; Samuel Oddos, David Roubaud, deux prisonniers ; Jean-Christophe Bot, le capitaine. Chœur de l’Opéra de Toulon-Provence-Méditerranée (chef de chœur : Catherine Alligon), Chœur de l’Opéra- Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse (chef de chœur : Stefano Visconti). Orchestre Lyrique de Région Avignon Provence, direction : Emil Tabakov.

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