La Scène, Opéra, Opéras

Une tragédie à l’antique

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Dijon. Auditorium, 9-V-2007. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madame Butterfly, tragédie japonaise en trois actes sur un livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa d’après une pièce de David Belasco. Mise en scène : Michel Fau. Décors : Claude Stephan. Costumes : David Belugou. Lumières : Joël Fabing. Avec Marie-Paule Dotti, Madame Butterfly ; Carlo Guido, B. F. Pinkerton ; Sabine Garrone, Suzuki ; François Harismendy, Sharpless ; Eric Vignau, Goro ; Antoine Garcin, l’oncle bonze, le commissaire ; Eric Perez, le prince Yamadori ; Valentin Normand, l’enfant. Chœur et orchestre du Duo-Dijon (chef de chœur : Bruce Grant), direction : Claude Schnitzler.

Madame Butterfly

Pour parler comme le Michelin, on pourrait dire sans hésitation : vaut le voyage ! En effet, que ce soit sur le plan de la distribution, de la mise en scène ou de la direction musicale de cette nouvelle production, pas un bémol ne viendrait assombrir l’appréciation.

Certes le rôle de Madame Butterfly est un rôle écrasant, tant sur le plan de la performance physique que sur celui de la vocalité. Mais a réellement charmé nos oreilles de sa voix souple et ronde et elle est apparue comme une actrice de talent qui sait retenue garder dans ce qui peut apparaître de prime abord comme un sombre mélodrame. campe avec efficacité un colonialiste inconséquent et sa voix ample, tout à fait adaptée au répertoire puccinien se marie admirablement à celle de sa partenaire et à la pâte orchestrale. , , des habitués du Duo Dijon, ne nous ont pas déçus non plus. On peut aussi donner une mention spéciale à ainsi qu’à Sabine Garrone ; celle-ci a su donner au rôle de Suzuki, qui s’étoffe au cours des trois actes, une forte consistance dramatique et celui-là chante bien, avec souplesse, le rôle du diplomate.

La mise en scène n’est en aucun cas pesante. Elle sait évoquer le mode de vie du Japon ancien grâce à de sobres décors et à des costumes colorés assez authentiques sans se complaire dans la « japoniaiserie » si fréquente à l’époque. Enfin, a su mettre en valeur l’orchestration expressive de Puccini, qui sert si bien les chanteurs tout en accentuant le côté poétique du texte.

Le livret de cet opéra peut sembler aujourd’hui excessivement dramatique et connoté « fin de siècle ». Un affreux aventurier colonial se marie à la mode japonaise avec une geisha alors que celle-ci, innocente à la recherche du père, espère un véritable amour légalisé à la mode américaine : cette histoire peut sembler tirée d’un mauvais roman feuilleton. Mais comme dans La Traviata, cela marche, et nous sortons nos mouchoirs au troisième acte ! Peut-être sommes-nous aussi profondément émus parce que Puccini fait preuve d’une sobriété toute moderne dans l’évocation des derniers moments de son héroïne.

Le monde de l’opéra reste un monde de fantasmes où les agissements humains peuvent être crédibles même s’ils sont excessifs ; et la tragédie pressentie puis vécue par Cio-Cio-San sonne ici comme une aventure menée par le destin. Elle est une victime désignée des usages et des conventions et sa fragilité psychologique appelant toutes les catastrophes nous rappelle les tragédies littéraires et musicales conformes à la tradition antique. Sa passion hors normes et idéalisée la conduit à la mort quand elle se trouve confrontée brutalement à la réalité : c’est bien là le moment le plus émouvant, ce troisième acte, où la tendre victime accepte son sort en abandonnant ses rêves. « Que meure avec honneur celui qui ne peut vivre dans l’honneur », dit-elle en se poignardant comme l’a fait son père autrefois.

Les deux librettistes ont su faire monter la pression tout naturellement au cours des trois actes : premier acte, cristallisation de l’amour ; second acte, absence et attente ; troisième acte, catastrophe prévisible. La musique de Puccini soutient d’une façon admirable cette mécanique inexorable par son lyrisme constant, sa fausse simplicité et ses timbres raffinés. Elle évite l’exotisme de pacotille et sait évoquer avec poésie le choc des cultures et l’universalité de la passion.

Crédit photographique : © Hervé Scavone

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Dijon. Auditorium, 9-V-2007. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madame Butterfly, tragédie japonaise en trois actes sur un livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa d’après une pièce de David Belasco. Mise en scène : Michel Fau. Décors : Claude Stephan. Costumes : David Belugou. Lumières : Joël Fabing. Avec Marie-Paule Dotti, Madame Butterfly ; Carlo Guido, B. F. Pinkerton ; Sabine Garrone, Suzuki ; François Harismendy, Sharpless ; Eric Vignau, Goro ; Antoine Garcin, l’oncle bonze, le commissaire ; Eric Perez, le prince Yamadori ; Valentin Normand, l’enfant. Chœur et orchestre du Duo-Dijon (chef de chœur : Bruce Grant), direction : Claude Schnitzler.

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