La Scène, Opéra, Opéras

Jouer au yoyo avec le tragique et le burlesque

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Montréal. Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. 19-V-2007. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) Don Giovanni, dramma giocoso en deux actes, sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène  : René-Richard Cyr. Décors : Pierre-Étienne Locas. Costumes : Marc Sénécal. Éclairages : Claude Accolas. Avec : Aaron St. Clair Nicholson, Don Giovanni ; Neal Davies, Leporello ; Susan Gritton, Donna Anna ; Lyne Fortin, Donna Elvira ; Pascale Beaudin, Zerlina ; John Tessier, Don Ottavio ; Davis Bedard, Le Commandeur ; Joshua Hopkins, Masetto. Chœur de l’Opéra de Montréal. Les Violons du Roy, direction : Bernard Labadie.

Don Giovanni

C’est dans de nouveaux décors, signés , et une distribution de premier plan, que l’Opéra de Montréal clôt sa vingt-septième saison, avec un Don Giovanni aux couleurs contrastées. Il est parfois périlleux de revisiter les grands mythes. Les intentions du metteur en scène, , étaient de mettre en évidence la lutte des clans, la lutte de pouvoirs, afin d’en extraire, disait-il, «la dualité trouble entre ce qui est moral et acceptable et ce qui est immoral, donc à proscrire». Sur ce point, il ne réussit pas à convaincre entièrement. «L’opéra des opéras» ne se laisse pas piéger aussi facilement. Nous restons de glace sur les causes, les motifs et leurs effets ainsi présentés, bref de tous les tenants et aboutissants de la pièce. Pour sa deuxième tentative dans le domaine lyrique, n’est pas parvenu à créer cette dualité entre le prédateur éhonté et ses victimes, à souligner avec la même insistance le drame et le bouffon. Il a joué au yoyo avec le tragique et le burlesque, ce dernier l’emportant plus souvent.

Il n’a pas trouvé de solution idoine aux lois qui conditionnent l’opéra. Il est assez étrange de constater que le Palais du Commandeur soit réduit à quelques ruines dans les bas-fonds d’un quartier minable. Tout le mystère, ce qui constitue l’inconfortable, est trop souvent gommé par la comédie, éclairant seule les parties les plus saillantes de la pièce. Il rate sa cible quand il force sa nature dans le tragique. Le décor campe les personnages avec des costumes victoriens de Marc Sénécal – esthétique inspiré, dit-on, de l’univers anglo-saxon de la fin du dix-neuvième siècle – mais dans un pays dévasté, avec ses lambeaux de briques, de fer, chariots amovibles, et ses cheminées d’usine qui appartiennent à un autre temps.

Du côté des hommes, sur le plan vocal, le Leporello du baryton-basse prend toute la place. C’est lui qui finalement donne sens à la pièce. Témoin et partie prenante du dramma giocoso, il tire les ficelles à sa guise. Son excellente prestation et son sens aigu de la scène agissent du début à la fin. Il est le véritable héros de la soirée. Le Masetto du baryton n’est pas en reste. Il forme un couple charmant avec la Zerlina de la jeune soprano , voix rafraîchissante dans le «Batti batti». Enfin, le ténor , s’il incarne un Don Ottavio crédible, manque quelque peu de nuances dans «Il mio tesoro» du second acte. On pourrait reprocher le manque de véhémence de , dans son air d’entrée, «Ah, chi mi dice mai !» en Donna Elvira, robe rouge flamboyante, mais elle donne par la retenue, le vrai tempérament de la dame abandonnée par l’infidèle. Enfin, l’autre dame, la Donna Anna de restitue un «Non mi dir» de rêve. Le rôle du Commandeur est sans doute la partie la plus faible parmi les protagonistes. De plus, la voix de la basse , ne répond que partiellement aux exigences du rôle. Scéniquement, il a un grave malaise à «se laisser mourir debout», un long moment s’écoule avant qu’il ne repose sur le flanc. Son retour à la scène finale est loin de provoquer en nous quelque effroi. Ne voulait-on pas abolir la figure hiératique du père et par le fait même, tout ce qui constitue le climax de la pièce ? En réduisant le rôle du deus ex machina et son fléau, la vengeance est, à toute fin pratique, néantisée. Enfin, le Don Giovanni du baryton a le physique de l’emploi. En séducteur, il masque ses ardeurs et garde un air dégagé. Mais il distrait plus qu’il ne convainc. Toujours à la limite du superficiel, il est d’autant plus regrettable de l’avoir affublé d’un costume de mafioso, avec veston et chapeau, lunettes de soleil, et à la main, son inévitable couteau. Mais la voix est excellente et son jeu intéressant.

Le chœur de l’OdM se montre une fois encore à la hauteur de la tâche. Les Violons du Roy et leur chef donnent rigueur et force à l’œuvre de Mozart.

Crédit photographique : © Yves Renaud

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Montréal. Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. 19-V-2007. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) Don Giovanni, dramma giocoso en deux actes, sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène  : René-Richard Cyr. Décors : Pierre-Étienne Locas. Costumes : Marc Sénécal. Éclairages : Claude Accolas. Avec : Aaron St. Clair Nicholson, Don Giovanni ; Neal Davies, Leporello ; Susan Gritton, Donna Anna ; Lyne Fortin, Donna Elvira ; Pascale Beaudin, Zerlina ; John Tessier, Don Ottavio ; Davis Bedard, Le Commandeur ; Joshua Hopkins, Masetto. Chœur de l’Opéra de Montréal. Les Violons du Roy, direction : Bernard Labadie.

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