Banniere-ClefsResmu-ok

IIIe Biennale d’art vocal, messages d’Ouverture

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Cité de la Musique. 24-V-2007 Xavier Dayer (né en 1972) : Delights pour huit voix, ensemble et électronique, commande de l’Ircam-Centre Pompidou (CM) ; Ivan Fedele (né en 1953) : Richiamo ; György Kurtag (né en 1926) : Messages de feu demoiselle R. V. Troussova, op. 17. Les Jeunes Solistes (chef de chœur : Rachid Safir) ; Julia Henning, soprano ; Gilbert Nouno, Christophe de Coudenhove, réalisation informatique musicale Ircam ; Ensemble Intercontemporain ; Susanna Mälkki, direction.

Suzanna Mälkki

Dans le cadre de la 3ème Biennale d’art vocal qui se tient du 22 mai au 3 juin à la Cité de la Musique, l’ proposait ce jeudi 24 Mai un concert autour de la voix avec une création de , jeune compositeur genevois entretenant une collaboration active avec les meilleurs ensembles de musique d’aujourd’hui et dont le catalogue compte déjà deux opéras : Mémoires d’une jeune fille triste, créé au Grand-Théâtre de Genève en mai 2005 et Les Aveugles commandé par L’Atelier Lyrique de l’Opéra National de Paris.

Delights donné ce soir en création mondiale nous captive par un travail d’écriture très subtil faisant converger les voix – le très bel ensemble des Jeunes Solistes de Rachid Safir – et les instruments (et les sons de synthèse) vers ce « tournoiement des sens et de la perception » dont parle le compositeur pour introduire un doute quant à la source sonore. Les textes provenant de deux sources – des lettres en français de la religieuse Marianna Alcoforada et des extraits en anglais de Epithalamium de Fernando Pessoa – donnent lieu à un traitement très fin de diversification vocale et instrumentale mise en espace par le dispositif électronique.

était déjà à l’honneur il y a quelques semaines sur le plateau du Centre Pompidou, où l’ nous faisait découvrir les somptueuses sonorités d’Ali di Cantor pour deux formations symétriques. Richiamo pour cuivres, percussions et électronique renvoie au même concept de spatialisation, exploitant ici les effets stéréophoniques – la dynamique du rappel (traduction de richiamo en italien) – obtenus entre deux groupes instrumentaux et la diffusion en six points d’une partie électronique. Une musique qui ne cède pas au spectaculaire, malgré sa référence aux cori spezzati d’Andrea et , mais nous invite à suivre ces trajectoires induites par l’écriture sans parvenir véritablement à cette fusion entre les deux circuits si ce n’est à la toute fin de la pièce.

Messages de feu demoiselle R. V. Troussova op. 17, de György Kurtag pour soprano et ensemble, est désormais « un classique » du compositeur hongrois, répondant en 1980 à une commande de l’Ensemble Intercontemporain et du Ministère de la Culture. Ces 21 lieder extrêmement concis, sur les poèmes autobiographiques en langue russe de Rimma Dalos (on pense au Pierrot Lunaire de Schœnberg, mais ces courts poèmes empruntent davantage au format de l’haïku) répartis en trois volets de longueur inégale, participent de l’esthétique du fragment, chère à Kurtag. La mandoline et le cymbalum dans la formation instrumentale relèvent les couleurs de l’ensemble. Ecrits à l’origine pour la chanteuse Adrienne Csengery, ces vingt et une miniatures n’excédant jamais deux minutes, sont chantées ce soir par la truculente soprano Julia Hemmings qui, sous la direction très scrupuleuse de , passe sans autre transition, et avec une faculté d’adaptation inouïe, de la fièvre du désir érotique à la désillusion amoureuse à travers une gamme de couleurs et un art de la prosodie développé ici par Kurtag, pour traduire au plus juste tous les affects de ces messages autobiographiques, sans jamais verser dans la théâtralité.

Crédit photographique : Suzanna Mälkki © Aymeric Warmé-Janville

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.