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L’Ormindo ou le triomphe de l’éternel féminin

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Francesco Cavalli (1602-1676) : L’Ormindo. Sandrine Piau, l’Armonia ; Martin Oro, Ormindo ; Howard Crook, Amida ; Dominique Visse, Nerillo ; Magalie Léger, Sicle ; Jean-François Lombard, Erice  ; Stéphanie Révidat, Erisbe ; Karine Deshayes, Mirinda ; Jacques Bona, Hariadeno ; Benoît Arnould, Osmano. Les Paladins, direction Jérôme Corréas. 2 CD Pan Classics PC 10196. Enregistrement au Temple St Marcel à Paris. Notice : allemand, français, anglais ; Durées : CD1 55’34 ; CD2 75’46.

 

Créé pour le premier théâtre public au monde, le San Cassiano à Venise, en 1644, soit sept ans après son ouverture, l’Ormindo est un opéra à l’image de la Cité des masques, féerique et cruel, pictural et théâtral, tragique et comique. Composé par sur un livret de Giovanni Faustini, cet opéra révèle des personnages qui se consument, se déchirent, s’aiment, se cherchent aux confins de la passion. Mais dans cette cité des miroirs, où tout n’est que reflets, les travestissements trahissent les fêlures et la fragilité de tous, des princes aux confidentes. Avec toutefois, des serviteurs fidèles, pour qui la vie est aussi et avant tout une comédie.

Résumons. Ormindo et Amida (deux amis) venus porter secours à un allié, roi du Maroc, Hariadeno, et découvrent qu’ils aiment la même femme, Erisbe, épouse de ce vieux roi. Jeune et convoitée, cette dernière ne rêve que de plaisir facile, au début de l’intrigue, prenant l’amour des deux jeunes hommes comme un « délice » savoureux, « mon âme ne désire tirer du plaisir que du cœur des jeunes gens ». Elle se révèlera dans la passion qui va l’unir à Ormindo. Amida a, quant à lui, abandonné dans son pays une jeune femme, Sicle, après l’avoir séduite. Après de nombreux retournements et grâce à la force de caractère des femmes et à l’aide de leurs fidèles servantes et serviteurs, Amida et Sicle se retrouveront, Ormindo et Erisbe, transcenderont les apparences, et leur amour vaincra la colère d’Hariadeno qui cèdera sa jeune épouse à celui qui, en fait, se révèlera être son fils.

Si les rôles nobles sont au centre de l’intrigue, n’oublions pas que nous sommes en Italie, (et non à Fez, au Maroc, où se situe officiellement l’action), et la commedia dell’arte apporte à toutes ces fantasmagories amoureuses un peu de bon sens et de verve populaire grâce aux personnages « secondaires ». Nerillo, tout d’abord, (page d’Amida), fabuleusement interprété par le contre-ténor dont la voix possède les accents d’une fabuleuse théâtralité. Drolatique et enfantin, tragique et caustique, dionysiaque dans sa manière de savourer les mots, « Nè sò il perche capire, Chi m’el saprebbe dire ». Erice (nourrice de Sicle), rôle travesti nous fait passer un message féministe (ou son contraire), moqueur, rieur et surtout à double facette. Vrai/Faux. Ce personnage n’est pas sans rappeler les duperies du carnaval, « Dans mon inconstance toujours constante… ». C’est Jean-François Lombard qui lui prête cette voix androgyne et menteuse, dont les ornementations sont si bien accompagnées du jeu ludique d’une harpe païenne.

Et puis, il y a deux personnages ambigus, mystérieux, profondément humains : Mirinda et Osmano. Elle, fidèle amie d’Erisbe, rejetant les hommes sans que l’on sache pourquoi et Osmano (Capitaine d’Hariadeno), pris entre son amitié pour Ormindo et son devoir vis-à-vis de son roi et qui aime Mirinda en silence. Ce sont eux qui sauveront les deux amants et probablement se trouveront grâce à l’intelligence et à l’héroïsme de leurs actions.

Ce qui frappe dans Ormindo, c’est l’importance des rôles féminins. La poésie, la flamboyance et l’audace des sentiments et des situations, ce sont les femmes et leurs mots qui les portent.

La voix claire, aux aigus lumineux, de , nous charme dans le rôle d’Erisbe. , au chant sombre et profond, est une Sicle bouleversante d’humanité. sait, quant à elle, dissimuler la fêlure de Mirinda par des colorations mêlant sens de la comédie populaire et grâce chatoyante dans la tragédie qu’il faut conjurer. Les rôles masculins en dehors de ceux déjà cités, sont plutôt bien distribués, avec toutefois un léger déséquilibre, (Aminda) étant en retrait. Très bien placée à certains moments, sa voix perd de l’assurance à d’autres.

Mais nous sommes dans un opéra baroque qui doit beaucoup à l’Orfeo de Monteverdi, et c’est le personnage du Prologue, l’Harmonie (Armonia), interprété par l’incandescente qui, dès le début, nous fait savoir que cette œuvre veut célébrer cette scène grandeur nature qu’est Venise. « Je viens représenter dans tes théâtres ». Tout ceci n’est qu’un jeu que et offrent avec sensibilité et intelligence à tous ceux qui veulent l’entendre. Et s’il y a bien quelques défauts (absence d’une partie de la partition, livret perfectible, et faiblesses intermittentes dans l’interprétation) ce double CD a cependant toute sa place dans votre discothèque.

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Francesco Cavalli (1602-1676) : L’Ormindo. Sandrine Piau, l’Armonia ; Martin Oro, Ormindo ; Howard Crook, Amida ; Dominique Visse, Nerillo ; Magalie Léger, Sicle ; Jean-François Lombard, Erice  ; Stéphanie Révidat, Erisbe ; Karine Deshayes, Mirinda ; Jacques Bona, Hariadeno ; Benoît Arnould, Osmano. Les Paladins, direction Jérôme Corréas. 2 CD Pan Classics PC 10196. Enregistrement au Temple St Marcel à Paris. Notice : allemand, français, anglais ; Durées : CD1 55’34 ; CD2 75’46.

 
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