Bergson, Rossini et l’opérette

La Scène, Opéra, Opéras

Montpellier. Opéra Comédie. 20-XI-2007. Gioachino Rossini (1792-1868) : La Cenerentola, opéra en 2 actes sur un livret de Jacopo Ferretti. Mise en scène et lumières : Davide Livermore ; décors et costumes : Santi Centineo ; vidéos : Marco Fantozzi. Avec : Kate Aldrich, Angelina ; Juan José Lopera, Don Ramiro ; Alfonso Antoniozzi, Don Magnifico ; Paul Kong, Dandini ; Simòn Orfila, Alidoro ; Laura Hynes Smith, Clorinda ; Eugénie Danglade, Tisbe. Chœurs et chœurs supplémentaires de l’Opéra National de Montpellier, chef des chœurs : Noëlle Geny ; Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon, direction : Marko Letonja.

La Cenerentola

L’affiche donnait le ton ! Un aspirateur ultramoderne sur lequel appuie la pointe d’un escarpin. revient à Montpellier pour sa troisième mise en scène (après Bajazet et L’Elisir d’Amore) et ca décoiffe ! Sa mise en scène propulse Cendrillon au milieu des années 60 et la voila donc équipée des appareils électroménagers. Les décors et costumes de Santi Centino sont à l’avenant, grandes surfaces lisses et fluos, colorés et kitsch. La mise en scène évacue toute émotion et tire le dramma giocoso du côté de l’opérette : grand tableaux se terminant avec tous les chanteurs qui se réunissent au centre du plateau et tiennent la note façon Broadway, voix approximatives, sonorisation parfois bien utile et toujours mal cachée, costumes de principauté d’opérette, etc. Les vidéos de Marco Fantozzi, situées au-dessus des personnages racontent l’histoire, l’illustrent à la manière du roman-photo. Il y a bien une chose que l’on ne peut reprocher au metteur en scène, c’est de savoir diriger les chanteurs sur scène. Ceux-ci n’ont pas une minute de répit, courent en tous sens, rivalisent de mimiques et d’un jeu de scène espiègle.

Et pourtant, malgré certains gags très efficaces, on ne peut s’empêcher de ressentir une impression de déjà vu. Comme si, depuis les premières mises en scène de Laurent Pelly à l’opéra (mais bien avant au cinéma), on recyclait à l’envi sa formule d’une gestuelle très rythmée voire mécanique, syncopée. Du mécanique plaqué sur du vivant, disait Bergson à propos du rire, et c’est bien de ce comique-là dont il s’agit. Mais peut-être faut-il passer à autre chose plutôt qu’imiter Pelly sans fin. Reconnaissons toutefois à ce type de mise en scène le mérite d’essayer de nous faire oublier la médiocrité des voix. La distribution est homogène dans son incapacité à vocaliser et suivre le rythme – infernal il est vrai, mais c’est un métier – de Rossini. Seuls Paul Kong et Simòn Orfila relèvent le niveau, s’en tirant mais sans le somptueux velouté qui nous envoûtait dans sa Salomé. Pour le reste, les chanteurs compensent leurs faiblesses par un irrésistible jeu scénique – Don Magnifico drôle, ridicule et veule, Clorinda et Thisbe pestes à souhait. Malheureusement, dans un ouvrage à dimension comique, les seuls à ne pas avoir le droit de faire rire étant les jeunes premiers, Juan José Lopera ne peut masquer un timbre peu élégant et une ligne de chant qui s’étrangle dans l’aigu.

Les satisfactions musicales venaient toutefois des chœurs et de la fosse, où a fait ses preuves en un tour de main. Il dirige un ensemble cohérent malgré quelques approximations chez certains pupitres et fait preuve d’un sens des rythmes indispensable à Rossini, sait ralentir un tempo où nous entraîner dans un tourbillon.

Crédit photographiques : Marc Ginot / Opéra National de Montpellier

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