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La Cenerentola à Genève, Vivica Genaux parfaite, mais…

La Scène, Opéra, Opéras

Genève. Grand-Théâtre. 23-II-2008. Gioachino Rossini (1792-1868) : La Cenerentola opéra bouffe en deux actes sur un livret de Jacopo Ferretti d’après Perrault. Mise en scène : Joan Font. Décors et costumes : Joan Guillén. Lumières : Albert Faura. Chorégraphie : Xevi Dorca. Avec : Bruno De Simone, Don Magnifico ; Vivica Genaux, Angelina (Cenerentola) ; Fabio Maria Capitanucci, Dandini ; Simon Orfila, Alidoro ; Maxim Mironov, Don Ramiro ; Raffaelle Milanesi, Clorinda ; Giorgia Milanesi, Tisbe. Chœur du Grand-Théâtre (chef de chœur : Ching-Lien Wu), Orchestre de la Suisse Romande, direction  : Giuliano Carella.

Comment une production de La Cenerentola, certainement le plus accompli musicalement et théâtralement de tous les opéras de Rossini, peut-elle ne pas enthousiasmer ? Avec ses situations tour à tour plaisantes, comiques, graves ou touchantes, sa musique d’inspiration géniale, cela paraît impossible. Les décors originaux, les costumes colorés, les chanteurs d’excellent niveau, l’orchestre de grande réputation n’ont pourtant pas suffit à dérider cette production genevoise.

A qui la faute ? Peut-être à qui, au lieu de traiter cette intrigue amoureuse inspirée du conte de Perrault dans la légèreté, transforme la simple comédie rossinienne en une approche psychologique des personnages. L’intention est belle de caractériser la noblesse de Cendrillon par rapport à la suffisance de ses deux sœurs. Mais d’une comédie superficielle, son approche butte aux trop grandes différences des caractères qu’il met en scène. Ainsi, le Prince et Cendrillon apparaissent immédiatement comme s’ils ne faisaient pas partie du monde qui les entoure. Si la démarche est louable, intéressante, elle manque du jeu des acteurs pour la rendre efficace. Devant l’excitation des deux sœurs et du père, Cendrillon apparaît comme une étrangère. Comme sont à l’opposé les attitudes du palefrenier Dandini et du Prince. Les ficelles les réunissant dans leur idée de se faire passer l’un pour l’autre sont trop grosses pour qu’elles ne soient pas visibles. Cette recherche psychologique prêche en faux avec la musique de Rossini. Si on sourit souvent, on ne rit franchement jamais !

Avec cette nouvelle Cendrillon, c’est un univers proche d’Alice au Pays des Merveilles qui est offert au regard des Genevois. , metteur en scène aux multiples facettes artistiques, réunit autour de lui son éclairagiste, son costumier et décorateur. Une équipe solide et cohérente qui construit ce spectacle dans une grande fresque de divertissement. On se prend vite au jeu qu’ils proposent tant les images sont agréables à l’œil et l’animation du plateau hautement joyeuse. Pourtant, un certain laxisme dans la direction d’acteurs (probablement trop occupée aux réglages du ballet omniprésent d’incongrues souris !) fait perdre le sens de l’action. Les protagonistes laissés libres de leurs mouvements en profitent pour montrer leur abattage. S’en suivent des déplacements d’un bord à l’autre de la scène, une excitation continuelle faisant perdre quelque peu le fil de l’intrigue.

Musicalement, la direction du s’avère souvent bien imprécise. Ainsi, les nombreux airs chantés à plusieurs, même si les protagonistes sont réunis face public et, par conséquent, face au chef d’orchestre, se terminent souvent dans la confusion musicale que le chef noie dans les tutti d’un d’une lourdeur inhabituelle.

Quant à la distribution, elle réunit quelques-uns parmi les meilleurs solistes rossiniens du moment. Les jumelles Raffaelle et occupent la scène avec beaucoup de drôlerie, leur préparation vocale est parfaite. Depuis quelques années, le registre des basse-bouffe est devenu rarissime. Avec (Don Magnifico), la scène de Genève retrouve la verve vocale que son illustre prédécesseur avait scellée dans la production genevoise de La Cenerentola mise en scène par Jérôme Savary en 1997. Si les vocalises de Fabio Maria Capitanucci (Dandini) manquent de légèreté et d’aisance, sa prestation reste d’un niveau proche de l’excellence. Le ténor russe (Dan Ramiro) impose un prince aux allures de grande dignité. La voix manque peut-être de puissance mais son legato reste magnifique et ses aigus d’une brillance remarquable convenant parfaitement à l’esprit du personnage.

Précédée de son aura de célébrité, la mezzo-soprano devait soulever l’enthousiasme du public. Si elle a certes chanté plus qu’honnêtement le rôle-titre, l’espoir qu’elle brillerait au-delà de la simple performance habitait le public. Pas très impliquée dans son rôle, remplissant son contrat avec grand professionnalisme, elle n’a guère dépassé la stricte lecture de la partition. Avec la facilité qu’elle montre dans ses vocalises, ses immenses capacités vocales, on aurait aimé qu’elle prenne plus de risques, qu’elle surpasse l’interprète, la professionnelle, et qu’elle soit «l’artiste».

Crédit photographique : (Angelina/Cenerentola) ; Rafaella & Giorgio MLilanesi (Clorinda & Tisbe), (Don Manifico) © GTG / Isabelle Meister

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